AUTOPSIE du "Petit Journal"
- LUDWIG VON ZEEGER.
- 3 août 2016
- 44 min de lecture


“ …Ils ont maintenant tout à fait monopolisé la « Vertu », ces faibles,
ces insignifiants, ces malades incurables, ces tchandalas…
Point de doute : « Nous seuls sommes les bons,
nous seuls sommes les justes et « Dieu est avec nous ! »,
disent-ils. Nous seuls sommes les homines bonae voluntatis.
Ils vont parmi nous tels des reproches vivants et bornés,
destinés à nous avertir de ce qui est « bon » et de ce qui ne l’est pas.
Parmi eux, on rencontre, en foule, de-ci, de-là, des vindicatifs
et des hypocrites déguisés en juges qui ont éternellement,
comme une bave empoisonnée, le mot « Justice » à la bouche ! ”
Friedrich Nietzsche, 1885, III, § 14.
SIC TRANSIT GLORIA MUNDI,
Tel qu’il est dit lors du couronnement d’un nouveau pape
pour lui rappeler que lui aussi n’est qu’un homme et un mortel.
(“Toi aussi t’es un trouduc ; on a tous ça en commun...”)
1.
Introduction : CANAL HISTORIQUE
Initialement, tout le monde savait depuis des années et des années que Canal + avait certains problèmes avec sa grille des programmes concernant la fameuse case de dix-neuf heures à vingt-heures et demi du lundi au vendredi. Et donc cette chaîne de télévision légendaire – « payante avec abonnement » – avait donc besoin d’une nouvelle émission de divertissement pour remplacer l’illustre « Nulle Part Ailleurs », il en était question depuis des années. On nous disait alors de part et d’autre : « On va faire mieux que « Nulle Part Ailleurs », ce qui est impossible, bien sûr (et certainement pas avec une fadaise comme « Touche pas à mon Poste » sur D8 dont l’intérêt qui peut lui être porté ou non divise tout le monde. Les uns et les autres de cette compagnie ne sont jamais arrivés à faire aussi bien que lors de la grande époque Gildas, Karl Zéro, Les Guignols et De Caunes.) Qui plus est, je tiens à dire à titre personnel que je suis abonné à Canal + depuis au moins décembre 1984 – « depuis le début » –, tant et si bien que j’eusse donc déjà vu au cours de ma vie de simple téléspectateur d’innombrables choses sur cette chaîne qui valaient dix fois, cent fois mieux que ce que nous pouvons y voir à présent ; la liste – qui est de surcroît une liste profondément intéressante – serait trop longue et détaillée à faire. D’ailleurs, cette entreprise a déjà été accomplie de temps à autre et rien n’empêcherait je n’sais quels illustres auteurs avertis du groupe Canal + de nous rejouer éternellement ce Revival, faute de mieux – ce dans une ambiance, des conditions et des situations de plus en plus méphitiques et préoccupantes que personne n’ignore. Tout le monde sait que le climat à Canal + est devenu encore plus délétère et insupportable depuis que cet odieux Monsieur Bolloré en est le principal actionnaire et dirigeant. On ne peut que penser du « Grand Journal » présenté depuis peu de temps par Maïtena Biraben (mais d’où nous sortent-ils un nom pareil ?) qu’il est un désastre de panurge quotidien qui ne peut que laisser sceptique et nostalgique bien des abonnés de ma génération et de mon expérience, mais, en même temps, on ne peut pas dire, comme je l’ai lu récemment, que « l’émission de Monsieur Barthès était la dernière représentation historique de cet esprit persifleur des débuts de cette chaîne ou de sa grande époque. » Pour peu que cet infect Monsieur Bolloré ne soit pas directement la cause de cette déchéance, mais plutôt quelque chose qui a accompagné cette dégradation et qui l’a encore plus accentuée. Et je suis très pessimiste.
2.
LE PETIT JOURNAL & SON RÉDACTEUR
Donc, je veux parler de cette émission journalistique d’un « genre nouveau » : « Le Petit Journal » (ou « nouvelle génération », peut-on dire aussi.) Le principe du « Petit Journal » consiste à couvrir et à relater, d'une manière caustique et détournée voire décalée, « l'actualité planétaire », notamment en utilisant des procédés de compilation d’images courtes et répétées « pour en démontrer l’essentiel », une forme d’esprit sélectif qui était assez inhabituelle à la télévision et qui au début peut paraître déroutante et troublante. En effet, le mélange des genres (humour et information) pratiqué par cette émission ainsi que l'utilisation abondante du montage-vidéo sont remis en cause par certains journalistes plus avérés qui en accusent les rédacteurs et auteurs de maquiller, de combiner ou de trifouiller indéfiniment l'actualité et les autres diverses informations, « parce que cela les arrange ou convient à leur ligne directrice », dit-on avec le plus grand sérieux – alors que la chose n’est pas sérieuse.
La première fois que j’eus regardé ce « journal » – qui est mi-information, mi-divertissement ; certains appellent même cela de « l’infodivertissement » voire, ce qui est encore plus étrange, de l’infotainment –, ce qui m’avait le plus étonné et choqué était le ton ou la « couleur morale », affective, si je puis dire, de cette émission. En effet, j’éprouvais cela d’une façon si immédiate et viscérale que j’y voyais quelque chose d’excessivement propre, aseptisé, trop vétilleux, lisse, sans aspérité, trop circonscrit quoique « cherchant la p’tite bête… » (« …parce qu’à l’inverse des autres journaux nous disons plus de choses », nous fait-on comprendre pèle-mêle.) Et, eu égard à son standing, toute la personnalité de cette émission me semble d’un goût assez douteux. Jusqu’alors j’avais été habitué aux gags de « Nulle Part Ailleurs », aux pitreries de De Caunes et Gildas, les parodies si recherchées de Karl Zéro, la brutalité d’un Michel Muller, l’efficacité des « Messages à Caractères Informatifs », Les Nuls (dont j’estime toujours qu’ils sont les meilleurs comiques français, c’est-à-dire « ceux de ma génération », qui étaient plus couillus et radicaux), ainsi que le surréaliste Edouard Baer et sa « Bostella »… Evidemment, les Guignols de l’Info par le passé étaient meilleurs, plus drôles, plus courageux, plus râpeux et rugueux, ai-je envie de dire, vraiment corrosifs, mieux écrits, plus talentueux (Bruno Gaccio était quand même un bon auteur, qui avait des choses à dire et les disait assez bien.) Mais, « c’était une autre époque », celle d’André Rousselet, et, de nos jours, depuis au moins plus d’une dizaine d’années, on assiste sur Canal + à une sorte de verrouillage du comportement des identités, à une sorte d’émasculation socio-politique culturelle qui, en outre, nous concerne tous – une dénaturalisation des mentalités.
Cette dégradation du niveau humain de la télévision – ce mensonge intégral et consenti qui va crescendo – est quand même quelque chose à laquelle j’ai réellement assisté depuis déjà plus d’une dizaine d’années ; et j’écris cela, nous sommes le 11 juillet 2016.) Oui, je trouve que Canal + a vraiment beaucoup perdu de l’acidité et de la causticité de son ton légendaire, et, si l’on me parle encore de ce qui est ou était « l’Esprit Canal + », j’aurais le plus grand mal à le situer maintenant, et certainement pas dans le « Petit Journal » de ce Monsieur Barthès dont je me demande s’il ne vaut pas mieux l’appeler « Madame. » Et, ce que je viens de dire là – ce sarcasme qui consiste à l’appeler « Madame » – est d’ailleurs maintenant le seul véritable tabou contre lequel on ne peut rien faire, le véritable « politiquement incorrect. » « Il ne faut plus dire une chose pareille », cela est à présent convenu de cette façon. Alors qu’autrefois Didier Lembrouille arrivait sur le plateau de télévision avec une batte de base-ball et traitait tout le monde de « tapettes » (à commencer par le public) et c’était quand même plus drôle ! Mais, de nos jours, on essaye non seulement de nous faire passer la privation liée à cette constatation, mais aussi, parce qu’il y aurait une absence de jugement à ce sujet de la part des gens qui expliquerait qu’ils aient grandi avec le reste du système jusqu’à ne plus oser dire ce propos. On essaye de nous faire croire que la chose serait naturelle au point de confirmer ainsi la caducité réelle de ce système basée sur cette permanente édulcoration de tout ce que nous sommes et aussi de l’information. Même pour plaisanter, les téléspectateurs ne doivent plus y songer – et encore moins le dire publiquement – tant ils ont peur de passer pour des « homophobes » dans un espace social où les talents et les comportements se diluent et se délitent peu à peu dans une pseudo-sophistication qui est ainsi mise en exergue, indiquée par un bon goût arbitraire et un libre esprit pour le moins fallacieux, alors que la chose n’exprime ni le bon goût, ni la liberté d’esprit, mais en simule les apparences dans des médias qui deviennent de plus en plus émasculés et indignes des spectateurs.
