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- LUDWIG VON ZEEGER
- 1 août 2016
- 46 min de lecture

I
Prologue.
Marseille, mardi 12 juillet 2016.
Nous étions donc vers le début de l’été 2016. Deux jours auparavant, la France venait de perdre la coupe d'Europe de football contre le Portugal, à ma grande surprise et désolation. J'étais vraiment écœuré, comme la plupart de mes compatriotes, cela n’étonnera personne qui eût suivi ce tournoi. Et il était question depuis quelques jours que je retrouvasse mon cousin paternel, Cyril Faïa, l’éternel Cale, « le fils du sicilien », mon plus fidèle ami et soutien moral et artistique de ces quinze dernières années d’émulation mutuelle, dans le but que je fisse avec lui une interview très particulière et philosophique que je lui avais sollicitée alors que l’équipe d’Afrique...Euh, pardon, je veux dire « l’équipe de France » fut en train de se rapprocher de la finale tant convoitée. Ce mien cousin – tout à fait sincère, de sept ans mon cadet – a réellement, depuis maintenant un bon nombre d’années, le dessein de réaliser quelque chose d'artistiquement extraordinaire et édifiant avec moi. En effet, ce cousin attentif, qui vit la plupart du temps à Paris et qui détient çà et là des contacts non-négligeables dans le milieu du spectacle, a depuis une dizaine d’années organisé sa vie professionnelle de façon à nous permettre d’éventuellement concrétiser de tels projets fumeux et délirants et qu’en toute confiance réciproque nous en jouissions un jour dans la gloire et la reconnaissance, bien que personne ne soit fiable en même temps et certainement pas moi du reste, certes.
Toutefois, une véritable tribune nocturne fut improvisée sur ma terrasse aux alentours de minuit rien que pour moi, et ce n'était la première fois que dans de telles conditions, avec un petit public parmi quelques-uns de mes amis et tout – que je n'avais pas forcément requis mais qui formaient une assemblée harmonieuse, à l’écoute de mes propos si singuliers et exaltés, notamment par le cannabis. Bien avant cela, j'étais chez moi sur cette terrasse estivale avec Cale et Franck, et, profitant de quelques instants de piscine et de délassement en maillot de bain, nous devions incessamment sous peu rejoindre en plein cœur de Marseille un quatrième quelque part près des Docks des Suds, une sorte de jeune acteur farfelu vivant principalement à Paris qui était dans le coin, que je connais depuis au moins cinq ans via la capitale et autres élucubrations pseudo-sybaritiques et que j'aime beaucoup et qui donc fait parfois DJ dans le sud de la France avec mon précieux cousin. Tom, s’appelle-t-il, est beaucoup plus jeune et entreprenant que je ne le suis, « il a la beauté du Diable » et affiche un comportement outrancier, pétaradant, obsédé par le beau sexe, bien que je ne l'aie jamais réellement vu officiellement avec une femme (pour peu qu’en aucune façon je n’eusse aimé non plus lui tenir la chandelle ou je n’sais quoi d’aussi vain, et je n’ignore pas la réalité de ses « aventures » avec des filles de joie ou des professionnelles du milieu érotique, certes, malgré l’instabilité sociale de ses jours qui peut paraître aussi préoccupante que la mienne.) Mais, un jeune acteur comme Tom – qui n’est guère encore connu – est de ce point de vue exactement comme bon nombre de garçons de cette génération, c'est-à-dire des freluquets, des touche-à-tout fripon. Occasionnellement, pareils adonis s’envoient en l’air à droite, à gauche avec les filles qu’ils peuvent trouver au hasard de leurs pérégrinations musicales et festives peuplées par toute une foule juvénile assez considérable, mais en même temps ils ont une véritable petite concubine vers laquelle ils ne peuvent parfois que se ranger (laquelle est certainement tout aussi infidèle, compromis à la con, que sais-je ?) Comme une façon de dire « toutes les autres m'intéressent, mais ma régulière sait quoi en penser et ne peut ignorer ma vie décousue... », ce qui en soi est absurde, surtout de nos jours, mais il paraît qu'il y a vraiment des « gens qui sont ensemble », ce qui pour moi – qui consomme des prostituées depuis un certain temps à Marseille sans en être vraiment satisfait non plus – demeure tant bien que mal un impénétrable et douloureux mystère.
Quoi qu’il en soit, Cale, Franck et moi étions allés automobilement jusqu’aux Docks pour chercher Tom, nous trois traversant certainement à vingt heures du soir une ville du sud des Etats-Unis en été, crasseuse, vidée, bruyante, puante et banale comme une basket blanche souillée et abandonnée ; et je n’avais guère envie d’aller dans quelque night-club stressant que ce fût, bien que je me laissasse porter par les circonstances. Voyons, voyons…Quand nous fûmes arrivés aux Docks des Suds, nous nous étions garés quelque part, attendions la venue de Tom tels des cadavres dans une carlingue étouffante et aussi désertique que les lieux alentours, et subitement je distinguai d'autres gens – de jeunes métèques patibulaires ou des malfrats basanés et fagottés pour qui visiblement ce fut aussi la fête – passer en voiture et nous insulter, nous menacer, sans même connaître qui que ce soit d’entre nous et aussi rapidement que le fait justement de passer de cette façon. Je veux dire que nous étions dans un coin de la rue en face du rade qui nous cachait du reste mais qui donnait directement sur notre stationnement ; du coup, quand une voiture surgissait de nulle part par la gauche, ces mecs-là – des macaques chauffés à blanc, des personnes peu recommandables – nous voyaient et nous emmerdaient aussi vite qu'un crachat sans autre conséquence que cette ambiance en elle-même. Et bien sûr je voyais tout de suite dans cet extérieur crépuscule quelque chose d’affreusement paranoïde et hostile que j’aurais préféré éviter de constater. J’apercevais même un peu plus loin trois, quatre filles très jeunes, absolument délicieuses et sexy, pourvues de longues chevelures, vêtues très légèrement (c'est-à-dire pratiquement avec un mouchoir et des sandales), qui se bourraient la gueule dans un coin de la rue, stationnant ainsi comme dans un grand dénuement juste avant de rejoindre « leurs amis » dans la boîte, et, considérant leur charme et leur beauté et poussé par une grande curiosité, je fus allé leur parler avec Cale se tenant non loin et un peu à l’écart de ma soudaine tentative d’exploration sur cette avenue près des Docks. Alors, je fus étonné par le fait que l'une d'entre elles, une très belle et grande jeune blondasse en petite tenue, voyant que je m'approchai de leur groupe, fut irrésistiblement venue jusqu'à moi d'une façon assez heureuse pour me demander du feu, traversant face à moi la route au péril du danger et tout. Et, ayant à ce moment-là trois briquets sur moi, je lui en avais offert un, à sa grande joie, de plus n'y avait-il personne pour nous perturber lors de cette éventuelle conversation. Aussitôt, je me présentai et tentai de les séduire en leur disant notamment que j'étais réalisateur de vidéo-clips, alors que ces quelques teenagers semblaient assez accortes et ouvertes malgré cet étrange désemparement qui les entourait (et qui est tout-à-fait normal, relatif…) Notre entretien se termina assez vite, dès que leurs amis furent arrivés. Mais, je dois dire que l'une de ces nymphes, la grande blonde à qui j’eus donné mon briquet et qui était tout à fait raisonnablement « épousable » voire familiale – une certaine Laura –, avait l'air d’un tant soit peu m'apprécier bien que je n'osasse pas même lui demander un moyen de la revoir, notamment parce que je n’avais pas de téléphone portable, ni de Facebook. Mais quand même une rencontre très agréable, un petit baiser, un clin d’œil furtif, un regard heureux, alors que je la vis s’éloigner vers d’autres péripéties non sans une grande tristesse.
