IGGY AZALEA - _ WORK _ ou "Le Rêve des Coyote-Girls"...
- LUDWIG VON ZEEGER
- 5 août 2016
- 18 min de lecture

Iggy Azalea – « Work »
ou “ Le Rêve des Coyote-Girls…”
“ J’ai déjà marché un mile avec mes Louboutins,
Mais ces pompes ne peuvent porter toute la merde d’où je viens.
Je ne suis pas haineuse, juste je vous le dis :
Je suis Tryna et apprenez les épreuves à la con que j’ai traversées.
Les deux pieds dans une crasse rouge, jupe d’écolière,La canne à sucre, les ruelles sordides…
Déjà trois jobs à la con m’ont permis de survivre cette année,
Mais j’ai un ticket pour le vol suivant.
Les gens peuvent dire beaucoup de choses,
Mais ils ne peuvent connaître la merde dont je suis faite
Ou le nombre de sols que j’ai dû briquer
Juste pour faire passer tout ce dont je viens.
Pas d’argent, pas d’famille, seize ans en plein cœur de Miami.
Pas d’argent, pas d’famille, seize ans en plein cœur de Miami.
[Hook:] Je suis restée éveillée toute la nuit,
Tryna a essayé de devenir riche.
J’ai travaillé, travaillé, travaillé, ― travaillé sur ma merde !...
A deux reprises, j’ai dû traire tout le truc suivant ma façon d’vivre.
J’ai travaillé, travaillé, travaillé, – travaillé sur ma merde !...
Maintenant j’ai ce job !...
Maintenant j’ai ce job !...
Je travaille sur ma merde !...
Vous pouvez aimer ou détester ce truc.
J’ai racolé, harcelé et combattu pour la seule chose à laquelle je me suis fiée.
J’ai joué au pur-sang dans une brique de boue avant de me dégoter un budget.
Une poule blanche dans ce tas d’merde.
Ma passion, c’est l’ironie du sort
Et mes rêves sont hors du commun.
J’ai l’impression de devenir folle,
Le premier deal que j’ai fait m’a changé. Une dérobade aveugle a violé ce que je suis. Des roses jetées à travers le fumier comme un matador garantissent ma catégorie de fille qui va s’faire foutre
Et même le pactole que j’en retire.
Alors j’y suis allée plus fort encore,
J’ai consulté chaque charretier jusqu’à ce qu’une offre me soit faite.
Je me souviens avoir dormi sur des sols froids
A quatre du matin et maintenant je passe près du bar comme une avocate
Une immigrée, une inculte…
De mauvaises intentions assurent mon bénéfice.
Je déteste être mal considérée, mais le bizness m’a volé mon innocence. Trop tard, maintenant je n’en suis qu’une salope !
Vous ne savez même pas la moitié de cette réalité merdique :
Filles des vallées qui se donnent
Et qui taillent des pipes pour des Louboutins…
Comment t’appelles ça ?
J’ai les talons derrière les oreilles…
Pas d’argent, pas d’famille, seize ans en plein cœur de Miami.
Pas d’argent, pas d’famille, seize ans en plein cœur de Miami.
[Hook:] Je suis restée éveillée toute la nuit,
Tryna a essayé de devenir riche.
J’ai travaillé, travaillé, travaillé, ― travaillé sur ma merde !...
A deux reprises, j’ai dû traire tout le truc suivant ma façon d’vivre.
J’ai travaillé, travaillé, travaillé, – travaillé sur ma merde !...
Maintenant j’ai ce job !...
Maintenant j’ai ce job !...
Je travaille sur ma merde !...
Je promets l’allégeance à ce combat,
Ça n’a pas été facile… Mais acclamons Peezy pour les semaines
Que nous avons moelleusement vécues ensemble. Des sacs à main, c’est tout ce que nous avons.
J’aurais fait n’importe quoi pour toi, Maman, je t’aime…
Un jour, je te rendrai ce que je te dois
En un sacrifice que déjà tu avais aménagé et fourni
Alors que j’avais seize ans et que tu m’avais fait passer la douane.
Alors…Tout le monde à bord de mon vaisseau spatial vers Mercure !
Faites péter la lumière si vous me croisez ! Car chaque nuit Imma veille comme si c’était la dernière fois.
Ces rêves-là sont tout ce dont j’ai besoin,
Car c’est tout ce que j’ai toujours eu…
[Hook:]
Maintenant j’ai ce job !...