Et c’est uniquement de cela dont il est question ici, dans ce passage particulier de mon texte contre la télévision contemporaine : le déficit de virilité de la personnalité morale des hommes de notre société actuelle ainsi que celle des acteurs médiatiques. Cette inexorable aseptisation constante de tout et n’importe quoi, ce résultat de l’abêtissement général des vingt dernières années qui est un spectacle effroyable, cette atténuation, cette éviration ou cet adoucissement irréel des mœurs humaines dans la « Société du Spectacle » où les gens n’osent plus dire ce qu’ils pensent vraiment (« tout devient soft et gentillet » et on s’improvise comme le condotierre censuré de l’actionnaire principal – ce même ignoble Vincent Bolloré qui est à la fois le public, l’auteur et le dirigeant.) On nous fait comprendre, d’une façon que l’on tient à nous faire passer pour « naturelle », qu’il ne faut plus être grossier, âpre ou agressif, à moins d’être mal jugé et mal vu, c’est très étrange… (« Il y a longtemps que Coluche est mort… »), chose que non seulement l’on retrouve donc de partout de nos jours dans les médias, télévision, la radio, Internet, les réseaux sociaux… – personne ne peut plus y échapper, nous sommes tous concernés par cette caducité forcée et surjouée qui se retrouve à l’occasion dans le comportement de la jeune génération actuelle où cette dégradation me semble irréversible et inachevée dans son aggravation sine die.
Qu’il s’agisse des programmes de Canal +, de D8, de Paris Première ou de Comédie +, j’ai instamment l’impression que les médias – et surtout les formes par lesquelles ces derniers passent pour se réaliser et se déployer jusqu’à nous – sont devenus majoritairement indignes des spectateurs, je le répète, banals, méprisables, ridicules, dépourvus d’authenticité et d’une véritable force d’affirmation humaine. A présent, toute notre télévision ressemble à (ou carrément est) une télévision d’homosexuels où l’on nous sert des «déchets de réflexion», des mets faibles, insignifiants et fades à longueur de journées et où le politiquement incorrect est tout simplement évincé avant même de pouvoir dire un seul mot pour sa défense. Je ne pense pas exagérer en disant une chose aussi outrageuse et insultante cependant que nous vivions actuellement une telle crise – pas seulement télévisuelle – que tout le monde traverse depuis au moins une quinzaine d’années et que nul ne peut ignorer, si tant est que je demeure persuadé de ne pas être le seul – notamment de ma génération – à éprouver ainsi cette conjoncture, cette intrigante « crise » audiovisuelle identitaire.
Mais, parlons plus précisément de ce « Petit Journal » et essayons de le définir. Je commencerais par dire que, bien sûr, nous sommes tous actuellement animés par cette volonté d’être des « personnes médiatiques », des journalistes, des « intervenants », des débatteurs, des commentateurs. Et nous vivons une époque qui procure un tel sentiment d’insécurité et d’étroitesse général que les gens ont besoin de parler, de s’exprimer – même par des moyens dépourvus d’un véritable honneur –, que ce soit un adonis avec son journal-télé qui cartonne ou n’importe quel internaute qui passe son temps à écrire des conneries sur Facebook ou Twitter sans avoir la même tribune. D’ailleurs, moi aussi, avec ce texte, je ne fais rien d’autre, à ma manière, que « du pseudo-journalisme », dans le but bien sûr d’éclairer les gens qui me liront, pourquoi pas ? Mon travail vaut aussi bien que celui d’un autre. Mais je trouve quand même que nous ne sommes plus des êtres d’une civilisation donnée ; nous sommes devenus des « êtres planétaires », « relatifs », « anecdotiques... » « Nous relatons les choses comme dans un village qui n’est plus étrange pour personne » – non sans un égard moindre pour l’identité culturelle essentielle dont nous sommes tous respectivement issus. Et donc la plupart d’entre nous sommes devenus des êtres théoriques, discursifs dont finalement la vie et la force du discours seraient au-delà de toute identité (voir Nietzsche à ce sujet), bien qu’en même temps les traits culturels inévitablement exprimés par la race des êtres ne puissent que demeurer et s’exprimer dans une certaine mesure. Le contraire serait évidemment peu envisageable, pour ne pas dire impossible. Mais, le fait est que nous soyons tous devenus des téléviseux-amateurs, des apprenti-journaleux, des stagiaires déguisés en bonnes femmes, des idiots soi-disant prolixes qui nous croyons intéressants quelques instants parce que nous écrivons des lignes de banalités extraordinairement passables dans Twitter, dans les commentaires YouTube ou Facebook – tout cela est donc devenu d’une telle futilité et d’un tel dégoût que l’on ne sait même plus qui écouter, ni qui regarder, ni en quoi consiste réellement « ce discours », cette dialectique tronquée, si tant est que la véritable presse écrite restera toujours la seule authentique autorité en la matière – bien que je connaisse plus de gens qui écrivent des fadaises dans Twitter et qui regardent le « Petit Journal » que de gens qui lisent « Libération » (et les gens non seulement ne savent plus lire, de toute façon – « ils ne peuvent plus en avoir le temps » –, mais aussi la forme de tous ces éléments d’information se dégradent-elle également dans la presse écrite dont on se demande qui, de nos jours, peut bien la lire !...)
Alors, dans des conjonctures de plus en plus biaisées, inefficientes, passables et confuses que celles de notre temps, surgissent télévisuellement (naturellement ?) des aberrations comme le « Petit Journal » dont les agents et les auteurs se prennent pour des lumières parce qu’ils croient exercer un tel monopole de la nouveauté en matière journalistique. Et ce que l’on nous dit, ce que l’on nous montre à ce moment-là – et surtout la manière de le faire, de le consulter et de se le représenter – est tout d’même d’un niveau anthropologique qui ne peut qu’exprimer l’inconsistance globale de ce tempérament contemporain, ainsi que celui du légendaire Canal + dont la hardiesse, par épuisement des contextes ayant à se renouveler, n’était plus à démontrer au point que quelque chose de plus ne pouvait justement qu’en contredire ce fameux « Esprit », si différent et intéressant, dont il était déjà question.