Ensuite nous avions retrouvé Tom au sortir du bouge et notre quatuor, ayant réintégré la caisse de Franck, avait décidé d'aller dîner quelque part en ville, en plein cœur de l’agitation exaltante du peuple marseillais, ce qui fut aussi pour moi un moyen propice d'observer les choses. Franck eût garé son véhicule quelque part dans une rue bondée du Vieux-Port, puis nous sortîmes de la caisse telle une troupe de flics déjà désorientés et assombris par la vie en général et nous traversions les rues jusqu'au « restaurant » où forcément de la merde nous serait servie. Et donc quelque chose que je n'avais pas réellement attendue se produisit : je marchais l’air de rien avec mes trois acolytes et je ne pus que contempler çà et là furtivement autour de moi quelques aspects purement humains de la nuit phocéenne du Vieux-Port à vingt-deux, vingt-trois heures du soir. De partout où mon regard se posait sur les gens qui nuitamment passaient ou stationnaient, je n’y voyais que du vice, de la violence, de l’hostilité, de la vénalité, de la défiance et de la vulgarité. Par exemple, ces dizaines et dizaines de jeunes femmes intriguantes de toutes les races – asiatiques, berbères, négroïdes ou je n’sais quoi – qu’ainsi j’apercevais me paraissaient naturellement plus vulgaires et vénales les unes que les autres. L’un après l’autre, nous croisions des groupes entiers de jailbaits vêtues d’un mini-short en jean moulant qui leur rentrait dans l’cul avec le string qui dépasse, le petit haut rose chromé avec décolleté découpé au raz du poitrail et le nombril piercé à l’air avec des sandales fluo exhibant des pieds aux ongles des orteils vernis de dorures qui furent du meilleur goût. D’un seul coup, je me retourne et j’en vois même une – tout aussi juvénile, probablement encore une mineure – qui passe près de nous, les jambes nues, les bras nus, des tongs vertes, une belle brune basanée aux longs cheveux noirs bouclés qui lui ruisselaient sur les épaules, pourvue de brassards jaunes et roses de piscine pour fillettes et d’un t-shirt roulé ou noué sur la poitrine sans soutien-gorge. Son visage était plein de la beauté lunaire de la nuit noire à Minuit et elle voulait qu’on la regarde et la désire. Incontournablement, je revois la démarche impérieuse de ces quelques coyote-girls – quelle armée de tueuses ! Et les hommes n’étaient plus que des homosexuels en caleçons et en nu-pieds sur le bitume crasseux et terne alors qu’aucun concert de David Guetta à Ibiza n’y était prévu, malgré ce bruit aussi, cette musique, lancinante et grave comme un tombeau grouillant d’une jouissance éperdue, cette mélodie criarde, méphitique et vespérale, digne des Enfers, qui surplombait cette étendue vicieuse où je pâtaugeais avec mes trois amis dans un marécage de gémissements sépulcraux, de silhouettes sexuelles et inédites et de visages insanes dont la jeunesse déchue fut déjà violée dans tous les sens du terme, aussi bien ne pouvait-on que davantage la culbuter dans un coin de ces rues qui furent autant d’impasses. Cependant j’étais ravi de voir cette misère relative, cette sensualité et cette vulgarité de la part de ces jeunes filles que je trouvais à la fois séduisantes et choquantes, sexy et pouilleuses. Un spectacle qui fut tout à la fois beau et laid. Cela faisait longtemps que je n’étais plus allé au Vieux-Port à une heure pareille, et j’ignorais qu’il y avait un tel indicible bordel de rue pas très loin de chez moi. Alors, j’étais heureux d’être venu jusqu’ici avec mes collègues pour voir cette faune aussi couramment graveleuse que le fait d’aller pisser, mais je m’en voulais de ne pas avoir le permis – et je suis encore très curieux d’une telle observation, je souhaitais revoir encore la même chose, pourquoi pas ? Je trouvais en tous cas que les choses avaient bien changé en à peine une dizaine d’années, bien que ce ne fût qu’une aggravation supplémentaire de la décadence que j’y avais déjà vue (et, à mon avis, il n’y a rien d’autre à faire que de tirer réellement son coup, chose qui est de plus en difficile et pas seulement pour moi. Il est quand bien même évident que, dans un environnement aussi moralement corrompu, non seulement la nidification soit pratiquement un phénomène impossible à accomplir mais je suis sûr et certain que la seule véritable rencontre à peu près « normale » qu’il devrait y avoir entre un homme et une femme, quels qu’ils soient et ne serait-ce que pour l’accouplement, me paraît tout aussi impossible ou ne saurait également avoir lieu, pour que cette idée soit naïve et grotesque. Ce n’est tout de même pas de cette façon que les gens se rencontrent et font des projets.) Et une autre chose assez primordiale me revient à l’esprit : tandis que je voyais toute cette décadence adolescente aussi évidente et banale que le nez au milieu de la figure, je m’interrogeais quant à propos d’une société où il est donc impossible de dire encore à ce jour cette amère et brûlante vérité au sujet de ces personnes que Tom et moi appelons des jailbaits, sur internet ou ailleurs, bien que cela soit complètement une réalité actuelle vis-à-vis de laquelle derechef l’aveuglement ou la mise de côté des choses de la part de la plupart des gens est une réalité tout aussi inéluctable. « Les gens ferment les yeux et ils y croient trouver la paix, alors que non. » Et une chose encore m’a déconcerté : mes trois chers compagnons opportuns semblaient à ce moment-là assez insensibles et indifférents face à ce spectacle vénal que je constatais alentour, lieu de perdition dont les infrastructures abandonnées et les badauds tous dévoyés me donnaient l’impression très forte que nous n’étions plus à Marseille, mais déjà en Colombie, à Bogota voire à Pattaya d’une façon détournée... Toute cette brutalité et ce vice ainsi m’apparaissaient vastement, se déversaient donc d’un seul coup sur notre passage, comme une poubelle géante qui se renversait sur le côté et qui m’exhibait son string puant, roulant sur les détritus – et j’étais apparemment le seul à m’en soucier, d’autant plus que je commençais à avoir des idées de plus en plus sombres et inquiètantes à l’égard de mes amis qui marchaient plus vite que moi sur les quais hantés de brunes hétaïres inavouables. Et le Ciel et la Terre étaient noirs, et les jeunes femmes étaient aussi bestiales et perdues que les hommes enténébrés dans la cité de Dité avec lequels elles couraient dans un climat d’incertitude et de mépris, alors qu’alentour un chant de chaos extatique furibond s’élevait frénétiquement de la foule bombinante de cette ville nocturne en léchant les corps et les âmes jusqu’à un ciel sans lune.
Trois kilomètres d’ardente déambulation et de branlette audiovisuelle et mentale ne menant qu’à la frustration plus tard, notre quatuor se fut assis à la terrasse d’un restaurant minable et obscur près duquel les jeunes étrangers aux airs menaçants fanfaronnaient tels des résidus de force humaine sans cerveau, où les vieux cons croupissaient dans un ruisseau d’ordures avec la conscience de l’échec et de l’inutilité de leurs actes et de leur présence et qui en ont visiblement marre de vivre dans cette merde (et derechef les rats et les poubelles non-ramassées occupaient les trottoirs non loin où je n’arrivais plus à comprendre qui faisait le tapin ou non, tant bien que mal, ces filles-là de l’aut-côté de la rue se cachant mais pas trop en même temps, à cause de la loi récente – c’était assez troublant !...) et où des troupeaux d’adolescentes mineures, dévergondées et perfides, vêtues comme des pouffes de clips de Rap au rabais, extrêmement sûres d’elles, prétentieuses et sauvages, arpentaient le bitume en cassant des bouteilles de bière et s’esclaffant tandis qu’elles passaient justement à côté de nous. « Wow ! De belles salopes de l’Enfer ! », pensais-je, soupirai-je... Elles devaient avoir à peine quinze ans et elles étaient déjà des cagoles super-sexy tout à fait belles et désirables, malgré ce parfum grossier et méprisant qui inexorablement émanait d’elles et de leur passage sur les pavés souillés de Sodome. Cela dit, je me souviens que l’enthousiasme de Tom ne désemplissait point. Il était très excité et obnubilé en dépit des interminables heures qu’il avait dû éprouver lors du voyage en bus peu avant de revenir sur Marseille et de chaudement nous retrouver cette nuit-là. Il était vif, abrupt, exubérant et plein d’histoires de cul qu’il nous racontait avec une grande fébrilité, un véritable feu d’artifice avec lequel à cette table je rivalisais de la narration d’abominations scabreuses et gluantes autour de ce peuple dantesque qui quand même moisissait et mourait – comme nous –, tandis que, non sans une grande camaraderie très exaltée et visqueuse, nous scrutions de-ci, de-là la moindre jailbait ou connasse presque nue en tongs qui passait et que nous croquions tel les épigones les plus complaisants de Wolinski (mais sans son carnet et son stylo. Quel dommage !... De surcroît, j’aurais dû filmer tout ça pour de bon !... Quel matériel inestimable et inespéré ! La chose n’est en fait pas concevable...)