Maintenant j’ai ce job !...
Et je travaille sur ma merde !... ”
Donc, pour ceux qui ne l’auraient pas compris, je vais « rejouer la scène » (je vais « replay the video »), celle qui consiste à se prendre pour un critique-télé, pour autant que je ne trouve absolument pas que la chose soit vaine ou anodine ; c’est là un véritable terrain de prospection qui à ce jour n’en est qu’à ses débuts. D’ailleurs, un jour, il ne restera plus que ça : nous serons tous des écrivains qui parleront de toutes les images qu’on leur montre en permanence et qu’ils ne peuvent que voir et non pas parler « des choses qu’ils vivent »… (mauvaise blague, certes, et nous sommes tous concernés…) ; mais, quand bien même, il demeure une véritable éducation sur l’image qui, à mon avis, n’a toujours pas été faite et qui peut être comparée à l’étude des tableaux, de la peinture (et Aldous Huxley disait que la vraie perception des choses était « visuelle » et non pas « auditive » et encore moins « écrite », si tant est que je pense quant à moi que l’image reste la pire des illusions chez l’Humain, re-certes. Et aussi pourrait-on dire : « On peut détourner du regard mais on ne peut pas détourner des oreilles » et c’est là à mon avis le seul véritable problème de cette fameuse suprême « perception. ») Et donc je voudrais vous parler d’un vidéo-clip musical pop que j’ai aperçu il y a déjà peu de temps, et qui, parallèlement à mon chapitre sur « les écolières gothiques dépressives contraintes au suicide par des vampires pédophiles sur Internet », a retenu toute mon attention : « Work » d’une certaine jeune femme très affriolante surnommée « Iggy Azalea » qui, paraît-il, n’est même pas « américaine » mais « australienne ». Création audiovisuelle qui s’inscrit dans toutes ces choses telles que l’univers à la con de de Madonna, Britney Spears, Shakira, Beyoncé, Miley Cyrus et compagnie, ce toujours avec ce rapport constant au mythe de la lolita sexuellement disponible, de surcroît (…chose qui par un passé récent n’était pas aussi évidente. La chose est un fait.)
D’abors, je dirais que la musique qui y est présente est d’un certain goût pseudo-pornographique finalement assez plaisant quoique complètement indigent d’un point de vue anthropologique, il est avéré qu’on arrive à l’extrêmité de quelque chose culturellement parlant (et je ne sais pas si cela est réversible, je crois que non.) Et on n’sait plus très bien ce que c’est, comme musique : de l’ « Electro », du « Rap », du « Dubstep », de la « House » ou je n’sais quoi. En tous cas, de la musique faite avec un ordinateur ou une MPC et écoutée soit dans une voiture qui roule soit dans un gourbi voire une salle de bain vétuste près d’un métro, peut-être... Et bien sûr MTV reste à ce jour le comble de cette niaiserie, de ce vide, de ce mauvais goût complaisant et consternant, de ce dégueulis immature permanent…
Et donc venons-en à la fille, « faisons les voyeurs » (puisqu’apparemment tout est fait de nos jours pour les voyeurs et aussi pour les alcooliques attendris dans leur ivresse mêlée à toutes les images surfaites qu’on leur montre, sans être musulman ou saoudien pour autant, bien sûr que non.) Il fait jour, il fait même très beau et chaud, et on voit – sur le panorama en perspective d’une autoroute traversant un reg certainement de l’Arizona ou le désert mojave – une jeune fille au loin marcher vers la caméra. Elle est pratiquement vêtue seulement d’un maillot de bain multicolore (avec même à la partie inférieure de sa tenue l’image du visage du Comte de Monte-Christo dans « V pour Vendetta » mais dépourvu du masque d’anonymous, « un Edmond Dantès ouvertement démasqué ») et chaussée d’escarpins à talons-aiguilles de dix centimètres qu’elles appellent d’ailleurs des « Louboutins. » (Et on se demande comment elle peut bien marcher avec ça…) Cette jeune fille est très belle, pâle, blonde décolorée, d’une grande taille mais platte, ni seins ni fesses, bien qu’elle roule du cul du mieux qu’elle peut au milieu des cactus et des rochers sans qu’aucune voiture ne passe alors. Heureusement que des islamistes forcenés ne la