Commençons par décrire le présentateur, producteur et rédacteur-en-chef officiel, ce cher Yann Barthès (qui veut donc se montrer si tatillon, averti, propret voire justicier.) Oui, cet homme-là – qui a fait des études non seulement brillantes et privilégiées mais aussi « vaguement compatibles » avec le journalisme traditionnel – est typiquement une créature des médias et de la télévision actuels, un arriviste et un parvenu dont le studio d’enregistrement à Paris est situé Rive-Gauche (l’inverse eût été impossible.) Et je comprends tout à fait que cet homme-là ait réussi et qu’il ait trouvé sa place quand on sait toute l’hypocrisie incontournable du climat actuel de la télévision ou de la radio ou du « système médiatique. » Le système actuel est effectivement géré et confirmé par ce mensonge général admis par tout le monde, qui est donc distribué au fil des heures par tous ces « acteurs médiatiques » qui ne font que ressortir jusqu’à nous toute la banalité de notre réalité actuelle. La première fois que j’ai vu ce Yann Barthès sur mon téléviseur (qui n’était pas encore un écran plat), je trouvais qu’il était assez bien habillé, propre sur lui, un assez bel homme non dépourvu d’élégance ; de plus, je ne serais pas étonné d’apprendre qu’il plaise d’une manière très assumée aux deux sexes tant son apparence physique me semble sexuellement ambigue et lisse voire « métrosexuelle », comme on dit. De toute manière, ce petit écottier peut être qualifié de « présentateur sexy », ce qui en soi est un comble quand on voit que son journal exprime justement ce côté « sexy » qui n’aurait jamais eu lieu d’être il y a à peine vingt ans. On est très loin de Zitrone, de Mourousi ou de « Cinq Colonnes à la Une. » « Elle est bonne, hein ? La nouvelle Miss Météo sur Canal, non ? J’la baiserais bien !... Mais avec une perruque et des nibards, ce serait mieux…» « Ah, mais justement, il y a les deux travelots à côté, qui disent des conneries et qui appellent ça « une revue de presse » !... C’est justement à suivre... » Cet homme-là a vraiment des allures de garçon-coiffeur avec qui on boirait le thé tout en prenant du plaisir à voir de quelle façon il critique et traite l’actualité tel qu’il le fait. Mieux que dans un salon de coiffure ! Précisément, son traitement de l’info s’apparente à une forme de « journalisme d’homosexuels » dont le rédacteur est à la fois agaçant, mesquin, pointilleux, pseudo-impertinent, plaintif et compliqué comme une bonne femme, bien qu’il puisse être remarquablement marié (avec une bourgeoise du seizième arrondissement parisien, que sais-je ?), avec des enfants et tout (dans un appartement tellement impeccable qu’il n’ose même pas se faire un cuire un steak tout seul ?) Bien sûr, le sujet ici n’est en aucun cas celui de sa vie privée, mais, si l’on me dit qu’il ne faut pas juger les autres sur de tels critères, je répondrais que c’est quand même ce genre de garçon qui prétend objectivement nous informer de bout en bout du lundi au vendredi avec un journal « différent des autres » voire « un journal qui va plus loin que les autres », « qui plaît aux jeunes », « vous ne verrez ça nulle part ailleurs ! » Et donc, si tant est qu’on me laisse la liberté légitime de pouvoir le penser ou l’écrire, la féminité, le ton forcé et la puérilité de ce Barthès me semblent être une généralité des gens de la télévision depuis plus d’une décade (et bien sûr pas seulement de la télévision.) « Le naturel reviendra-t-il un jour ? » Je ne le crois pas et j’en ai déjà longuement parlé. « Ils se sont donné le mot pour se plastifier eux-mêmes ! » Franchement ? « Qu’est-ce que c’est que ce garçon avec des airs de petit-bourgeois-métrosexuel-merdeux-efféminé-bellâtre-friqué-propret-de-bonne-famille avec l’impeccable pseudo-barbe de trois jours qui a réussi à Paris et qui ne fait même pas son âge alors qu’il a à peine quatre ans de plus que moi ? » Cette question que je viens de poser est quand même aussi évidente que le nez au milieu de la figure quand on voit physiquement et moralement ce garçon nous faire victorieusement son show quotidien ; cela me semble être pour le coup un ressenti tout-à-fait naturel de ma part, bien que l’on nous dise qu’il ne faut pas juger sur des apparences alors que tout le monde sait que tout n’est qu’apparence et illusion, surtout présentement à la télévision. Et les gens qui y travaillent ne peuvent désormais qu’être des personnes encore plus illusoires que leurs propres créations, au point que cette impression d’avoir affaire à une culture informative dérivée d’une perception gay de la réalité n’en soit que plus forte.
Mais, le problème n’est pas tant l’homosexualité en elle-même que le reflet d’un monde qui se détériore de plus en plus et dans lequel on peut avoir toutes les raisons du monde de ne pas se retrouver – parce qu’on nous présente et représente les choses ainsi. Si les gens étaient « des homosexuels » mais qu’en même temps ils agissaient d’une façon dont on pourrait reconnaître la force et la valeur des choses et de ce qui est fait, alors je n’aurais aucune raison de parler de leur caractère tout en m’attirant les foudres des uns et des autres et du public et des instances ou de je n’sais qui. Mais, s’il n’y avait que cela, nous pourrions nous en sortir facilement. Or, à quelle époque vivons-nous ? Nous vivons tout d’même à une époque où non seulement tout le monde essaye de faire attention à son image mais où, en plus, les choses que nous devons assimiler, intégrer, administrer, régler et circonscrire pour vivre convenablement parmi les autres deviennent de plus en plus complexes et délicates, pour ne pas dire fallacieuses et instables, « ingérables… » Et, à moins d’être « parfait » ou de résider dans un autre monde, toutes les choses de notre vie et nos soucis deviennent progressivement impossibles à vivre, sans oublier le cadenassage de la langue et le fait que l’on doive faire attention à tout ce que l’on dit, fait et même pense (on peut même savoir de nos jours, d’une façon insidieuse, ce que vous pensez réellement dans le cercle privé et on vous juge à cause de ça ! Délation, et cætera…) tant les nouveaux moyens de communication nous obligent à nous tirer nous-mêmes à quatre épingles sur un plan mental, socio-politique et moral, ce qui est liberticide – oui –, une dictature provenant des autres, du net et des médias qu’il nous faut assumer, bon gré, mal gré, et une aliénation sociale de plus qui le dispute à la misère et à l’exclusion réelles des moins lotis et futés d’entre nous qui ne peuvent guère se retrouver dans la complexité de l’ensemble de cette situation réellement insupportable et absurde que suppose cet environnement techno-médiatique.
En effet, l’image que les gens veulent donner d’eux-mêmes est un souci de perfection personnelle qui reste à ce jour parfaitement impossible à concevoir ; on ne peut qu’exprimer le désir de celui qui recherche à être parfait devant les autres et non la complétude de ce que l’on est vraiment, en-dehors du média et de cette utilisation de l’information (on nous dit même à ce moment-là que « tout repose sur la confiance », ce qui est encore plus aberrant.) Quand bien même, pour en revenir à cette confusion de la sphère publique et privée, on n’aura jamais autant vu dans l’immédiat les uns et les autres se dévoiler, se dépouiller de leur privacy dans un but de « communication » alors même que, par un passé encore récent, on nous indiquait, sans se poser de question, de faire exactement le contraire, aussi bien cette privauté était-elle la base de l’établissement social des personnalités qui réussissait dans notre civilisation. D’une manière semblable, les instances nous parlent de « civisme », d’un devoir de « responsabilité », d’ « exemplarité », de « citoyenneté » et de « transparence » (il ne manque plus que le mot « décence » quelque part, pendant qu’on y est, ils vont aussi rétablir le catéchisme… !), bien que ce soit le contraire qui devrait être restitué, c’est l’inexemplarité totale des acteurs médiatiques (si j’puis dire) qui devrait être exhortée (et d’une façon certainement volontairement démente et irrévérencieuse) si, dans ce cas, un véritable courage et une véritable personnalité devaient être exprimés dans cet « Esprit Canal + », courage et personnalité qui ne consisteraient qu’en ceci : « Je me fous de ce que vous pensez de moi. Mais je voulais quand même que vous le sachiez. » « Si notre monde actuel n’est qu’un délire, alors soyons nous aussi ce délire. Parce qu’à vrai dire « nous sommes la négation de « la Société du Spectacle » dans le but de ramener l’Homme vers l’essentiel de sa vie. » Et non pas : « Je suis un informateur et je prétends agir pour le bien de la communauté en divertissant mon public avec une information que je dépolitise, et, de cette façon, je contribue avec succès à la complexité de ce mensonge médiatique général. » Dans un tel fatras qu’est devenue notre société moderne, il n’est donc pas étonnant de voir que des gugusses comme cette « Madame Barthès » se prennent pour des lumières !
3.
COMBIEN DE FOIS LA MÊME CHOSE
A-T-ELLE ÉTÉ RÉPÉTÉE ?