Puis, chacun d’entre nous eut commandé un plat et nous fûmes rapidement servis (j’étais même surpris par la promptitude de ce service.) De façon sommaire, j’avais pris un carpaccio (rien qu’ça, fallait vraiment êt’taré !...) et donc, lorsque mon assiette atterrit sous mes yeux en même temps que celle des autres, je vis le carpaccio baignait dans l’huile d’olive, le parmesan et le citron, quoique surplombé d’une salade au sommet de laquelle, telle la cerise sur le gâteau, un ver ou une chenille livide et verdâtre dansait, se tortillait en formant un « S » à l’envers en plein dans ma tronche de con. J’avais donc appelé la serveuse, je n’avais rien dit, je n’osais pas m’énerver ou faire un esclandre à la Jean-Pierre Coffe dans la mesure où mes convives avaient déjà été servis. Simplement je montrai à cette serveuse (qui en plus était assez moche et tarte) l’insecte qui dansait dans mon assiette. Et elle me rétorqua le plus facilement du monde : « …Ça prouve que la salade est bien fraîche !... » Et je fus tellement étonné et consterné par cette réponse que je ne savais guère quoi ajouter, de même mes amis paraissaient-ils toujours aussi indifférents voire amusés par ma mésaventure qui, me concernant, fut une découverte pour moi. Première fois de ma vie qu’une chose pareille m’arrivait ! Et, pendant que j’attendais que l’on me rende mon assiette sans l’insecte dedans, je voyais mes amis guère gênés de consommer cette merde. « Ah ! T’as vraiment pas d’chance, Ludo ! T’as gagné au Loto !... » Puis, on me resservit mon assiette de carpaccio et la serveuse continua de faire de la provocation avec moi. « Vous voulez un seau pour vomir ? », me dit-elle vraiment. Derechef, j’étais très interloqué, je n’en revenais pas qu’à moi – qui avais été à l’étranger dans les plus grands restaurants du Moyen-Orient où jamais une telle chose ne se serait produite – une serveuse me parlât donc de cette manière si humiliante. « Quoi ?!...Qu’est-ce qu’elle a dit ? « Un seau pour vomir » ? Non ! Ce n’est pas vraiment ce que l’on vient de me dire !... » J’avais des envies de meurtre, je voulais partir sans rien payer, renverser la table, leur vociférer dessus et tout ce qui allait avec, mais bien sûr je ne le fis point. Hélas je mangeai cette merde en désespoir de cause (dont je n’arrivai pas à croire qu’il fallait payer pour ça), nous avions piteusement fini de nous restaurer après bien d’autres propos salaces de notre part à cette table et décidâmes de rentrer chez moi pour faire l’interview, non sans avoir encore scruté ces dizaines et dizaines de pouffiasses sinistres et autres trous du cul de ce Vieux-Port pouilleux à vingt-trois heures qu’implacablement nous croisions. Que nous soyons devenus des objets du dédain les uns pour les autres est quand même assez triste. Et j’avais dit à Cale : « Tu vois ? C’est même pas la « Nausée » de Sartre, c’est le Dégoût. Parce que même si on ressent ce dégoût, on le bouffe quand même. Mais c’est vrai que tôt ou tard il faut bien convenir de vomir. N’empêche, forcément, quelque part dans ce Bronx, à un moment donné…il faut bien finir par pouvoir jouir dans un coin sur je n’sais qui !... »
Et, quittant sine die cette lugubre et chaude partie de ma ville natale pour rentrer au bercail, je pensais cruellement : « Je reviendrai. » Et, une fois tout le monde parti à la suite de l’interrogatoire, j’avais passé tout le reste de la nuit à me mettre complètement minable au cannabis dans mon bureau jusqu’à de tout aussi incertaines aurores. Cauchemar sanguinolant. Réveil abject. Malade. As usual.
II
Développement.
Jeudi 14 juillet 2016.
Donc, l’interview avait été effectuée avec succès (mais je ne rentrerais pas dans les détails ; ce n’est pas ce qui nous occupe ici.) Mon cousin, Tom et Franck m’avaient congratulé pour la lucidité et l’intrépidité de mes réflexions et tout, et il était question d’utiliser ce document audiovisuel à des fins qui cependant toujours m’échappaient, je ne savais pas ce qu’ils en feraient, bien que je fasse confiance à Cale. Mais, le lendemain, je n’avais plus aucune nouvelle de personne, même pas sur Internet (et, comme je l’ai déjà dit, je n’ai pas de portable.) Si bien que j’eusse passé une bonne partie de la journée à appeler tout le monde, nerveusement, inquiétament, laissant çà et là des messages Gmail assez abscons et désespérés. Il avait été pourtant question l’autre soir de la part de Cale que nous revissions une sorte de gangster qui voulait investir dans nos projets filmiques, un certain Dorian Wilhelm qui nous connaissait très bien et que je n’avais pas vu depuis au moins une dizaine d’années, avec en plus la promesse d’une trépidante fin de soirée chez lui avec cocaïne, Moët et freegirls. Et il paraît que cette personne fortunée qu’entre nous nous appelons « Machin » (parce que c’est un « machin ») voulait à tous prix me revoir, notamment « moi et la sagesse zoroastrienne » dont il demeurait admiratif.
Toutefois, à force d’appeler, j’avais réussi à avoir de nouveau Cale au bout du fil et je lui fis part de mon désir de revenir au Vieux-Port afin de revoir tout ce cirque dantesque et salace, pourquoi pas ? Il me répondit que justement il organisait demain avec Tom la musique d’une soirée dans un pub au Vieux-Port nommé « Le Carmine » à laquelle il me convia. Donc, le jour suivant, je fus allé avec lui une seconde fois au Vieux-Port, mais cette fois-ci « Rive Droite », si j’puis dire, côté Mairie, et les choses furent assez différentes. La vulgarité et la vénalité des gens étaient moindres dans une certaine mesure, je n’en étais plus si impressionné. D’ailleurs, j’avais fait un cauchemar assez étrange durant l’autre nuit qui avait suivi notre tour au Vieux-Port « Rive Gauche. » Il m’arrive parfois de voir Freddy Kruger dans mes rêves et je suis toujours aussi effrayé par cette apparition et situation, même si je ne subis jamais aucun danger en présence de ce croque-mitaine qui quand même me répugne et me fascine tout à la fois. Or, cette fois-ci, dans mon «rêve vermeil», je voyais les mêmes images haletantes que d’habitude : traqués par le monstre brûlé et pourvu de ses griffes métalliques, des adolescents charmants et terrifiés font des course-poursuites dans des couloirs ombragés, se pressent dans des tunnels sans fond et bondissent çà et là soudainement dans les passerelles d’une usine abandonnée sur une musique moderne, céleste, solennelle et saisissante. Et la chose se termine toujours par l’exécution de cette « bande à Scoubidou » qui se drogue, ces adolescents charcutées et ces « Jennicka » égorgées dans leur sommeil, et tout ce sang pictural de slasher si intense à travers la noirceur de la nuit. Mais là non seulement je n’entendais aucun propos mais aussi je ne ressentais aucune peur, tout le long, rien. C’était comme si j’étais devenu totalement insensible à toute cette horreur bien que je la vive quand même une fois de plus ; et ce film d’une rougeur obsédante se déroulait, tableau après tableau, comme une bande dessinée morose qui virait au rose chair et qui m’indifférait passablement, de la même façon que le réel serait toujours naturellement plus affreux qu’un film d’horreur ne pourrait jamais l’être, même en avais-je pleinement conscience lorsque je me fus réveillé.
A présent que j’étais de retour en ville avec mon inestimable cousin, nous longions cette rive estivale à la recherche de Tom, quelque part dans une anfractuosité de cette avenue commerçante où un contingent assez extraordinaire d’estivaliers était là, à boire, manger, fumer, danser, converser dans ce beau monde provocant, pour peu que je m’enquisse de continuer de scruter de partout, de m’en mettre plein les yeux (« le client est roi … »), alors que nous croisions et frôlions çà et là dans cette galerie des beautés féminines juvéniles canoniques qui eussent satisfait n’importe quel loup que ce fût. Arrivés au « Carmine », Cale et moi retrouvâmes Tom qui visiblement était déjà affairé aux machines et avait commencé à mixer sans nous. Je saluai deux espèces de loufiats derrière le zinc, « normaux mais tout de même il y avait je n’sais quel petit problème…» Je commandai un « Whiskey-on-the-rocks » (et ils avaient butté sur cette expression « Whiskey-on-the-rocks », si bien que je précisasse : « Whiskey sur glaçons »), je fus tout de même servi et me mis à contempler l’intérieur de ce bar ou « pub. » Nous étions vraiment à l’étroit, ce n’était pas vraiment un bel endroit (pas spécialement fait pour danser), excepté le mur central, assez haut, où l’on voyait le poster géant en noir et blanc d’une bonne sœur très sexy lécher de profil le canon d’un Police Python. Assez beau. Upschte, comme l’aurait dit Nietzsche. Mais quand même, les mecs, treize Euros le verre de Whiskey !...Même dans une gargote à Dubaï personne n’aurait payé ça ! Et donc ces fils de pute m’avaient aussi indiqué que « je ne pouvais pas encore fumer à l’intérieur parce qu’il n’y avait pas assez de monde » ; et, de temps à autre, je me rendais à l’extérieur pour cloper à côté du videur black (qui était droit et sympathique), si bien que je visse encore toutes ces filles court vêtues qui passaient de-ci, de-là, à droite et à gauche, sublimes brunettes, grandes blondes hautaines, belles noires impressionnantes, asiatiques très souriantes et piquantes, beaux culs qui ainsi circulaient de loin en proche et de proche en loin. Il y avait un peu de tout : bitches, sluts, harlots and whores, juste certaines qui sortaient comme ça, d’autres avec leur mec, d’autres qui se croyaient au Festival de Cannes ou au salon du film… Il y avait bien sûr aussi pas mal de jailbaits, fébriles, braillardes, surexcitées. Quel vent de fureur soudainement somptueux qui est toujours très touchant à apercevoir ! L’émerveillement enthousiaste de l’adolescence ! (Mais moins vulgaires que l’autre soir, plus classieuses voire carrément friquées.) Et même d’autres filles encore plus jeunes qui apparaissaient comme si elles sortaient de la plage, je veux dire qu’elles étaient en maillot de bain et en tongs avec une serviette sur l’épaule au milieu de tout ce beau monde où elles passaient comme ça – avec le cul des autres. A un certain moment, je me mis à parcourir cette rive dans le sens où j’étais venu pour trouver encore des cigarettes, à une boutique non loin, et je vis deux assez belles jeunes musulmanes avec le voile qui poireautaient silencieusement dans un coin de la rue, avec leurs grands yeux noirs et effarouchés, en évidence devant tout le monde comme si elles faisaient l’tapin – et je me demandai ce qu’elles voulaient ou attendaient vraiment de la part de je n’sais qui. Par exemple, est-ce qu’un homme a fini par leur adresser la parole et les emballer toutes les deux et il se les ait tapées à deux heures du matin par le fion avec le voile ? Qui plus est un non-circoncis ou un hérétique ? Ou alors personne ne les a prises et elles ont fini chez elles toutes seules à se mettre un doigt dans leur chambre ? Quelle société étrange où donc on voit même des « bonnes sœurs », des bédouines voilées qui s’exposent ainsi au racolage parmi tous les autres.