croisent pas de cette façon dans ce désert ! Quel viol au nom de Dieu cela serait ! Je m’interroge toujours au sujet de la liberté des jeunes femmes délurées qui tendent à allumer la Terre entière, qui plus est dans une zone désertique. Il faudrait qu’elle soit vraiment à poil avec des tongs et qu’elle se roule sur le bitume en tortillant de la fente et là quelqu’un passerait et s’arrêterait forcément ($, honey ?) Puis, sur ce pas, après avoir vu brûler dans la nuit d’un parc poussiéreux et abandonné des baskets d’écolière, une bicyclette ou carrément un terrain de jeu pour enfants, cette blonde Iggy s’approche d’une petite agglomération peuplée de White Trash People, à l’écart des grandes villes, dont on observe un certain panel, dans leurs caravanes, leurs motels et leurs bars à strip-tease, en train d’étendre le linge près de la station-service ou de se descendre des bières, comme autant de dépressifs voire des épaves du « Nouveau monde déjà vieux » que la Coyote-Girl ne fait qu’effleurer avec malice et décontraction – mieux que James Dean ou Marlon Brando. Et, de temps à autre, cette Iggy Azalea, vêtue comme un genre de tapin, nous fait nuitamment son show au pied d’un camion industriel à l’arrêt autour duquel et sur lequel deux de ses copines blackoss complètement arrogantes et mastoques nous font le twerk comme des gueunons au cul chauffé à blanc qu’elles remuent de haut en bas, et la chanson dit : « J’ai maintenant le job. Je travaille sur ma merde ! » Et c’est vrai que j’adore voir chier Iggy Machin, c’est inespéré !... Au bout du compte, notre amie rappeuse blanche et blonde se retrouve dans un bar du coin, un lieu clair-obscur presque classieux, tout en néons fluorescents et plaques d’immatriculation automobile sur les murs, avec une belle lumière, où, une fois de plus presque à poil, elle fait une lap-dance pour un cow-boy quadragénaire chevelu non loin du comptoir, comme dans un mauvais film de Tarantino dont je vous passe tous les détails du passage de cette chanson qu’une fine main de jeune fille aux ongles dorés et ciselés vient d’enclencher sur le juke-box sous l’omniprésent drapeau Yankee. Alors, Iggy, s’étant frotté sur cette « épave couillue » de plus, dérobe les clefs de la Cadillac du cow-boy (ou du Hell’s Angels) et s’enfuit en courant de ce bouge avec sa caisse et ses deux copines blackoss complètement ch’tarbées, roulant à fond sur la freeway dans un grand vent de liberté comme des groupies en laissant traîner un foulard violet brandi au-dessus de leur tête, faisant des doigts d’honneur hilares à la caméra à côté et tout. Enfin, notre brillant trio de jailbaits arrive à Los Angeles (ou reviennent en ville dans cette décapotable), et, cette Iggy, derechef habillée comme la pire des bimbos, sort de cette voiture, quitte ces noires amies et se promène sur Hollywood Boulevard avec le mini-short à rayures qui lui rentre dans l’cul, faisant claquer avec nonchalance et assurance ses talons-aiguilles de dix centimètres sur les étoiles du déjà éculé Cinéma américain («…la star, avec ces lunettes noires, son petit haut tacheté et ses jambes d’un mètre, est retournée au bercail, là où réside la légende de toutes les autres stars de ce pays…») tandis qu’un jeune nègre goguenard en urban jogging la croise, s’en émerveille et se retourne manifestement sur le passage de cette « bombe chaudasse amazone » qui s’éloigne vers la côte californienne ensoleillée.
Donc, voilà ce que l’on voit dans ce clip, quant à propos de cette jeune « Iggy Azalea » qui s’affirme ainsi. Et je suis assez déconcerté que l’on puisse dire à l’occasion que c’est moi qui exagère ou qui fais de « l’hyper-sémantisation » et que vous comprenez ? « ce n’est qu’un divertissement », alors qu’en fait tout est dit dans ce genre de clip qui passe sur MTV. Non seulement, il est vrai, je ressens du plaisir à assister à ce clip haut en couleurs mais aussi j’y comprends tellement de choses qui me parlent et qui me paraissent tellement en rapport avec le chapitre présent que je n’ai pas pu m’empêcher de le faire figurer dans mon « Young Lust Revival » afin de l’analyser.