(Procédés…)
Et donc venons-en à l’émission en elle-même et aux procédés de ce « journal » propret, mou, mesquin, rétréci et vaniteux (et pseudo-juvénile, on dirait l’œuvre d’un bourgeois du seizième arrondissement de notre capitale au sortir de la faculté ou bien la chose pourrait-elle s’appeler « Jours de Neuilly pour les jeunes de gauche friqués et branchés », que sais-je ? « La bonne société » d’mon cul qui veut se donner bonne conscience et qui fait du jeunisme ? ») Et, dans ce « journal », tout est encore plus nécessairement sorti de son contexte que dans n’importe quel autre journal. Cela devient par excellence l’art de sortir les choses de leur contexte. On se demande comment c’est possible. Et, comme le disait il y a déjà plus d’une vingtaine d’années Christian Borde alias Moustic (qui aura toujours eu plus de talent) : « L’actualité, c’est vous qui la vivez, c’est nous qui en vivons… » Et, de ce point de vue-là, tout un ensemble de choses ont donc été entreprises et effectuées avec cette volonté absolue de « nous informer différemment. » Mais alors que faut-il penser de cette manière de nous dire « combien de fois quelqu’un a dit la même chose durant sa conférence de presse ou lors de son meeting ? » On nous dit : « Le ministre a dit « coup de pouce » plus de vingt fois en trois-quart-d’heure… » compilés en quinze secondes. Quelle analyse ! On voit les pauvres cons aux aguets devant la table de montage ! Quel coup de main, quel œil ! Quel coup de télécommande ! Mes compliments aux petits malins du zapping qui regardent la télévision sans s’arrêter, cherchant de partout comme des onanistes, et qui montent ainsi la réalité avec une table de montage numérique pour soi-disant en conserver « l’essentiel » et nous en faire un « journal » ! De qui se moque-t-on ?!… Insupportable ! On se demande ce que ça vient faire là ! Et donc que fait-on ? Va-t-on vraiment de cette façon comptabiliser tous ces détails en faisant passer la chose pour du journalisme ? Et cette façon digne d’un écolier potache de reprendre les célébrités linguistiquement : « Le président a dit « Berlin » au lieu de dire « Verdun » aux côtés de son homologue allemande. Ainsi les choses sont sorties une par une de leur contexte et on se focalise dessus en se croyant efficace. Et donc ce « journaliste »-là – qui fait preuve d’une « branchitude » si réjouissante et enthousiasmante quand, par exemple, au lieu d’appeler une tasse à thé « une tasse » il l’appelle un « mug », usant ainsi d’un anglicisme à la con pour frimer, ou quand il nous dit le « buzz » au lieu de dire une « rumeur qui a du succès » voire une « punch-line » au lieu de dire une « assertion » – n’a que ça à dire pour amuser la galerie ? « Le président s’est trompé de mot » !... Il s’en fait même un « motus » et ça fait rire les petits connes de son public. Sérieusement ? Cette façon de tout compiler, de recenser et de nous indiquer combien de fois à chaque fois la même chose a été dite et faite durant des années ou depuis une certaine période… Ils vont même jusqu’à chercher vingt ans en arrière ce que Jean-Pierre Pernaud disait déjà tous les jours !... Si on dit que c’est plus que du journalisme parce qu’on utilise un tel procédé basée sur ce genre d’efficacité, on ne peut pas dire en même temps que ce soit le summum de la presse. Qu’essaye-t-on de nous faire comprendre avec de tels procédés ? Tout le monde sait qu’Hervé Mariton est ridicule ou je n’sais quoi, on n’a pas besoin de vous pour le comprendre !... – « …Et ça vous fait rire, ça, Madame… ? » Et tout ce que l’on nous dit dans cette galéjade de journal est quand même extraordinaire à écouter, on dirait l’ouvrage d'un gosse en primaire tellement c'est naïf, prosaïque et merdeux ! C’est à se demander si nous sommes plus de sept milliards de personnes à vivre et à ressentir les choses sur la même planète, quelques soient les infos dont nous disposons ! Il est tout d’même frappant que, sous prétexte de jouer aux divertissants avec l’actualité, on puisse à ce point porter des avis facétieux sur les gens parce que Laurent Delahousse a dit « Monjour » à la place de « Bonjour », ou parce que Didier Deschamps a dit « esspression » au lieu de « expression »… et autres détails grossis cent fois trahissant la mesquinerie et la petitesse des éventuels auteurs de ces rubriques qui miniaturisent l’esprit humain par spécialisation de tout et n’importe quoi. Une aberration courante. Le comble du politiquement correct. Et bien sûr on insiste sur l’identité politique anti-raciste, anti-fasciste, anti-homophobe ou je n’sais quoi, ça, on y est habitué avec la télévision de ces trente dernières années, surtout sur Canal + (que l’on a souvent définie comme étant une chaîne « crypto-gauchiste », ce qui me fait bien rire et me laisse dubitatif...), tandis qu’il me semble qu’un milliardaire comme Vincent Bolloré se foute royalement de ce crypto-gauchisme à la manque, c’est rien de le dire, cela me semble indéniable ; et « jusqu’à quel point peut-on faire semblant et se mentir à soi-même et aux autres « ? « C’est nous les justes, c’est nous les héros et les autres sont des sales types que justement nous reprenons !... » Voilà ce qu’on essaye de nous faire admettre. Si notre époque n’était pas profondément aseptisée et paranoïde, jamais de tels journaux n’auraient existé. Ce journal est tout d’même la preuve que l’on ne peut plus rien dire et non pas que l’on ait la vraie liberté de dire ou de penser quoi que ce soit. Et puis on veut donc tout nous montrer, tout nous dire, il faut absolument tout savoir, même des choses parfaitement inutiles auxquelles personne n’aurait pensé (et justement il y a quelqu’un pour les penser à votre place), poursuivre les politiciens pseudo-impertinemment, ridiculiser les quidams qui passent contre leur gré à la télé, aller de partout dans les meetings, même en coulisses où les jeunes fument des pétards avec Hervé Mariton qui nous vend son livre, même dans les chiottes où l’on recueille des confidences de « Marion Le Pen qui aime le Rap. »
Plusieurs médias, comme « Arrêt sur Image », « Libération » ou « Télérama » ont relevé des manipulations de la part du « Petit Journal », telles que des présentations erronées d’interviews, des compilations évidemment trompeuses et des interprétations biaisées de propos recueillis, ainsi qu’une propension à dépolitiser la politique en en faisant un spectacle comme un autre, une véritable comédie où les maires, les préfets, les députés et les ministres se font tourner en bourrique afin de soi-disant exposer leurs défaillances. Qu’il s’agisse de l’homophobie en Russie dont on nous montre les images les plus agressives justement pour faire mousser le propos du journal afin qu’il convienne à sa ligne éditoriale, qu’il s’agisse du passage de Marine Le Pen au Canada dont on ne retient que le plus négatif et tendancieux pour faire plus spectaculaire tout en taclant ce faisant l’extrême-droite française, ou qu’il s’agisse de nous décrire la violence quotidienne au Mexique parce que « les règlements de compte y ont fait depuis quatre ans près de onze mille morts, soit plus que la guerre en Irak » – tout ces partis pris factices sont entrepris pour nous inculquer une morale sociale et médiatique sortie d’on ne sait où et qui compte, à tous bouts de champ, nous convaincre du bien-fondé de son idéologie et du message de fausse alerte qu’elle contient dans un souci d’objectivité qui, en même temps, n’existe pas dans ce journal.
Et donc ce sera n’importe quoi que ces gens-là du « Petit Journal » relaieront ainsi en voulant faire sensation : Jacques Chirac sermonné par son épouse Bernadette parce qu’il a regardé une autre femme à ses côtés, si bien que cette vidéo soit ensuite relayée dans de nombreuses émissions et sur internet. La polémique avec François Bayrou, invité de l'émission, qui fait un malaise après avoir visionné un montage de phrases qu'il n'aurait pas prononcées et qui est donc tapé sur les doigts comme dans une commandantur qui nous assure de son souci de dire la vérité. Les députés à l’assemblée que, facétieusement, on nous montre en train de jouer à des jeux-vidéos sur des portables durant les séances – que des détails insignifiants et impensables de cette nature ! « Et ça vous fait rire ? » Les journalistes parviennent même à déterminer le pseudonyme d’un sénateur et vont jusqu’à lui proposer une partie en réseau, qu’il accepte, afin de soi-disant dénoncer son laxisme, alors que la chose est d’une telle banalité et mesquinerie qu’on se demande non seulement où est le sérieux d’un tel « journalisme et aussi ce que de telles motions ou intentions viennent faire là – on n’avait jamais vu ça ! Et on nous dit même dans le reportage de deux minutes que le sénateur a gagné la partie de jeux-vidéo en ligne – comment est-ce possible ?!
Et puis cette histoire de « Fox News » qui, après les récents attentats islamistes à Paris, attestait la présence de « zones de non-droit » (« no go zones ») en France et à la suite de laquelle Yann Barthès a diffusé et invité les téléspectateurs à en contacter par courriel la directrice de la communication afin que la chaîne de télévision américaine, ainsi embarrassée sur sa boîte-mail surchargée, soit contrainte à présenter des excuses pour ces fausses informations – ne démontre pas tant ce véritable mensonge ou intoxication de la part de journalistes américains à la con que le fait que « Madame Barthès » fasse preuve de tant intelligence, de volonté et d’efficacité pour jouer les donneurs de leçons (ce genre de personnes de notre époque savent très bien ce qui peut être fait et les moyens tout à fait rationnels voire évidents dont ils disposent – et donc ils le font, bille-en-tête, tandis que d’autres n’y auraient même pas songé.) Ceci qui quand bien même ne change rien à la vérité toute bête que « Fox News » (qui sont, il est vrai, des médias prétentieux, imbus d’eux-mêmes et pires que ceux de notre pays) a dite ou a affirmée : personne ne peut ignorer en même temps que la France est indeed surchargée d’étrangers dangereux qui nous rejettent et qu’il y a un vraiment racisme anti-français. Mais, ce rédacteur passe alors dans cette pantalonnade pour un héros de l’anti-french bashing, un « sauveur de Rome » ! « Les no-go-zones » ! Quelle aubaine pour briller !.. Quel monument national ! Quel seigneur de la presse !...
4.