Quoi qu’il en soit, j’avais tout de même un gros problème : je ne me sentais pas du tout le cœur à faire la fête. Je veux dire non seulement je ne percutais pas très bien avec toute cette « musique électronique » ou je n’savais pas quoi de « House » que faisaient Cale et Tom mais en plus j’étais fatigué voire coincé, guère expansif. Et nous n’étions pas dans un club des années soixante-dix où passait « Night in White Satin » des Moody Blues, ce qui m’aurait permis de danser un slow avec l’une des jeunettes qui se trouvaient là, pourquoi pas ? Cela aurait été mieux que tout le reste et mon cousin et moi savons fort bien quoi penser de l’époque de nos parents qui hélas est un temps on ne peut plus révolu. De plus, je n’avais pas spécialement envie de festoyer avec qui que ce soit dans une ambiance que je trouvais assentimentale, pour ne pas dire stressante. Pourtant je me disais que je devais rester exactement le temps qu’il faudrait et continuer de scruter alentour, coûte que coûte. Je n’étais plus qu’en mode observation, certes, et, si tant est que la situation pouvait s’aggraver, je pensais de toute façon que je rentrerais chez moi tôt ou tard et qu’ainsi j’aurais – tout à fait régulièrement – fait honneur à mes amis le temps de cette soirée qui, d’après moi, n’était pas anodine. En effet, je distinguais un manège assez indéfini et considérable se faire dans les chiottes de ce rade, toute une foule de loustics qui s’agglutinait peu à peu sur ma gauche pendant que je jouais les mecs tranquilles avec mes poteaux DJ. « Visiblement, le meilleur endroit, c’est les toilettes !... », me fus-je exclamé devant les loufiats derrière le zinc qui ne bronchaient pas. En quatre heures et quelques, j’ai dû voir plus d’une cinquantaine de jeunes filles, certaines mineures ou d’autres tout justes majeures, des « Jennifer » ou des « Jessica » à la con, qui n’arrêtaient pas d’entrer et de sortir de ces toilettes. Je veux dire qu’à chaque fois je voyais deux, trois filles assez jeunes et belles et court vêtues et un ou deux garçons assez triviaux y entrer et en sortir en même temps en un véritable ballet incessant, avec la queue devant la porte et tout. Et ces jeunes-là restaient à chaque fois trois, quatre minutes dans ces lieux d’aisance dont alors le sens de cette expression n’en fut que plus fort. Je dirais même que la plupart d’entre eux ne restaient pas ensuite dans le pub, ils allaient ailleurs et ainsi de suite, et donc je me demandais ce qu’ils pouvaient bien faire, en-dehors de la cocaïne et une levrette debout contre un mur, ou peut-être un calin, à la rigueur, ce qui peut êt’bien aussi… En tous cas, je crevais d’envie d’aller voir directement ce qui se passait mais je n’osais pas imaginer que j’allais donc faire la queue avec les autres ou tapoter à la porte et demander d’entrer pour me retrouver avec trois merdeuses défoncées qui m’eussent ainsi accepté dans le compartiment ou dans leur cul ou je n’sais quoi ; et je me demandais tout aussi ardemment ce que Tom et Cale pouvaient bien en penser. Peut-être n’en pensaient-ils rien ou feignaient-ils de l’ignorer ? Dans ce cas, quel genre de mauvaise blague était-ce ? Je ne savais pas à quoi m’en tenir malgré mon envie d’baiser… Quand bien même, les jeunes gens de nos jours ont l’air de se « salopifier » ouvertement et je me demande ce qu’ils en pensent au fond d’eux-mêmes ou au fond des chiottes… Mais, « la blague qui tue » se poursuivait bon gré, mal gré, et non sans un grand enthousiasme. « Tu connais la blague du mec qui veut s’taper un canard ? »
Car « Mohammed », autrement dit « Momo » (ou celui qui tient à ce qu’on l’appelle « Momo »), réapparut devant moi alors que je ne l’avais pas vu depuis quatre ans. Il était toujours aussi drôle, débonnaire, ne prenant rien au sérieux, sarcastique et se croyant intelligent, avec ses lunettes de vue qui lui donnaient des airs d’intello qu’il ne sera jamais et ses gros bras musclés de gaillard habitué aux salles de sport. Il était venu avec un garçon que je ne connaissais pas, un certain Alex, « de souche européenne », va-t-on dire, presque blond, aussi insignifiant et dépourvu de conversation que le quatrième de la bande dans « Orange Mécanique », lui aussi faisant de la culture physique à en voir son t-shirt. Et, dès que je revis Momo, je ne pus m’empêcher de lui narrer mes exploits relatifs à la dernière fois où j’étais à Dubaï, alors que je l’avais croisé à l’aéroport où il travaillait. « Ho ! T’aurais vu ça, mec ! Le nombre de tapins qu’il y avait ! Elles étaient là sur l’avenue principale de Dubaï à travers la nuit du 1er janvier, près des limousines qui s’arrêtaient à coté des palaces ! Avec des combinaison-jupes de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, des paires de nibards d’éléphant et des pompes-mules-jar-plateforme-à-talons-compensés-translucides ! Ah, les chiennes de bombasses ! Et en plus certaines étaient des mecs encore plus sexy qu’des bonnes femmes ! » Et donc ce cher Momo se réjouissait de nos soudaines retrouvailles dans ce pub comme je fus assez exalté de lui parler ainsi ; qui plus est, depuis un certain temps déjà, Cale et moi avions pour projet vers la fin de l’été de réaliser un court-métrage d’un genre tout-à-fait non-conventionnel, un thriller psychologique décalé basé sur la légende romaine des succubes et du somnambulisme qui s’intitule « Spirit 928 S » et dans lequel je souhaitais que « Momo » eût à jouer un petit rôle bien précis, ce qu’il approuva, on verra…mais, à tort ou à raison, je sentais poindre en lui çà et là un sarcasme qui ne fut pas forcément lucide. Cela dit, je l’ai toujours beaucoup apprécié, Momo, bien que je regrettasse la fois où je m’étais battu avec l’une de ses connaissances et que je m’étais cassé la main, justement chez les parents de Cale qui semblaient indifférents, ne m’ont jamais rien dit ensuite à ce sujet, ce qui est assez troublant… Et là je retrouvais cet ami d’enfance de Cale qui paraissait sûr de lui et de la joie qu’il affichait parmi nous. Cela dit, je lui souhaite sincèrement que son humour ait une bonne raison d’être ou possède quelque sens. Et, tandis qu’inlassablement je guettais encore le trafic des petites via le couloir donnant sur les waters, je ne devinais guère que le pire était envisageable.