Cette vidéo-là non seulement ne fait qu’exprimer la juste vérité des choses au sujet de l’adolescence féminine contemporaine mais aussi remet en question et confirme tout ce qui a été écrit auparavant notamment par mes soins dans ce chapitre sur « les vampires qui violent les adolescentes gothiques dépressives sur Internet. » En effet, la vérité est tout autre que celle qui a été exprimée dans ce reportage merdeux quoique intéressant sur Arte. « L’amour consiste essentiellement dans le fait de donner ce que l’on ne possède pas à quelqu’un qui ne peut pas en vouloir. » Lacan. Les adultes de notre époque ne peuvent que si peu admettre la misère morale qui leur est naturelle que l’on fait même des reportages soi-disant dénonciateurs des pédophiles dès que l’on peut s’apercevoir en effet des considérables dégâts de la représentation de modèles de célébrité (qui sont bel et bien factices) sur la jeunesse qui entre-temps en a été tout simplement intoxiquée, illusionnée, fourvoyée. Et donc les parents de ces enfants-là (et surtout des jeunes filles) – qui sont parfaitement médiocres, gris et inintéressants, sans couleurs voire pas amusants du tout – ne comprennent pas que leurs filles puissent avoir à ce point besoin de rêver suite à la superposition d’un exemple culturel mis en exergue qui peut sembler plaisant et qui bien sûr signifie la pauvreté anthropologique de l’Idéal voire sa prostitutivité vaguement permise, laissée allée et consentie par le cours des choses et par la bêtise et l’ignorance générales, en dépit de l’expression manifeste de la redondance des formes qui jouissent de leur propre reflet médiatique. Tous ces clips avec des jeunes filles légères ne sont pas anodins dès lors qu’on les replace dans un contexte où les choses qui nous sont exposées et relatées signifient la perdition de l’humain au nom d’un idéal moderne qui déjà n’est plus la liberté telle qu’elle avait été enseignée précédemment ou durant juste la période la plus récente qui la précédait. Que cela puisse trahir une mentalité courante et commune chez la plupart des représentants de notre jeunesse actuelle et plus particulièrement des jeunes filles – qui ne peuvent pas être toutes des princesses sexy et facétieuses et décontractés et glorieuses et intrépides et insolentes ou irrespectueuses des convenances de la société (qu’elle soit bien-pensante ou non…) – ne m’étonne en aucune façon, mais devrait en faire réfléchir plus d’un quant à propos de cette « dépression gothique » qui a été ainsi évoquée par pis-aller dans le documentaire Arte qui précède. Le fait qu’une jeune fille de quatorze ans puisse trouver que la vie en général est complètement nulle et que la sienne et la mentalité de ses parents et de ses proches ne sont guère gratifiantes au point de vouloir être quelqu’un de magique, d’original et de profondément différent (et pour de mauvaises raisons ainsi enseignées) correspond exactement à l’histoire du clampin qui a tellement consommé de pornographie qu’au bout du compte la réalité ne pourra plus jamais le satisfaire si l’on devait la comparer par son expérience au matériel de toutes ces choses irréelles qu’il n’a fait qu’effleurer, emmagasiner et mentaliser en croyant pourtant qu’il l’avait intégrée définitivement, d’une façon ou d’une autre, ce qui est impossible. Ce rêve, cette permanente et aléatoire fantasmatisation des expériences, est tout de même ce que toutes les jeunes filles veulent vivre : la grande vie, la liberté, tailler la route, « faire la fête », comme elles disent… La représentation d’une « jeunesse éternelle » voire d’éternelles vacances dont on aurait déjà prévisualisé les épisodes à la télévision ou sur YouTube en croyant y gagner en force, alors même que la prévisualisation de toutes ces choses chatoyantes n’est qu’une création immédiate à partir de ce qui est déjà du domaine du passé, un insight qui en même temps ne peut assurer en lui-même quelque spectateur ainsi diverti que ce soit. Et donc il s’agit de « vivre la véritable vie » qui n’est plus la vie des jeunes filles de l’Ancien Monde mais encore autre chose que l’on pourrait appeler « la vision de la modernité américaine des filles de peu de vertu » qui est si extraordinaire et efficace dans la mise en scène qu’on en effectue jour après jour sans réellement accroître chez la plupart le sentiment de sa propre possession. Et on serait censé penser au bout d’un certain temps que ce mode de vie est aussi répugnant, indigne de soi et indigeste qu’un hambuger à la merde mangé avec sa cousine au Mac’Do à la con. Le problème