ÉRIC & QUENTIN
A présent, j’aimerais parler des deux « comiques » de l’émission, Eric Metzger et Quentin Margot dont les sketches caricaturaux dans ce journal sont quand même d’un très mauvais goût. Leurs gags ou leurs séquences parodiques sont faiblards et poussifs (et on dirait des têtes de lard !…) Jamais vu quelque chose d’aussi convenu (cela convient en effet à notre époque, une époque en laquelle moi je ne me retrouve plus. « Qu’ils sont bien, ces jeunes !... » Mieux que les Nuls !...) Si un jour on arrivait à convaincre les gens qu’il faut absolument manger de l’excrément, à mon avis ils le feraient volontiers et ils en seraient ravis. Et si alors vous les contredisiez, assurément ils vous en voudraient. Et je comprends tout à fait que de jeunes spectateurs de maintenant – qui seraient âgés d’une vingtaine d’années – puissent les trouver drôles par inculture de toute la chose, alors que moi, qui suis d’une autre génération, je trouve ce genre d’humour lamentable et mal foutu. Sont-ils réellement comme ça ou le font-ils exprès ? De surcroît, on nous dit de plus en plus que la véritable émission comique ne se passe plus à la télévision ; à un moment, il est même question de : « Ah, vous faites de la télé, les ringards ? Maintenant ça se passe sur Internet !... » Et donc – oui – la dégradation à peu près complète du talent humoristique est devenue une réalité dans les médias contemporains. Mais, le pire fut la fois où ils avaient parlé du professeur Alain Finkielkraut lorsque celui-ci avait été élu académicien français. Ce petit con de Yann Barthès, voulant aussitôt nous démontrer que ce professeur n’en valait pas autant la peine que ce qui était dit dans d’autres médias, nous ressortit l’extrait d’un débat récent sur France 2 où ce Finkielkraut fut agressé et menacé par je n’sais quel partisan patibulaire de la culture islamique qui lui reprochait d’être un raciste et où le professeur s’était donc énervé au point de lui dire de se taire en ayant, il est vrai, perdu son calme. Et, alors qu’il y avait déjà eu des dizaines de débats plus intéressants où Alain Finkielkraut avait pourtant été d’une grande lumière et d’un grand talent, le « Petit Journal », de la façon la plus injuste qui soit, ne retient que son coup de folie ce soir-là tout en nous disant : « Voyez : ça, c’est le véritable visage d’Alain Finkielkraut… » Scandaleux, n’est-ce pas ? Qui plus est, infiltrant le nez de leur caméra et de leur micro de partout dans l’assemblée des académiciens le jour de son intronisation, Finkielkraut prend la présence de l’équipe de Barthès à la rigolade et leur dit avec une certaine candeur : « Ah oui, le « Petit Journal » et son ricanement perpétuel… » De quoi les deux autres têtes-de-lard de comique ricanent encore plus et se moquent de lui dans un sketch toujours aussi puéril, émasculé, stupide, mal fichu et trivial. Infect. Certains comiques minables de la télévision actuelle devraient se rendre compte de l’immondice et de la véritable faiblesse qu’ils expriment et représentent – et je ne pense pas que cela soit une erreur de jugement de ma part.
5.
MARTIN WEIL & LE CLASH
Pourtant, j’admets que j’apprécie beaucoup le courage et la présence d’un envoyé spécial tel que le jeune Martin Weil, qui, en effet, « va sur le terrain » et m’apparaît discipliné, bien qu’une fois j’eusse vu quelque chose à son sujet qui me semble tout à fait significative. Martin Weil était alors aux Etats-Unis pour couvrir les événements d’une « fusillade communautaire » ou quelque chose comme ça, jusqu’à ce que de petits rappeurs malveillants – des bruns et des basanés en jogging au comportement abject et menaçant – fassent irruption auprès de l’équipe de ce jeune envoyé spécial au hasard d’une esplanade et se mettent à exprimer une hostilité qui leur est tout à fait naturelle, raillant Martin Weil avec des sarcasmes immondes (« Toi, t’as la tête d’un mec qui fait réceptionniste !... ») qui démontrent tout l’arbitraire bête et méchant et sans aucun esprit de ces gens-là. Et M. Weil nous avait donc dit qu’il s’agissait d’un « clash » (qu’est-ce que c’est que ce mot ? Ça veut peut-être dire « je vais te défoncer l’cul » ?!...) D’ailleurs, ce mot « clash » ne m’est familier que depuis peu de temps, bien que j’aie l’impression que l’on appelle de cette façon une agression pure et simple – ou une humiliation entre bagnards homosexuels – afin d’en faire un conflit qui n’en est pas un, qui est profondément inégal et dément, qui ne soutient aucun honneur à être accompli et qui n’existe pas en même temps. (Et donc moi j’en ai fait pas mal, des « clash », sans même m’en être rendu compte… Appelez ça comme vous voulez.) Et le problème est que le jeune Weil voulait alors nous montrer qu’il souhaitait participer à ce « clash », en toute sincérité et honnêteté, et, au bout d’une minute, il est parti en courant devant ces jeunes en baskets blanches qui, installés devant lui, se foutaient de sa gueule en se grattant les couilles. Si ce jeune envoyé spécial qui a pour habitude d’aller aux quatre coins du monde pour couvrir les « grands événements » avait fait preuve d’une véritable personnalité et d’un véritable propos, dans ce cas, la réponse à cette provocation eût été accomplie (voire non sans une grande désinvolture et des dégâts d’ordre physique et moral) voire la chose aurait été faite absolument différemment et à juste titre. A fortiori, j’ai envie de dire que cette chose – ce « clash », comme ils disent – est en fait une donnée impensable, une situation qui n’aurait pas dû avoir lieu d’être mais qui s’est quand même produite dans une société tellement moderne et relative (où les espaces se rétrécissent tellement que n’importe quoi dans cette veine se produise) que la prise à partie inhumaine de la part des parasites et des crétins mal intentionnés est ainsi devenue une banalité, une routine. « Il ne faut plus y faire attention. » Et pourtant, c’est tout d’même un grand reporter qui se retrouve ainsi pris au piège et se filmant lui-même dans cette banalité de la vie patibulaire et commune des voyous ! Même voit-on cela !... Comment est-ce possible ? Imaginez que ce jeune homme eût été PPDA ou je n’sais qui d’autre et qu’on l’eut ainsi également humilié ?! Donc, on ne peut ignorer que toute la chose est en soi impensable et qu’elle exprime l’existence de l’étroitesse des lieux d’expression de toute notre planète ainsi que des résidus humains que peuvent êtres les uns et les autres (…c’est-à-dire « ce qui reste au fond de la poubelle quand on a tout enlevé et qui vous retombe dessus en coulant… », que l’on en fasse un « clash », un reportage, un témoignage arbitraire et informel de la violence urbaine ordinaire ou autre chose.)
6.
LES DIVERSES RUBRIQUES
“LE FACE CAM”
Il y a donc aussi cette rubrique qui consiste soudainement à laisser parler n’importe qui, sans intervention du présentateur ou de quiconque, c’est-à-dire « une personne lambda », quelqu’un qui ne jouit d’aucune célébrité et qui dit un peu ce qu’elle veut face à la caméra pendant deux minutes sur une scénette présente en hauteur, derrière le public et à gauche de Yann Barthès, rubrique qui s’appelle donc le Face Cam. Et on est droit de se poser plusieurs questions : d’abord, pourquoi devait-on donner la parole à n’importe qui ? En quel honneur ? « C’est la démocratie à l’usage des trous du cul. » Et « ce que je dis vaudra aussi bien que ce que quelqu’un d’autre dira plus tard. » Quel intérêt la chose peut avoir ? Bien qu’on nous fasse croire de la sorte que l’on donne la parole aux gens, « au peuple », ce qui me semble complètement faux. Qui sont réellement ces gugusses qui passent ainsi à la télévision deux minutes afin de dire ce qu’ils veulent dire ? Non seulement on a toutes les raisons du monde de douter du choix des instances de l’émission vis-à-vis de ceux qui y passent « pour parler » mais aussi à quoi cela sert-il en-dehors du fait de se rassurer de cette façon par rapport à une liberté d’expression accordée à tout le monde qui en même temps ne saurait exister ? Et donc que se passe-t-il à ce moment-là ? Que disent ces clampins et qui sont-ils ? Des instituteurs d’un jour surgis de nulle part qui exprime le néant et dont on se fout de leurs opinions étroites et triviales. Mais on nous fait croire que « tout le monde a droit à la parole. » Tout ceci est d’une telle futilité qu’on dirait effectivement que ces gens-là, plutôt jeunes et naïfs quoique désenchantés, sont en effet des gauchistes juvéniles parisiens qui ont envie de s’exprimer à « Nuit Debout » ou je n’sais quoi. Une fois de plus, quelle tribune ! Tout le monde veut apporter sa p’tite bête, tout le monde y va de son commentaire niais et veut gratter quelque chose en croyant que cela intéressera on n’sait plus très bien qui… Ça devrait s’appeler le « Face Kèke » ! Affligeant d’insignifiance. Et je me demande si quelqu’un qui a réellement quelque chose à dire n’est pas, en tant que spectateur, outré par ce genre d’intervention télévisuelle de deux minutes qui ne sert à rien ; n’importe qui d’un tant soit peu intelligent s’en rendrait compte. Et bien sûr cela reste exclusivement l’expression orale socio-politique du gauchisme le plus vague, de l’alter-mondialisme rampant et de l’universalisme le plus prosaïque qui soit. Ce n’est certainement pas un académicien français qui vient balancer sa vérité dans des conditions en outre si honteuses dont un véritable orateur ne pourrait que se dispenser bel et bien – et les jeunes clampins n’ont pas honte de telles circonstances en lesquelles ils s’inscrivent momentanément. Imaginez qu’on laisse parler un skin-head furibard avec un discours très radical et poussé sur notre société, assénant des vérités très négatives quoique sincères, ou au contraire le prêche d’un islamiste complètement con qui menace l’Occident. Là ce serait intéressant.