J’étais passablement assis à coté de Cale et Tom aux platines à cet instant-là où je vis une nouvelle délégation de jeunes oies mirifiques entrer pour faire la file d’attente devant les chiottes comme tant d’autres. Et je croise soudain le regard de l’une d’entre elles, très jeune, superbe, qui aussitôt m’adressa un regard souriant et tout (parce qu’elle croyait certainement que j’étais à la « place VIP » alors que je n’y avais pas du tout pensé, aussi bien n’avais-je même pas fait attention à elle.) Et subitement j’eus encore envie de fumer ; je me relevai et tentai de franchir le vestibule pour aller dehors, jusqu’à ce qu’une main fine saisît mon bras gauche et qu’une voix féminine me fît un petit : « Hey, excuse me… » juste avant que je sorte. Promptement, je me retournai et vis tout simplement en face de moi l’un des plus beaux visages de jeune femme que je n’avais jamais vu, avec l’amour et la tendresse qui brillaient dans les étoiles ultramarines de ses yeux. « Hey…Hi ! » Tout de suite, nous nous fîmes la bise tels deux compatriotes américains, « deux amis dans une fête sur Facebook qui ainsi se retrouvent » et nous nous enlaçâmes un tant soit peu, instantanément enchantés. « Ludwig », « Andrea », avec une grande joie presque automatique, comme je sentis sa douce main teen sur mon épaule ravie tout en discernant quelques secondes de plus cette beauté légèrement hâlée, brune aux yeux bleu foncé. Délicieuse. Ravissante. Quand on voit une fille d’une telle splendeur, je comprends que certains disent que sur les sites de camgirls la plupart de ces filles sont des radasses ou des cageots, alors que là ce n’était pas du tout le cas. C’était la femme de toute une vie et pas le coup d’un soir (et surtout qu’est-ce qui pouvait bien lui plaire chez moi au premier abord ? Avais-je une fois de plus gagné au Loto ? C’était moi et personne d’autre qu’elle venait de brancher – elle m’avait littéralement et absolument foncé dessus !) Néanmoins, déjà plus de vingt secondes étaient passées entre nous et je lui disais simplement qu’elle était gorgeous, perfect, lov u… jusqu’à ce qu’elle me resaisisse par le bras en me dévisagent et en m’indiquant de la suivre dans la direction de ces mêmes toilettes à la con. J’eus alors deux secondes d’hésitation, si bien que nous n’y fussions pas allés, « baiser dans les chiottes comme des chiens en rut cocaïnés. » Il est quand même tout à fait remarquable et étrange que nous vivions à une époque où tout est devenu si tissé dans l’immédiateté des choses qu’on n’a pas le temps de réagir et qu’après – très rapidement – il est déjà trop tard. Et, tout aussi étrangement, elle me sollicita de but en blanc : “D’u got some tobacco ?” Je lui répondis : “Tobacco ? U want some tobacco ? Yeah, I can give u cigarettes. » Et la réaction sur son visage et sa silhouette fut froissée, mutine et désapprobatrice, ce n’était pas ça, elle semblait se perdre en elle-même devant moi, dépitée – et même chose pour moi. Néanmoins je continuai (comme le roi des cons) : “If u wish I can take u some tobacco. There is a shop over there. Maybe it’s still open.” Mais ce n’était toujours pas ça. Son expression était celle d’une jeune fille déconfite qui ne comprenait pas que « son père qui aurait pu être son amant » ne la comprenait pas (elle et son code, si on va chercher, que sais-je ?) comme une sorte de désillusion qu’elle m’affichait instantanément. Et, en effet, je ne comprenais pas ce qu’elle me demandait comme je vis cette déception, tandis que déjà nous discutâmes dans des airs d’une grande désolation au bout d’à peine une minute. Une vaste manifestation d’amour d’une minute qui ne donnait sur rien, du vent, du vide, du désemparement… Ainsi nous étions sortis de cet étroit « Carmine » avec trois de ses amies qui nous rejoignirent, assez discrètes, et fumions ensemble des cigarettes que je lui avais offertes et parlions couramment de ce que nous étions. “American ?”, lui demandai-je avec l’envie ardente qu’elle le soit, et elle me répondit qu’elle venait d’Espagne, qu’elle avait dix-neuf ans, qu’elle était à Marseille seulement une semaine et qu’elle était venue ici pour « s’éclater. » Bizarrement je dois dire que son anglo-américain était bien meilleur que le mien, c’était à s’y méprendre ; et, implacablement, je n’arrivais pas vraiment à communiquer avec cette fille parfaite (cette jouvencelle surgie de nulle part qui, en-dehors de sa bêtise toute relative, n’avait physiquement voire psychologiquement aucun défaut.) Je ne lui disais que des conneries que je ne pensais pas du premier coup et en plus d’une mauvaise façon. « Alain Delon était resté dans les chiottes tout seul sans avoir joui. » J’étais déjà bien emmerdé et le temps jouait contre nous, je me sentis pris dans une urgence qui ne pouvait être que funeste. D’ailleurs, comme le dernier des cons, je ne lui avais même pas dit : « …Je suis écrivain et réalisateur. Justement je fais bientôt un film où tu pourrais jouer le premier rôle, un truc épatant qui n’a jamais été fait et où tu serais parfaite. » Alors que probablement cette Andrea était Jessee Evans dans « Wake Up Dead », l’histoire de cette vedette adolescente estivale soi-disant yankee qui se noie à La Ciotat en tombant d’un yacht à la fin du tournage d’un vidéo-clip et que deux ambulanciers cocaïnomanes et au bord du gouffre ramènent à la vie en couchant avec elle sur une plage nocturne déserte sans savoir de qui il s’agit. (Et je vous laisse imaginer la suite.) En tous cas, il n’y en avait aucune pour moi dans un tel casting. A mesure que je lui bredouillais péniblement mon piètre britton, je me rendais compte en plus que j’étais vraiment bidon et ça me décourageait et détruisait mon laïus nuptial encore plus. A un moment, Tom avait dû voir que je discutais avec ce canon à l’extérieur et il se fut immiscé assez lourdement auprès de nous, disant à la fille des trucs comme : « Ok. On se voit tous ensemble tout à l’heure de l’autre côté du Vieux-Port au « Trolleybus » et on fera tous « Boum-Boum » ! » Je vous jure que c’est vrai. « Fais-lui croire que t’es un gangster, une véritable saloperie, et je t’assure que tu l’encules salement dans un coin comme tu veux… Ces filles-là sont vraiment des traînées… », m’avait-il même chuchoté à l’oreille non loin d’elle. Et ce qui était vraiment agaçant était de surcroît que cette fille nous prenait pour l’office du tourisme marseillais et nous demandait où étaient les meilleurs boîtes de la région. J’avais envie de lui dire : « Ah ouais, connasse ? Tu préfèrerais te faire péter l’cul au « Millenium » ?!... Y a pas écrit « renseignements pour bimbos » là, hein ?! » Et je continuais d’essayer de lui dire je n’savais plus quoi, si bien que, d’un seul coup, puis progressivement, elle se désintéressât de plus en de plus de moi, en dépit de la vérité toute bête que je cherchais notamment à son sujet. “ And so ? U like night-clubs ? U like crowd, dancing and music…and, huh… swimming pool…get the party started baby !... ” “ Yes i do.” “ I prefer love, poetry, romance… U know I wanna see u again…” Et là je l’avais complètement perdue, je ne sais même plus si je l’avais fait exprès ou non. On purpose baby ? « Aimez-moi dans le monde mais n’aimez pas le monde qui est en moi… », voilà ce que me dit cette muse comme toutes les autres. Et donc je songeais : « Ah, ces filles-là, vous comprenez ? comme le confient leurs partenaires juvéniles avec un visage de statue grecque au cœur d’une orgie dorée près de la plage, « …ce sont des fleurettes éphémères qui veulent danser éternellement dans l’espace avec la nudité de ce monde… car cette vie ne sert qu’à nous détruire… » – et, vous devez avoir raison, jeune homme : je ne pense qu’à ça !... » Et, en même temps, je me disais au sujet de cette Andréa : « Quel arrivisme extraordinaire ! Elles sont toutes comme ça ? Papa aurait été heureux s’il avait eu du fric !... » Indeed, cela aurait été plus simple de la stocker directement dans la Porsche direction le bercail avec piscine, drogues, musiques trépidantes, poteaux sybarites alertes, « bounga-bounga » et couscous familial à la clé (mais dans quel sens ? Je ne sais plus…) Et bien sûr je ne pensais même pas à ça non plus, mais simplement à l’Amour. Et je me posai une question toute bête en mon for intérieur : son âge. Elle avait donc dix-neuf ans, que ce fût vrai ou faux. Et avait-elle dénoté que j’avais presque quarante ans ou en avait-elle réellement rien à branler de ça aussi ? La chose serait donc encore plus volatile que je ne le croyais, à moins que je fasse vraiment plus jeune que mon âge, ce qui m’étonnerait. Et moi aussi d’ailleurs j’en ai rien à branler, ça m’va, c’est rien d’le dire, je n’aurais eu aucun remords à la « consommer. » Je dirais non seulement qu’il y a automatiquement une annulation sexuelle générationnelle mais aussi le fait que tout se joue sur des apparences et que donc nous étions que des apparences l’un pour l’autre, ce que je ne pouvais pas admettre tout en considérant néanmoins notre différence d’âge. Toutefois, il faudrait inventer un truc un peu comme Périscope à la con : la « nana barely legal » à l’insu de tout le monde filme sa soirée en boîte, de bout en bout et en plan-séquence unique, et on voit surtout le temps fort, le passage où cette « princesse » finit par se faire défoncer la rondelle dans un coin contre un mur par n’importe quel connard qui lui a plu ou je n’sais qui, et, à titre autobiographique, elle poste d’elle-même cette vidéo sur les réseaux sociaux et tout le monde la regarde comme dans un vidéo-clip sur Naine.TV. Je me demande si de tels documents porno ont déjà été faits (« Mais bien sûr que si !... » « Non, vraiment ?!...) Imaginez que je l’eusse réellement culbutée dans les chiottes et que même après on m’aurait acclamé ou discrètement congratulé pour ça. Dans ce cas, est-ce moi qui suis un monstre ou bien est-ce notre réalité en général qui aurait été réellement monstrueuse ? Je pensais même à un truc, le coup du restaurant pourri d’avant-hier soir. Imaginez que j’aurais ouvertement et sciemment mangé le ver de terre dans mon assiette devant tout le monde en jouant au con. Dans ce cas, les choses auraient-elles été meilleures pour moi, pour mes amis et pour tout le monde réuni ? Et aussi, dans ce cas, qu’aurait-il fallu penser de moi ainsi que de tous les autres ? Aussi bien n’avais-je pas du tout l’impression qu’une suite des événements plus bénéfique eût été envisageable entre cette soi-disant ibère juvénile festive et moi.