de la Coyote-Girl, de la nana-cow-boy qui trace la route et fréquente d’infréquentables Hell’s Angels et autres cow-boys de passage, de la serveuse d’autoroute qui fait occasionnellement des lap-dances ou des danses privées et qui entre-temps se fait violer, de la strip-teaseuse de bar menant une vie dissolue faite d’errance et de rêveries… « Bonny and Clyde », « Baise-moi… » « …Est-elle majeure ?... Ok, tu peux rentrer…» et cætera… Toutes ces choses-là sont tout de même des éléments d’une mythologie et d’une imagerie moderne, urbaine et occidentale soi-disant plaisante que l’on nous a déjà enseignés en si peu de temps que nous en sommes déjà détruits (et, comme chacun sait : « le mal, c’est l’irréel… »), choses déjà désuètes qui nous renvoient tous à notre propre futilité et à notre condition méprisable (Guy Debord) dans la mesure où nous pourrions réellement convenir à de tels stéréotypes, ce qui arrive certaines fois, il est vrai. Et, à chaque fois, on nous ressort ce fameux « roman de Cosette » et des « Miséroïdes », le coup de la serveuse de hamburger pourri dans son snack qui doit trimer et qui se fait abuser par un vieux gros con joué par un Michael Madsen déjà sur le retour… Et finalement demeure et s’instigue d’elle-même la cruauté tacite de toute la situation. Cette jeune fille si infatuée par ses rêves de gloire veut donc se balader dans la rue comme une « patcholle » pour que de jeunes nègres goguenards et complètement cons se retournent sur son passage hautain en la regardant rouler du cul sur les étoiles de Hollywood. Les valeurs de l’ancien monde sont, il est vrai, aux antipodes de l’esprit général actuel et comme annihilées par la publicité contemporaine, l’évocation permanente de la célébrité de quelques-uns et leur style de vie ainsi représenté et l’exaltation d’accents vulgaires et d’une musique qui n’en est pas une mais seulement un entertainment voire l’art érudit, chatoyant et réduit à des médiasphères qui témoignent directement en même temps de l’esprit de ce qui seraient d’éternelles vacances dues à un hasard bienheureux et prérogatif des choses – à l’usage de n’importe qui – telles qu’elles existent à présent, d’ores et déjà. Je dirais même que c’est comme si l’Ancien Monde n’avait jamais existé, comme ignoré par tous au nom d’une histoire plus récente qui en plus laissera encore moins de trace. Que faut-il penser de ces filles-là qui ressemblent à une bande de garçons manqués qui en plus se vantent d’on n’sait plus très bien quel enthousiasme ? Rappeuse blanche qui est en fait une négresse ou qui se prend pour une négresse parce que, vous comprenez ? ces gens-là sont plus forts et plus vrais et entiers que les autres ? Quelle décadence ! Et : « Y a bon être un rappeur que kiffent les petites danseuses de nos jours !...» Mais, simplement doit-on convenir à l’art de la slut érigé en idéologie commerçante reflétant les circonstances historiques de sa création ? Ces filles-là qui après se défendent « I’m not a whore » donnent pourtant en permanence toutes les raisons du monde de le penser. Que signifie encore de nos jours le mot « liberté » ? Donc, ici est quand même dépeint l’univers des « cagoles » qui font de la télé-réalité, c’est-à-dire la reproduction ou la répétition à divers niveaux du réve américain petit-bourgeois surgi de nulle part voire d’une caravane ou d’un bidonville au travers de la morale des enfants qui voient ainsi toutes ces choses du domaine de la possession vis-à-vis desquelles ils ne peuvent qu’être séparées, bon gré, mal gré, tous liés en un désir d’accéder au plus vite au monde des adultes qui trahit la précocité sexuelle des fillettes de maintenant qui, comme des jeunes femmes modernes plus aguerries, « ne se sentent déjà plus pisser du string » et se prennent en photos dans des salles d’attente chez le médecin ou au restaurant, un peu vêtues comme Iggy Azaléa justement, et qui ensuite postent leurs clichés sur les réseaux sociaux parce que « c’est trop fort… », « …c’est la fête !… » (Inquiétant, n’est-ce pas ?) Et il y a cette idée essentielle qu’il s’agit là du reflet total d’une certaine culture hippie à laquelle nul ne peut de nos jours échapper, sauf peut-être si l’on est le producteur de cette chanteuse et danseuse, lequel s’en fout, comme tant d’autres (même récemment l’un de mes plus charmants voisins, ayant eu un aperçu de la décontraction de mon existence, m’a dit que « j’étais un hippie » alors que bien sûr ce sont des conneries. Et je lui ai répondu : « Non, moi je suis pas hippie, je suis plutôt « deuxième Reich !...)