“BLOQUÉS”
L’une de ces autres rubriques s’appelle « Bloqués » et relate quelques instants la vie passable voire ennuyeuse de deux jeunes colocataires « bloqués » sur leur canapé en plan d’ensemble fixe et unique dans une sorte d’apparte où « tchattent » « je sais pas qui » et Orelsan (le rappeur cucu dont cette intervention télévisuelle est tout aussi faible.) Et, ce que disent ces deux jeunes hommes, sur un ton lassé et simplet, est quand même ce que pensent la plupart de ceux qui leur ressemblent et qui vivent dans des conditions semblables aux leurs. Et on atteint là le summum de la trivialité, de la futilité et du prosaïsme à l’usage de n’importe qui. Une fois de plus, tout le monde y va de son petit commentaire drolatique à la con (quels couplets de fadaises !) et je me demande qui sont les véritables auteurs de ces « dialogues » que prononcent ces deux jeunes au look vaguement hip-hop urbain sur ce sofa. (« Mon flot ricoche sur les sofas ! ») Orelsan ? Qu’est-ce que c’est que ce baltringue ? En effet, le comportement et les propos des jeunes gens qui peuvent actuellement s’y retrouver sont insupportables de platitude et de veulerie, aussi bien est-on supposé en rire dans un tel ennui. Et c’est vrai qu’avec eux on est bloqués, hein ? Nous en sommes tous là, j’en ai bien peur…
“LE VILLAGE PEOPLE”
Mais, je dois dire que « le Village People » reste ma rubrique favorite de cette émission qui alors vire dans le style de la chaîne « People-Jet-Set-Buzz-MTV.» On voit y par exemple « Nicky Machin » qui, complètement ivre, fait sensation en nous montrant ses fesses et son string aux Grammy Awards ou je n’sais quoi… Ou « Rihanna s’est-elle enfin foutue à poil ? » Voire « Justin Bieber s’est fait chopper avec de la marijuana et une de ses fans mineures en sortant d’un concert. » On se branle tout de suite où il y a encore mieux après ? C’est mieux que le « Journal du Hard » ! « Village People », en plus, ça convient tout à fait à cette émission ! Ça lui va comme un gant ça, à cette Madame Barthès ! Toute cette culture des célébrités signifie le dégoût profond que l’on devrait justement éprouver si tant est que l’on soit « célèbre » ou américain d’mes deux…
“CATHERINE & LILIANE”
Sans même parler des deux « gary » qui passent leur temps à se travestir tous les jours et à raconter des conneries dont ils se font une « revue de presse » ; et la situation reste sensiblement la même : n’importe qui y va une fois de plus de son petit commentaire facétieux sur l’actualité, et on peut organiser ou mettre en scène la chose de quelque autre façon que ce soit, mais, apparemment, on choisit d’y mettre deux jeunes hommes déguisés en bonnes femmes. Excessif et incroyable de voir à ce point des travelots à la télévision, pour peu que l’on trouve du courage à le faire. Comme le disait l’un de mes anciens amis disparus : « Heureusement je ne suis pas à votre place… » Toutefois, quand on voit « Catherine » sans son maquillage, sa robe et sa perruque faire son one-man-show, on peut se dire que c’est à ce jour ce qu’Alex Lutz a fait de mieux : « se déguiser en gonzesse. »
“L’INVITÉ MUSICAL”
Et, pour finir, « l’invité musical. » Yann Barthès nous présente donc, toujours avec son sourire de beau gosse, un nouveau groupe de Pop-Rock californien, les Swimmers ou je n’sais quoi, ou Har Mar Superstar, le mec chauve, laid, bedonnant, torse nu et vêtu comme un as de pique qui n’a aucune voix, ni aucun charisme, et dont on se demande qui peut bien écouter sa chanson qui ne ressemble à rien. Quelle est donc cette « musique » insipide, que l’on téléchargerait sur le net ou je n’sais quoi ? Je n’en sais rien…! De la « musique moderne » complètement nulle ! Des « chanteurs » et des « musiciens » merdeux, merdiques et sans aucun éclat ! A qui ça peut bien plaire ? Quand je vois ces quatre jeunes américains blondinets et certes d’une certaine beauté et fraîcheur, je les trouve tout aussi insignifiants, sans saveur, émasculés, candides, prosaïques, dépourvus de talent et de propos que l’émission où ils passent connement pour jouer deux minutes. Leur chanson est faible, gentillette et faussement enthousiaste. Je me demande comment on peut appeler ça du « Rock » ! Et, si c’est vraiment le cas, les gens qui ne sont pas de ma génération devraient avoir honte de ne pas connaître autre chose. Derechef, le naturel et la force d’affirmation ont complètement disparu au profit d’un spectacle musical banal, médiocre, futile et sans aspérité que peut-être le public dans la salle fait semblant d’applaudir. Il y a maintenant longtemps que « le Rock est mort », indeed ; et on nous parlera toujours d’un nouveau groupe qui vient de Manchester ou de Santa Monica, et, à titre personnel, je m’aperçois à chaque fois que la chose n’est que de l’excrément pédérastique que les gens consomment certainement parce qu’ils ne connaissent rien d’autre ou qu’ils ne se sentent pas « agressés » par des « créations » aussi soft, vidées de personnalité et molles. « Ça passe quand même à la radio… » A mon avis, il n’y a aucune autre explication. De plus, c’est à se demander si quelqu’un de nos jours peut gagner sa vie en faisant ce qu’ils font, c'est-à-dire des concerts interprétés par des trous du cul et suivis par une foule de trous du cul.
7.