Nonobstant, je touchai affectueusement le haut du bras de cette pouliche et rentrai dans le pub pour revoir les autres après lui avoir fait un petit : “ I get back, ok ? ” De retour dans ce bar à la con, je ne savais pas ce que faisait Cale ni où il était précisément (peut-être fut-il dans les chiottes en train de se faire sucer le plus tacitement du monde ? Ça devait être ça. Alors il ne risquait pas de me faire part de « la combine », ni à personne d’autre…) mais je pense aussi à une chose essentielle qu’il me faut rappeler, « de bout en bout », ai-je encore envie de dire : je réalisais que depuis le début cette musique de mauvais goût que passaient Tom et mon cousin dans ce bar était de la soupe, une mélopée marécageuse et indistincte qui ne m’inspirait en aucune façon et qui même me perturbait assez (et, bien sûr, je parlais dans un tel brouhaha avec je n’savais qui que je ne comprenais guère ce qui m’était dit, ce dans une impression constante de délitement et d’abrutissement généraux.) Et, alors que subitement je me retrouvai de l’autre côté du pub, non loin des chiottes, en compagnie de Tom, toujours sur le coup pour n’importe quoi, et d’une grande blonde tout aussi juvénile (tatouée, d’un genre assez douteux, déjà plus très fraîche et pas forcément belle quoique séduisante) lors d’une conversation triangulaire où il était question de shooting-photos à poil qu’elle faisait ou qu’elle comptait faire, je n’sais plus… (« …Ah, tu es réalisateur ? Enchanté !... »), je pouvais exactement voir en face de moi, par le vestibule qui donnait ouvertement sur la rue, ma petite espagnole canonique qui, assise avec ses copines, se mit à lever de colère la main dans ma direction, et, avec l’air d’en avoir rien à foutre que je puisse l’entendre, se mit à dire à ses acolytes des choses du style :
- Este tipo ? Qué quieres que haga con esta gnomo ? Es un cagon !... El chico es aún incapaz de hablar realmente a mí ! Qué estoy haciendo aquí conmigo ? Ese es el gran director de mis cojones ? Ya has oído ? Es un marica ! A la mierda! Y tu madre ?...
Et j’en fus très consterné. Puis, lorsque je décidai de réapparaître connement devant elle afin de cloper derechef, elle me fit même une espèce de grimace renfrognée ainsi qu’un regard de sarcasme réprobateur assez troublant, exactement comme si une pute agacée venait de grimacer à un nain qui passait par-là…comme un zob qui avait que dalle. Bézeff. Christ-Roi mort sur sa croix qui n’a plus qu’à imaginer que Dieu existe. C’est assez immonde à voir lors de deux secondes de totale atterration de ma part, et je m’avouai vaincu, déconfit. Elle finit par se relever avec ses amies, passa près de moi sans le moindre regard, amèrement, et s’éloigna froidement des alentours du bar. Et alors je lui adressai cette phrase effroyable et désespérée que j’aurais vraiment préféré éviter de dire une seconde fois dans ma vie à une jeune femme et qui consiste en un tel aveu d’échec inéluctable : « Hey ? Andrea ? Where are you going ? » (La phrase que personne n’est censée prononcer.) Et elle me répondit, toujours en anglais : « Je vais aller acheter du tabac et je reviens tout de suite. » Et elle partit avec sa troupe en me tournant le dos, je réalisai qu’elle s’était bien foutue de moi et je dois dire que, réintégrant le « Carmine » avec les autres comme si rien ne s’était passé, je ne m’attendais pas forcément à ce qu’elle revienne. Je ne m’attendais à rien, ni en bien, ni en mal… Et, pour enfoncer le clou, j’assistai peu à près à l’hypothèse moqueuse de « Momo » qui nous déclama à l’extérieur, à Tom, Cale et moi : « Mais…la fille lui a demandé ça et Ludo il lui a même indiqué où se trouvait la boutique de tabac, ‘faut l’faire !... » « Ah, mais…si t’es si intelligent qu’ça, « Momo », dis-nous ce que tu comprends. Eclaire-nous de ta fine lumière. T’avais qu’à essayer d’aller t’la faire, toi ! Vas-y, vas lui parler à cette traînée, montre-moi si elle veut du tabac. Mais en même temps c’est pas vers toi qu’elle a foncé !... Jaloux, mon vieux ? De toute façon, il y a quelque chose d’évident contre laquelle on ne peut rien faire : des putes vaudront toujours mieux que les gens que vous fréquentez. Voilà. » « Ah ! Que tu es dur, Ludo… ! » « Ouais, je suis dur. Elle aurait dû s’en rendre compte, eh ben non … »
Toujours est-il que je demeurais tel un demeuré dans ce rade à la con, relativement assis dans un coin à boire des verres d’eau (parce que j’avais déjà plus un rond pour le Whiskey), à regarder les jeunes connasses danser et faire la queue devant ces chiottes maudites et à écouter ces remix house de mes amis qui ne me disaient rien qui vaille. Et j’aperçois soudain une petite métisse noire dans la foule, jolie, vêtue de noir, coiffée d’une façon rap ou je n’sais quoi, qui me regardait dans les yeux en souriant depuis une certaine distance. Quelques instants venaient de passer, je stationnai sur le statu-quo de la piste de danse presque déserte avec mon cousin, entre le comptoir et les sièges, et cette petite demi-black, accompagnée d’un trentenaire de souche européenne, grand, bonhomme et ventripotent, vint à ma rencontre, tandis que je ne savais pas que Cale la connaissait :
- Hé Ludo ? ça va ?, me demanda cette fille que je ne reconnaissais pas. Puis, Cale me rafraîchit la mémoire, et, tout à coup, je réalisai à qui j’avais affaire.
- C’est Natty Gann, Ludo. Tu la reconnais pas ?
Donc, il s’agissait de Natty Gann, autrement dit « Lula Cat. » Je ne l’avais pas du tout reconnue, celle-là ; pour moi, toutes les petites black de ce style ont la même tête. On ne m’aurait rien dit, rien ne se serait passé, je veux dire « encore moins » – et peut-être cela aurait-il été préférable. Mais, comme on dit, « le monde est petit », surtout à Marseille qui n’est qu’un village parmi d’autres. Et j’étais assez gênée de la retrouver, notamment en compagnie de son nouveau petit ami qui me semblait insignifiant mais qui s’exclama volontiers : « Ah oui ! C’est lui, Ludwig !? » lorsque les autres lui indiquèrent qui j’étais, certainement une « célébrité », apparemment, bien que la chose puisse n’avoir aucun non plus. Aussi bien ignoré-je que Cale la connaissait un tant soit peu, ce qui fut un choc pour moi ; une fois de plus, je me sentais trahi et vexé dans ma chair. Et donc, initialement, cette mulâtresse Natty Gann était une lycéenne marseillaise d’origine martiniquaise que j’avais dégotté plus de quatre auparavant sur Facebook où je l’avais littéralement harcelée durant des jours et des jours par messages scabreux interposés (jamais vu un rent’-dedans pareil qu’à ce jour je conserve d’ailleurs dans mes archives) parce que je l’avais prise pour une call-girl qui voulait m’importuner et que je souhaitais enfin rencontrer et culbuter purement et simplement – et ce n’était pas le cas. Et cette petite métisse – qui s’affichait sur les réseaux sociaux avec des images de loup dans les photos de son profil – m’avait répondu au bout d’un certain temps, non sans un grand enthousiasme, et m’avait même invité à venir la chercher à son école après les cours (le vendredi 13 janvier 2012 très exactement), chose que je fis bien que sa majorité sexuelle demeurât un mystère (n’avait-elle que dix-sept ans ? Et je m’en frottais la braguette allègrement…) Ainsi, je l’avais ramenée chez moi sur la bite et nous avions passé la soirée ensemble dans mon atelier à danser des slows, à discuter de tout et de rien, à nous droguer tels des amants au bord du gouffre, à nous étreindre, et cætera…Une véritable télécommande que j’avais maniée de cette façon, et je l’aimais beaucoup, cette lycéenne afro, en dépit de l’étrangeté du caractère de cette « Lolita Rastaquouère » qui, par la suite, eut disparu de ma vie tant je ne pouvais souffrir de ne plus la revoir (et j’avais l’impression qu’elle se foutait d’moi ; elle me disait par exemple qu’elle ne pouvait être mienne parce qu’elle était déjà avec quelqu’un, si bien que j’eusse bouillonné de haine jusqu’à me disputer avec elle et son mec sur Facebook, et je croyais ne jamais plus la revoir.)
A présent, elle était là en face de moi, plus mignonne et excitante que jamais. Elle avait grandi (étrange…) et elle semblait toujours aussi inexpressive et indigente. Je lui fis la bise et la serra un peu dans mes bras, puis, son copain du moment et Cale nous laissant un peu tout seuls, je restai avec Natty, accoudés au comptoir, et je ne savais pas quoi lui dire, de toute façon. Simplement je la regardai droit dans les yeux, avec une grande tendresse. De temps à autre, je soupirai, baissai la tête et la relevai vers elle, n’importe qui se serait rendu compte qu’il y avait eu jadis quelque chose entre nous. Et, aussi sûrement que je savais qu’un jour je mourrai, je songeai que toujours je l’aimerai. « Je t’aime, Natty Gann… », lui chuchotai-je à l’oreille. « Toujours ? », s’étonna-t-elle un peu. « Toujours, ma chérie… » Puis, après l’avoir encore étreinte, elle et son petit ami quittèrent rapidement ce bouge et je les vis longuement s’éloigner. « Hé Ludo ? T’étais carrément sorti avec une black, hein ? », me fit Cale. « Ouais… Et elle aussi elle m’a bien eu… » Quoi qu’il en soit, je réalisais que je m’emmerdais de plus en plus et que je n’avais rien de mieux à faire que de regarder les petites connasses bouger du cul. Et, au moment où je suis allé pisser pour de bon, je fus allé m’enfermer dans les waters, fis mes besoins et quelqu’un vint taper à la porte. J’ouvris celle-ci et je vis « la blonde tatouée qui faisait des photos à poil » de tout-à-l’heure se préparer à aller à l’intérieur avec un jeune type qu’elle prit par la main et qui disait « Wow ! Je suis impatient, j’ai trop envie de toi !... » Et je sortis pour aller me laver les mains au lavabo à côté alors que ce couple rentra dans ces chiottes et referma la porte derrière moi pour me laisser entendre quelque chose qui ressemblait en effet à des rumeurs orgasmiques, d’ardents oarystis, tel qu’il est dit dans la poésie grecque de l’Antiquité où la cocaïne n’aurait jamais existé.