CONCLUSION :
« Demain ? Ce s’ra pire !... »
Donc, « le Petit Journal » aura été à ce jour le parachèvement de l’illusion que constituait déjà le journalisme d’une façon générale en essayant justement de nous faire croire que ceci était « plus que du journalisme » ou « autre chose que du journalisme » (mélange de journalisme soi-disant « engagé » et de divertissement Canal + ) alors qu’en fait c’était tout ce qu’il y avait de plus mauvais dans ce qu’exprime le journalisme habituellement, de même est-ce aussi la fin du « vrai journalisme. » Il s’agit là d’une dégradation quasi-totale du journalisme tel qu’il a déjà existé. En tous cas, jamais un tel journal n’aurait existé s’il n’y avait pas eu de nos jours une telle complexité et une telle sophistication (voir une telle softisation) de toute la réalité humaine au point que l’on puisse penser que toute cette information déferlante soit en soi « une nécessité. » Déjà ? Non seulement le journalisme, par définition, ne peut être la vraie information, mais en plus, si c’est de la vraie information, quel intérêt peuvent avoir la télévision et les journaux au sens le plus absolu du terme ? Aucun. Il n’a jamais été prouvé nulle part que le journalisme – surtout audiovisuel – était un moyen de perception optimale des choses qui ferait de nous de meilleures personnes « parce que nous disposons d’un tel moyen de représentation, de communication et de perception », bien qu’on nous rabâche à longueur de journée sur les chaînes d’info en continu : « Il faut tout savoir, tout comprendre. Aller au-delà des frontières. » Ce qui bien sûr est faux. Le seul véritable moyen de perception de la nature humaine et universelle est au-delà de toute la représentation journalistique des « événements », des hommes, du cours des choses et de notre environnement tout entier, de telle sorte que ce « Petit Journal » fasse pire que tout ce qui avait déjà existé en la matière : c'est-à-dire le système médiatique, sa dialectique, ses structures internes et sa codification dans leur ensemble qui ne peuvent qu’appartenir aux instances économiques qui régissent et légifèrent notre façon de vivre par tous les messages et signaux qui lui assurent la viabilité de son existence auprès des spectateurs alors renvoyés à ce qu’ils sont : des êtres contraints à la consommation et au Mépris de leur propre vide auquel ils assistent. (Il paraît même que l’on peut vivre sans télévision et sans information ! Sans déconner, M. Bolloré à la con !...« C’est un nouveau concept à explorer pour se faire du fric et pour mieux virer les gens ! »)
Déjà au vingtième siècle – et aussi auparavant –, le journalisme aura été la pire intoxication de la perception humaine et de l’Esprit, alors essayez maintenant de comprendre le fond de cette émission !... Il y a en effet de quoi rire ou de quoi se lamenter ! Quel malheur ! C’est là l’une des fins possibles de l’esprit humain d’une façon générale (et pas seulement de « l’Esprit Canal ») et la chose a donc déjà été consternante depuis plusieurs années. « Innovation ? » Le « journalisme » contemporain étant déjà une activité de singes qui répètent ce qui existe dans le but de soi-disant informer les badauds (la société n’est hélas que ce qu’elle est, c’est-à-dire putride et castrée), on a de quoi douter davantage lorsqu’il s’agit d’un nouveau genre de « journalisme » (et les amateurs ou les innovateurs me semblent encore plus suspects et incohérents que les « avérés » ou les « classiques. ») « Le Petit Journal » est alors la fin du journalisme.
Dans une telle configuration des éléments télévisuels, le plagiat et le détournement sont ainsi devenus des moyens inévitables de faire de l’informatif de bric-et-de-broc qui est donc de l’hyper-journalisme auquel manque le sérieux qu’il devrait pourtant soutenir, alors que tout est sorti de son contexte, comme si finalement le contexte était à imaginer « en supplément » et contiendrait ce faisant l’idée de son existence par de tels fragments. Et, si d’une certaine façon de telles émissions conviennent à la basse époque qu’elles analysent, commentent, informent et croient critiquer, – oui – Yann Barthès n’est qu’une créature des médias et de notre sinistre époque, un singe parmi d’autres singes qui jouit d’une petite réussite avec un journal en plastique. Et tous les jours donc nous pouvions voir un paltoquet qui ainsi essayait de nous faire admettre son regard critique sur les choses, aussi bien les membres de ce journal se furent-ils donné le mot afin de se prendre pour des donneurs de leçons ! On se demande pourquoi cet homme-là, à la faveur de je n’sais qui ou en raison de je n’sais quoi, se croit donc apte à juger l’actualité de cette façon, comme dans une commandantur gay dont les cadres se liguent dans une mise en scène du mensonge global comme si c’était la lumière révélée avec une arrogance presque messianique. Ce sont des as ! « Vous êtes la crème du pays et le bon goût incarné ! » Le journalisme avéré n’existe plus ; non pas parce que les « vrais » journalistes n’existent plus, mais justement parce que l’on arrête pas de voir les « faux » lorsque les « vrais » n’osent plus se montrer et agir à cause de la figuration omniprésente et de la soi-disant « transparence » assumée des « faux » qui s’érigent en innovateurs. « Ces crétins-là, ils existent donc, ils sont plusieurs et ils se rassemblent tous les jours avec un enthousiasme convenu pour intoxiquer les spectateurs et masturber le néant qu’est vraisemblablement devenu notre monde !… »
Ce qu’exprimait ce « Petit Journal » est quand même le fait que nous puissions désormais obtenir un tel rétrécissement de la perception anthropologique que cela revient à dire toute la perte pure et simple de l’Esprit qui juge les choses et qui souhaite en même temps nous divertir, d’une « autre façon. » Or, je dois avouer une chose indéniable : certes ce journal « disait plus de choses que les autres » et « va plus loin que les autres », mais, le problème principal reste la hantise et le besoin de se parfaire en permanence dans le temps complexe et la discipline que cela suppose, et donc la chose n’est jamais vraiment totalement accomplie non plus, « la mise à jour reste toujours à faire », indéfiniment ; et, si c’était le cas pour cette émission, cela ne l’est pas moins pour la plupart des autres motions médiatiques et culturelles qui sont liées à notre époque, hélas. Le sensationnalisme et la dépolitisation sont donc devenus aussi des conditions inévitables de ce « nouveau journalisme. » Et je répète derechef que le problème n’est pas tant le contenu de cette émission que la façon avec laquelle les choses sont dites, pensées, compilées et agencées, bien que ce soit autant une question de ton (qui est mauvais et pas naturel) que de contenu présent qui, pour ma part, me dégoûte viscéralement ; mon goût personnel fait que je ne me retrouve pas dans ce traitement. Et, à mon avis, les arguments qu’ici j’oppose ne me semblent pas injustifiés. Ce « journal » était simplement ridicule, trop proche des façons actuelles de penser, enfantin et digne d’un métrosexuel qui voulait se donner bonne conscience. Il y a comme une immaturité soi-disant immaculée chez ce Barthès, ce fils de cheminot savoyard qui se prend certainement pour un saint ou pour un maître de ce qui convient désormais. Même les spectacteurs sont responsables de cet état des lieux où « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil… », situation que M. Bolloré ne fait qu’accentuer dans un climat de plus en plus instable et inquiétant. Et, à mon avis, « Nulle Part Ailleurs » n’existera plus jamais, la chose ne fonctionnera plus. Jamais Jean Yanne, Coluche, Gildas, Karl Zéro, les Guignols et Les Nuls n’avaient autant manqué à ce paysage audiovisuel français contemporain qui pourtant fournit de lui-même toutes les raisons les plus éminemment matérielles du monde d’être raillé, caricaturé et inversé à juste titre – et pas pour rien !… Mais là où je reconnais que ce Barthès est bon est qu’en critiquant si justement les autres dans la mesure où il y a en effet pire que lui il prouve que son journal a été unique et valable jusqu’à un certain point.
De surcroît, le marasme réel de ce genre d’émissions est aussi évident que le fait de le voir à l’occasion : la dernière fois, je le regardais avec mon père, qui a plus de soixante-dix ans, et il m’a dit : « C’est quoi cette connerie pour les singes et faite par des singes où l’on voit qu’un homme politique a dit dix fois le même mot en ayant compilé « l’essentiel » en quinze secondes ?… Où va-t-on ? » Qui plus est, des créatures des médias très bien organisées, très propres sur elles, bienséantes, civilisées, sophistiquées, alertes. Aussi limpides, conventionnels, couards, polis et dépourvus d’aspérités que leur propre niaiserie politiquement correcte ainsi quotidiennement affichée. Yann Barthès n’est qu’une savonnette, une lingette pour les toilettes, une serviette hygiénique qui à longueur de semaines torche le cul de « notre » actualité, c'est-à-dire celle de tous les autres.
Et, lorsque, vers la fin de son émission, on nous dit pour derechef blaguer : « Et demain ? Ce sera pire... », les gens ignorent que ce petit Auguste-Rive-Gauche de la France d’en Haut, ayant plus de quarante ans avec encore toutes ses dents et ses beaux cheveux grisonnants, possède déjà une fortune totalement aboutie. Sur le plan financier, il est à l’abri du besoin jusqu’à la fin de sa vie avec sa société de production qui a un chiffre d’affaires estimé à vingt-sept millions d’Euros. Il est l’un des animateurs les mieux payés du PAF et réalise chaque semaine parmi les meilleures audiences, alors qu’il n’est que le porte-parole gay et sarcastique des despotes ordinaires de la bien-pensance ! « Et demain ? Ce sera pire...» ? Ah oui, ça tu peux l’dire ! C’est vrai pour les spectateurs, mais pas pour celui qui nous l’dit !...
Après, si on me dit que j’ai été injustement grossier à l’égard de ce Monsieur Barthès, je répondrais qu’à l’instar du peu de naturel dont cet homme-là fait visiblement preuve (comme tous les autres), je ne pouvais pas faire autrement que de me montrer insultant ; car, si cela n’avait pas été le cas, ma sincérité se fût ainsi effacée au profit d’un silence et d’une incurie patentes qui justifiaient pourtant d’eux-mêmes de tels quolibets. Comment se fait-il que je doive à ce point faire attention à ce que je dis, parfaire mon discours et le rendre délicat et respectueux alors que la chose complètement moderne dont je traite ne mérite qu’un langage tout aussi vulgaire pour la décrire ? Mais, s’il faut aller encore plus loin dans le réalisme que j’essaye d’avoir, je dirais que la réussite de cette émission tenait surtout dans le fait qu’à une heure pareille à la télévision je reconnaisse qu’il n’y a véritablement rien d’autre du tout à regarder tant les programmes me semblent être devenus d’une telle pauvreté en dépit des cinq cent chaînes de mon abonnement Canal Sat, ce qui est désespérant !... Il n’y a rien d’autre à regarder à la télé, alors on regarde ça !...
Mais, là où je trouve que ce Barthès a raison vis-à-vis des derniers événements qui se sont produits à Canal +, c’est que celui-ci peut dire « Après moi, l’déluge !... » Car ce qui succédera au « Petit Journal » sera encore plus nul et Canal + sera de plus en plus « en bois » ou « en plastoc », comme on dit dans le langage populaire. Et donc je répète que c’est une situation effroyable pour nous et pas pour lui. Jamais « 1984 » de George Orwell n’aura été aussi significatif que maintenant, si tant est que l’on puisse en outre imaginer, pourquoi pas ? que cet infotainment devienne bientôt carrément une émission de télé-réalité (un loft avec des cagoles) qui ainsi exprimerait encore plus la misère mentale réelle des êtres contemporains et des moyens par lesquels ils passeraient pour s’exprimer ! Et cet inquiétant climat de déréliction à tout-va persiste : « Paris Dernière » a été supprimée, « Le dîner de Paris Première » aussi ; on ne saurait nous dire pourquoi, mais Laurent Baffie est actuellement absent de la télévision alors qu’il en demeure l’un des meilleurs humoristes ; Ardisson fait maintenant d’la merde avec ses émissions qui ne sont plus que de la promotion à la con sur C8 dont il sera lui aussi bientôt viré… Zapping supprimé aussi à la rentrée. Tout le monde sait que ce qu’a déjà fait ou fera Monsieur Vincent Bolloré à Canal + est totalement effroyable, mais il ne faut rien dire, sinon on est viré !... – et on ne peut qu’être pessimiste.
Mais, là où je suis optimiste réside dans une part d’initiation dont ce Barthès est quand même l’auteur : le fait que, par exemple, quand je vois maintenant, notamment sur le service public, des journaux télévisuels plus traditionnels se servir de certaines méthodes ou traiter l’info avec des recherches inspirées du « Petit Journal » lors des enquêtes qu’ils nous retranscrivent cela dit plus modestement, ces journaux-là, en empruntant le code de tels procédés à des fins plus classiques, font – d’une façon un peu dissemblable – mieux que Yann Barthès lui-même l’aurait fait en utilisant ses propres méthodes.
Enfin, j’aimerais dire une dernière chose assez explicite qui m’est récemment revenue à l’esprit en cours de route et qui est, me semble-t-il, tout-à-fait éloquente : je me souviens de l’époque où je vivais avec mes parents en Arabie Saoudite dans les années 1980 ; et j’y regardais tout particulièrement avec mes parents les actualités francophones nationales qui émanaient de Riyadh, lesquelles étaient on ne pouvait plus strictes, rudimentaires, simplistes, verrouillées, basiques, minimalistes, fermées, nécessaires, impersonnelles et sérieuses... « Jamais un mot plus haut que l’autre », pour ne pas dire raisonnablement classiques à un point qu’il serait dorénavant dur de dire. Il fallait tout d’même voir un journal aussi triste et gris ! Jamais on y aurait vu un « présentateur sexy et fringant » qui prétend à ce point avoir le bon goût et la science infuse et « faire info » de tout et n’importe quoi avec un ton de potache propret sur une chaîne privée, ce sans jamais dire qu’il défendait une élite du gauchisme bourgeois ! La comparaison qu’alors j’en fais – au bout d’une trentaine d’années d’évolution des diverses modalités de la société moderne – est tout simplement consternante. Et, finalement, si l’on reconnaît que la télévision obéit à des critères socio-politiques tendancieux qu’elle n’a non plus jamais sciemment maîtrisés, alors où est d’après vous la véritable dictature, la véritable tyrannie ?
LUDWIG W. R. VON ZEEGER,
Marseille, lundi 4 août 2014.
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BONUS TRACK tout à fait récent
(message adressé à Yann Barthès via Facebook
concernant son « Petit Journal... ») …
Hé mec, ça gaze ? Dis-moi : on t'a jamais dit que ton émission c'était un truc de pédés ? C'est vrai, quoi ! Alors euh ...."Combien de fois Michel Sapin a-t-il dit "Coup de pouce" ? Il l'a dit 20 fois !"... ou je sais plus combien ... Putain ! Quel journaliste t'es mon pote ! Quelle analyse ! On voit les pauvres cons devant la table de montage ! Quel coup de main, quel œil ! Quel coup de télécommande ! Vous avez qu'ça à foutre et à dire ?! C'est l'expression même de la vacuité ! Et puis tu dénonces "grave" ! C'est extraordinaire, quand tu juges et quand tu te moques supérieurement des gens avec tes airs de petit-bourgeois-pédant-métrosexuel-efféminé-bellâtre-friqué-propret-de-bonne-famille ! On dirait un p’tit merdeux qui sort de l'œuf avec la pseudo-barbe de trois jours ! Mais comment fait-il ? Et c'est extraordinaire ce que tu nous dis dans ton émission de lopettes ! On ne dirait même pas l'ouvrage d'un gosse en primaire tellement c'est naïf, prosaïque et merdeux ! T'es sûr qu'on vit sur la même planète, « beau gosse » friqué d’mes deux ? Et puis les gags de ton émission, tes deux comiques faiblards avec des tronches de sguègue… Quels comiques ! Tes prédécesseurs sur Canal + comme De Caunes, Karl Zéro, Edouard Baer et Michel Muller et j'en passe avait 100 fois plus de talent, de courage et de politiquement incorrect que toi, mon pauvre, alors que toi tu n'affirmes rien, finalement tu ne CONSTRUIS RIEN...Tu serais même pas capable de faire une parodie qui en vaille la peine et tu te prends pour quelqu'un d’apte à juger je ne sais qui dans ton journal COMME UN PUTAIN DE PRETENTIEUX DE MERDE !? C'est immonde de mollesse et de VANITÉ ! Franchement je ne sais pas ce que pensent réellement la plupart des gens qui te fréquentent ou qui te regardent quand tu passes à la télé, mais en tous cas tu es tout à fait semblable à cette époque aseptisée de merde où de toute façon on ne peut plus rien vraiment dire et où des mecs comme toi se prennent pour des lumières alors qu'ils n'expriment RIEN... Déjà au vingtième siècle, le journalisme aura été la pire intoxication de la perception humaine, alors imagine ton journal, mon pauvre !... Et si, d’une certaine façon, tu conviens à la basse époque que tu commentes et informes, oui, TU N’ES QU’UN SINGE PRIVILÉGIÉ PARMI D’AUTRES SINGES qui forment une élite de trous du cul !... Quelle affreuse époque bien-pensante vous représentez, mon ami !... Et j’ai honte pour tous ceux qui croient t’apprécier toi et ton émission en plastoc !... MAIS TU CROIS QUE T’ES QUOI ?!... En une minute je te démonte !... A un d’ces quatre, « Brave Bite » ! J'espère au moins te concernant que tes groopies te sucent la queue quand tu l'veux, ce sera toujours ça, vu qu'à la télé vous êtes tous devenus des BALTRINGUES !... C’est le minimum qu’on puisse espérer. Et je regrette vraiment la grande époque de NULLE PART AILLEURS... Et puis au fait ? T'as combien d'amis sur Facebook ? 50000 ? 800000 ? J'ai même pas fait attention !... Moi j’en ai que 21 et j'arrive même pas à me branler avec !... Qu'est-ce que c'est que cette société d'émasculés et d’hypocrites qu'on a inventée et dont tu fais partie « comme dans un space cake » !?... Et si tu t'crois drôle ou intéressant tu m'fais vraiment d'la peine, “Tom Cruise”. Mais t’es pas l’seul, rassure-toi : c'est vrai qu'il y a tellement de CONS comme toi maintenant qu'on arrive même plus à faire la différence !... Désolé d'avoir foutu l'bordel, hein, ma vieille ? Mais maintenant tu peux toujours t’en faire l’une de tes rubriques de branleur et de profiteur à la con !...
Richard Wolf. P.S. : Alors euh...Combien de fois j’ai dit la même chose, TROUDUC ?
Marseille, mercredi 27 juin 2012.