Trois heures du matin. Tom, Cale et moi devions partir et réintégrer nos pénates respectives. Les mecs de ce rade venaient de les payer, et, d’un seul coup, j’avais l’irrépressible envie de faire un coup d’éclat avec les deux loufiats à la con de cette gargote en partant :
- … Super, vot’soirée, les mecs ! « Je reviendrai !... » Et, de toute façon, je vous notifierai dans mon guide du queutard ! La prochaine fois, on fera une soirée-pyjama géante, on se défoncera aux somnifères et on se déguisera en kangourous pour faire une partouze devant absolument tout l’monde où les uns et les autres se filment le sexe anal dans vos chiottes ! N’empêche, t’as vu ? Je suis même pas soûl ! Mais j’ai fumé du crack dans vos chiottes tout-à-l’heure avec des putes de dix-sept ans !, leur fis-je en sniffant furieusement sur le zinc. « Moi je crois en la poésie !... J’aime la poésie…. Parce que la poésie, elle vous emmerde !... C’est beau, la vie !... C’est beau, l’amour !... », leur avais-je lancé à la figure jusqu’à ce que « Momo » intervînt pour m’indiquer la sortie. « C’est ça ! Fous-toi d’ma gueule, toi ! », lui répliquai-je, cependant que Cale, Tom, Alex, Momo et moi reprîmes la route dans la caisse de l’avant-dernier tels cinq nègres qui fumaient des pétards dans la carlingue à travers Détroit au-delà de minuit. Et je me souviens aussi qu’à ce moment-là Cale, via son portable, nous avait dit qu’il y avait eu un attentat à Nice, chose à laquelle je n’avais guère prêté attention. De plus, Tom semblait insatisfait, et, à travers les éthers de marie-jeanne, il me dit sur un ton énervé :
- Ben alors, « Zeeger » !? Qu’est-ce qui s’est passé avec la p’tite espagnole, là ? T’as merdé ou quoi ? Pourquoi on est pas allés la retrouver au « Trolley » !? C’est vrai, quoi, merde ! J’ai envie d’piner, moi !
- Je vois vraiment pas c’que tu dis, mec. A mon avis, soit on y serait allés et on aurait trouvé personne, ou soit on les aurait retrouvées et c’était même pas la peine non plus : la p’tite qu’elle était bien bonne, ne t’inquiète pas qu’elle aurait été en train de se faire trombiner dans un coin par d’aut’connards que nous ! Parce qu’elle en avait rien à branler… ! Alors tu sais ? T’as qu’à faire comme moi, mec : t’as qu’à utiliser ta main dès qu’tu peux sur LiveJasmine, ça vaudra mieux…
- Ha ben merde alors !...
- Eh ouais… « C’est la vie… » Qu’est-ce que tu croyais ?
Nous avions ramené Tom chez lui, dans un vaste vent de nonchalance qui soufflait sur le centre-ville, et, tandis que nous parcourions la noirceur constellée de Marseille-by-Night du sud au nord dans la tire de Momo, complètement défoncés, notre quatuor écoutait du Rammstein via l’I-Phone de Cale branché sur les enceintes de l’auto-radio, pour peu que je passasse mon temps à zieuter tous les tapins qui stationnaient aux arrêts d’bus sur le bord de la route. « Wo-Ho ! Celle-là qu’elle était bonne ! Une autre ! Une autre ! » Et, notre chauffeur mahométan, excité par ce Hard-Rock allemand, se mit à rouler dangereusement sur les solos de guitare éléctrique et tout, alors que je gueulais tout mon schleu. « Mad Max était de retour ! » Et, comme j’aurais pu le dire à Cyril Colonna il y avait déjà presque vingt ans sur cette même musique, je sommais Momo de tous les écraser sur « Heirate Mich » qui trépidait vigoureusement dans notre nef des fous improvisée. C’était comme autrefois, le même délire, la même violence, mais pas les mêmes poteaux. Et, en plein milieu, Tom avait derechef rappelé mon cousin sur son portable pour nous dire de vive voix : « Hé les mecs, merde !... Revenez ! On va aller tirer un coup ! Je connais une fille à Bollène ! A tous les coups, ça pourrait l’faire !... Venez, on y va !... » Et cela nous avait fait bien rire comme nous traversâmes Sakakini et sa faune de putes qui poireautaient avec leur jupe-combinaison moulante, leur décolleté fluorescent et leurs pompes de chienne, des mules-jar-plateformes-à-talons-compensés-translucides. « N’empêche, t’as vu ça, tout-à-l’heure ? », fis-je à Cale, une fois arrivés dans les quartiers Nord. « La p’tite dans l’bouge, c’était tellement une traînée au string qui palpite que j’avais même pas eu l’temps de capter qu’elle voulait que j’la défonce tout d’suite dans les chiottes ! C’est dingue, hein ?!... Ah la chienne !... » Et, à cette écoute, « Momo », qui me ramenait chez moi, riait, riait, riait… « Ah, tu es un monstre, Ludo !... », me dit-il avec joie, et j’espère qu’il a raison, sinon je ne vois guère l’intérêt de vivre d’une façon générale, c’est rien de le dire...
Une fois de retour dans mon quartier, je sortis de cette caisse, saluai chaleureusement mes comparses qui repartirent à fond les bananes et je rentrai chez moi. Et, dès que j’ouvris avec ma clé la porte de la demeure de mes parents, je traversai le vestibule et m’avançai dans le salon obscur pour découvrir mon père qui, devant la télévision dont l’écran fut la seule lumière des lieux, faisait une tête aberrée et effroyable en clopant et en regardant les actualités sur le câble qui donc parlait de ce qui s’était passé à Nice cette nuit-là, ce massacre islamiste de plus où un enculé de psychopathe d’arabe à bord d’un camion venait d’écraser des dizaines de personnes dans la foule (et même des gosses) qui étaient rassemblés pour le quatorze juillet sur la Promenade des Anglais. Et, aussitôt, quelque chose de très lancinant, décevant, glaçant et inquiétant chuta en moi tel une pierre incisive qui n’arrivait même pas à toucher le fond d’un tel abîme, mais qui continuait de tomber, tomber, tomber…jusqu’à un certain point que je ne saurais définir. Enfin, je pense encore à une dernière chose : les jours suivants, j’entendais dire que Tom et Cale allaient retrouver « leur copine » qui les rejoignirent dans la région. Et donc c’est ça qui est extraordinaire : « Vous, les jeunes mecs qui faites DJ, vous en avez rien à foutre de devoir draguer des bimbos de dix-huit ans qui font la queue dans les chiottes d’une gargote. Vous observez quand même les gougnottes danser mais en fait vous savez très bien que vous retrouverez vos « régulières » tôt ou tard – et moi : tintin. Et, à mon avis, vous ne les avez pas rencontrées de cette façon… » Si cela avait marché pour moi, combien différents eussent été cette rencontre, cette orgie et ce massacre !... La chose est inconcevable et le sera toujours. Quelle mauvaise blague, n’est-ce pas ?...
III
INTERLUDE.
Mohammed Ibrahimi a répondu à votre commentaire sur le lien de Non à la construction de la Grande Mosquée à Nice
Mohammed Ibrahimi. 17 juillet 2016. 18 : 16
Pourquoi tu dis ça ? Alors que quand t es a marseille tu ferme les cuisses tellement tu a peur petite merde !..
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Jules Caesar a répondu à votre commentaire sur le lien de Non à la construction de la Grande Mosquée à Nice
Ah tiens ? Vous êtes là vous ?!...
Mohammed Ibrahimi a répondu à votre commentaire sur le lien de Non à la construction de la Grande Mosquée à Nice
Ouiiii je sui la LOL D ailleurs j’ai signalé ton profil aux autorités compétentes car tu incite à la haine tu aura bientôt des nouvelles de nos amis la justice
Peut-on faire et dire plus stupide, vilain et bas que ça ? Le babouin se montre exactement tel qu’il est. Menace de viol homosexuel, de délation, arrogance et tout. Ils croient avoir raison alors qu’ils ont fondamentalement tort, c’est dingue, hein ?!... Il y aurait eu tellement de choses à dire au sujet de ces quelques lignes qui insultaient récemment mon père sur Facebook de mes deux, mais je n’avais pas osé personnellement répondre à ce macaque. Autant ne pas ajouter encore plus de violence à cette violence, m’étais-je dit. « Ça ne sert à rien. » De toute façon, on ne peut pas réellement répondre à ce genre de provocation, bien que ces gens-là – des gens insupportables, de soi-disant « croyants » en fait dépourvus de sentiments et de la moindre culture – ne se gênent pas pour engager des rapports de force aussi vils qu’eux-mêmes avec ceux qui les contredisent. Et on ne peut rien dire… mais eux ils le peuvent ! Cependant, comment peut-on parler de cette façon à un mec de plus de soixante-dix ans ? Et en plus ils persistent et signent et croient avoir la justice avec eux ! « Nos amis la justice » ?!... « Tu incites à la haine.. » !? Alors que c’est d’eux que vient cette haine, c’est eux la haine et pas les Français sur qui ils crachent ! Vous avez vu qui sont réellement ces gens ? Et c’est eux qui nous assassinent comme chacun sait, et il faut leur construire des lieux de culte, bien qu’en aucune façon de tels sous-hommes ne le méritent. Dingue, n’est-ce pas ?! « A part ça ? Quelque chose à ajouter ? » « Oui, j’aimerais bien encore aller voir les chiottes du « Carmine », maintenant que je le sais. Quelle soirée ! Et aussi « Vive la France » ! Finalement, je pense à une chose concernant cette jeune fille qui s’appelle Andrea : au moment où je la vis se barrer et me snober devant ce pub à la con, j’aurais dû la suivre, la retenir, la faire se retourner vers moi, lui dire que je l’aime et aussitôt lui cracher sur la tronche, puis la laisser partir comme ça, « elle fait un peu ce qu’elle veut... » Ça, ça aurait été mieux que tout l’reste.
LUDWIG W. R. VON ZEEGER,
Marseille, 1er août 2016.
IV
Épilogue.
DE PASSER OUTRE…
Ainsi, à travers bien des peuples et des villes de toutes sortes, sans hâte cheminant, Zarathoustra, par des voies détournées, tenta de revenir à ses montagnes et sa caverne. Et voici que, ce faisant, il vint aussi, sans s’y attendre, à la porte de la grand-ville ; mais alors sauta sur lui un écumant bouffon, mains écartées, et lui barra la route. Or, c’était le même bouffon que le peuple appelait « le singe de Zarathoustra », car, de son mode et de sa manière de dire, il avait noté quelque chose, et il aimait aussi puiser dans le trésor de la sagesse du prophète sans-dieu. Et ainsi ce bouffon lui parla :
– Zarathoustra, prends garde. Ici, c’est la ville. Ici tu n’as rien à gagner et tu as tout à perdre. Pourquoi dans cette vase pataugerais-tu ? De ton pied ait quelque compassion. Crache plutôt sur la porte de cette ville – et en arrière retourne ! C’est un enfer ici pour des pensées solitaires et pures. Ici, de grandes pensées sont toutes vives jetées dans l’informe bouillon et cuites à petit feu. Ici pourrissent tous grands sentiments et nobles idéaux. Ici, ne peuvent que de petits sentiments à sèches claquettes claqueter ! Ne flaires-tu déjà la puanteur des abattoirs et des gargotes moisies de l’esprit et de la chair ? Ne suffoque cette ville sous la fumée de l’esprit qu’on équarrit ? Ne vois-tu pendre les âmes comme de sales chiffons et de flasques rebuts ? Et de ces chiffons et rebuts ils font des gazettes et des journaux ! Tu entends, n’est-ce pas ? Comme l’esprit est devenu ici un calembour et une farce ? Verbeuse et répugnante est la lavasse qu’éructent ces gens ! Et de cette boue ils font des journaux et des débats ! Ils se traquent les uns les autres sans raison et sans but et ne savent point où aller en même temps. S’excitent les uns les autres et ne savent même pas pourquoi. Ils font cliqueter leur or et battre leur fer-blanc dans un tel chaos et l’appellent « sagesse », de quoi ricanent les putains et les sages ivres de la ville. En fait, ils sont froids et dans des esprits de vin se cherchent chaleur. Ils sont brûlants et dans des esprits de glace aiment à se rafraîchir. De la fange de toutes les opinions publiques, ils sont tous malades, infectés et contaminés ! Avec l’eau-de-vie de l’esprit des catins ils se baptisent les uns les autres, alors qu’on a grand soin de la « convenance » tout à la fois ! Ici prirent quartier tous plaisirs et tous vices ; mais on y trouve aussi des vertueux, et plus d’une vertu : habile, installée et indifférente. De l’habilité pour écrire, marcher et parler en vain, et une chair toujours durcie par l’assise et l’attente, bénies de petites étoiles sur la poitrine, et des filles empotées agissant çà et là comme hétaïres ou comme mouches perfides au-dessus de l’abîme ! Ici sont également force piété et force bigoterie lécheuse de bottes et de pouvoir stérile, et devant le divin mensonge doré sont là toutes courbeuses d’échine. De là-haut ruissellent certes l’étoile fallacieuse et le gracieux crachat ; là-haut monte l’ardent désir de toutes poitrines non-constellées et de va-nu-pieds. La Lune a toujours sa Cour et la Cour a toujours ses singes et ses rats et ses veaux. Mais, vers tout ce qui vient de la Cour monte la prière et la musique difformes du peuple mendigot, et toute habile mendigote vertu que bien sûr le plus fin d’entre eux sait manier. « Je sers, tu sers, nous servons… » – ainsi de toute habile vertu monte vers le Prince une telle prière et une telle mélopée, afin que l’étoile du mérite et du labeur à la maigre poitrine s’accroche ! Mais la Lune gravite encore autour de tout ce qui est or et terrestre ; ainsi gravite encore le Prince autour de cette ville et de cette terre – mais ce n’est que l’or des boutiquiers. Le prince propose mais le boutiquier et la catin – disposent ! Zarathoustra, toi qui veux enseigner le Surhomme, par tout ce qui est lumineux et fort et bon en toi, crache sur cette ville, crache sur ces rebuts et ces nuées – et en arrière retourne ! Ici en toutes veines coule tout sang putride, semence stérile et bave tiède et fétide. Crache sur cette ville, qui est le grand dépotoir où écume toute lie ! Crache sur la ville des âmes écrasées, des creuses poitrines et des cœurs vides, des yeux affûtés et des mains poisseuses ! Sur la ville des fâcheux, des effrontées, des scribouillards, des étouffants, des braillards, des instituteurs d’un jour et des arrivistes en chaleur, gloutons les uns, gourmets les autres et tous dédaigneux – où toute humeur cariée, tarée, tarie, lubrique, morne, pourrie, terne, purulente, complotée, factice…où tout ensemble suppure ! Crache sur la porte de cette ville et n’y reviens jamais !
Mais, Zarathoustra fut très attentif aux propos de son bouffon et lui rétorqua :
– Assez ! Depuis déjà longtemps ton discours et tes manières m’écœurent ! Au bord d’un tel marécage pourquoi fis-tu demeure si longtemps que toi-même crapaud ne devint ? Toi de même ne coule-t-il point dans tes veines un sang saumâtre, putride et baveux que de la sorte tu appris pareil coassement ? Dans le bois n’es-tu allé maintes fois ? Que de la Terre ne t’es-tu fait laboureur toi aussi ? Ton océan est-il fait de vertes îles ? De ton mépris je n’apprécie que la mise en garde. Mais alors pourquoi toi-même ne te mettrais-tu en garde ainsi ? Et où est l’amour qui tel un oiseau s’élèverait de ton marais ? On te nomme « mon singe », ô écumant bouffon, mais tu es aussi le pourceau dont les grognements et la bouffonnerie ne peuvent que davantage me gâter. De quoi grognes-tu surtout ? De ce que personne ne t’ait suffisamment flatté ! Et dès lors tu t’assois sur le fumier qu’est cette ville pour mieux y trouver motif à grogner ! Et vengeance – car est vengeance toute bave et vanité que je décèle en toi, ô mon inestimable bouffon ! Mais, ton discours me fait tort, à moi – parce que tu as raison ! Et qu’eût même cent fois raison la parole de Zarathoustra, en usant de ma parole, toujours tu me ferais tort – hélas…
Ainsi Zarathoustra avait parlé à son bouffon aux portes de la grand-ville. Longuement, le prophète sans-dieu considéra cette ville ; puis, il eut un grand soupir et un grand regret et se tut tout aussi longuement. Et enfin, une fois seul à la croisée des chemins, tandis que le bouffon fut reparti voir les catins des bas-fonds, Zarathoustra se parla à lui-même :
– Il a raison, hélas.. Cette ville me dégoûte et pas seulement son bouffon. Ici ou là rien ne peut s’améliorer ou s’aggraver, bien que le pire persiste. Malheur à cette grand-ville ! Et déjà je voudrais voir la colonne de feu où un jour elle se consumera ! Je voudrais être le bûcher où cette ville sera brûlée – et ainsi je veux votre déclin ! Car de telles tempêtes de feu ne peuvent que précéder le Grand Midi, et ces choses auront leur temps et leur destin, aussi bien n’ai-je point déjà le désir de soulever toutes ces voiles. Or, cette leçon, je te la donne, bouffon, en guise d’adieu : là où on ne peut plus aimer, il convient de – passer outre – ! Et ainsi donc je vais malgré tout parmi vous.
AINSI PARLAIT ZARATHOUSTRA
– et au bouffon il passa outre ainsi qu’à la grand-ville.
Friedrich Nietzsche, 1888.