Toutefois, le problème qui est aussi soulevé par ce clip d’une façon tout aussi générale est celui qui souvent a été mis en scène par Wagner quant à propos du sacré et du profane, du divin et du coquin. Comment se fait-il que l’on puisse trouver Madonna ou Britney Spears si aguichantes et soi-disant portées sur la chose alors qu’elles essayent en même temps de se faire passer pour des saintes ou des femmes de haute vertu dans certaines de leurs « créations », comme si finalement, au travers du destin de la Femme, Messaline et la Sainte Vierge Marie voire Marie-Madeleine étaient très proches voire liées les unes aux autres et réunies en un véritable Graal dont d’invisibles instances nous distilleraient sans cesse (quoique par intérêt) toutes les images si attrayantes, tape-à-l’œil et sophistiquées d’une telle contradiction inhérente qui va en plus de pair avec l’ensemble de nos petites existences contemporaines ? Qui imite qui ? A quoi peut bien rimer cette soi-disant approbation présente des choses ? Nous sommes en plein dans cette culture-là, celle du veau d’or qui est devenue une culture d’Empire, presque incontestable, celle du commonwealth moderne, qui ne saurait souffrir aucune critique dans la mesure où tous les autres ont la bêtise de totalement et inconsciemment l’approuver (et la télévision américaine actuelle – ce condensé de l’hypocrisie planétaire et du divertissement bien calculé – est la pire chose qui soit.) Nous avons toujours vu depuis que nous sommes nés ces gens-là, les Américains, se montrer tellement avenants, cocasses, gouailleurs, facétieux, faussement irrévérencieux et aussi why not ? se positionner en victimes et en flicards dès que quelqu’un vient contredire de tels jeux, et je ne crois pas que ce monde du spectacle qu’ils ont ainsi créé et répandu aurait été différent même si une culture plus elevée et un propos plus juste avaient animé toute cette galerie pratiquement cosplay… Quelle béatitude ! En effet, nous sommes déjà tous américanisés et fourvoyés, ce clip d’Iggy Azalea qui dit faire de la merde pour gagner sa vie en est la preuve parfaite. En outre, les choses ne sont plus ce qu’elles étaient. Les Etats-Unis ne sont plus les Etats-Unis (notamment depuis que Tarantino est célébré à travers le monde) et peut-être même ne l’ont-ils jamais été… ? Le pouvoir légendaire à la portée de tous qui consisterait dans ce cas à vraiment disposer de ces jeunes filles-là correspond à un tel processus lucratif et désenchanté que celles-ci ne pourraient que montrer davantage le vrai visage de leur convoitise de ce même pouvoir, s’arrogeant par la même la force d’un père démiurgique absent dans une atmosphère de mesquinerie totale des relations actuelles qui ne peuvent être désintéressées et signifie un arrivisme que tous les autres tendent à imiter au point d’en devenir fou. Et j’en reviens à ce reportage Arte que l’on essaye de faire passer pour une dénonciation de la pédophilie actuelle : la vérité n’est pas que « des vampires sur Internet violent des fillettes dépressives » et que « les Gothiques sont les victimes des satanistes » mais plutôt qu’il est inévitable que les gens se rendent tellement compte de leur futilité et de leur fadeur face à une si grande contingence de signes et d’appétits et face à un si vaste mensonge métaphysique gobé de la sorte qu’ils finissent par désirer un style de vie réellement inaccessible dont ils ont toujours relativement subi la vacuité des images et des idées, aussi bien la seule véritable misère n’est-elle que l’absence d’attention dans un monde qui se dépersonnalise, se facticise et se vide de plus en plus de sa propre matière malgré toute la vision qu’il peut en retirer… Oui, les parents sont nuls et banals, oui, la société est hostile et fallacieuse, oui, les jeunes se rendent compte de plus en plus tôt de leur propre futilité et d’une situation insupportable. Et l’avenir, avec ou sans les écrans, me semble bien sinistre. Ma conclusion est tout de même que ce genre de clips MTV exprime le fait que les choses vont bien au-delà d’on ne sait plus très bien quelle crise, que tout ce que l’on nous a enseigné – oui – est faux, et que, s’il fallait choisir quelque chose dans cette sombre histoire, il vaut mieux que la petite dépressive fasse une fugue, force le destin, même par vice, et devienne sine die une gogo-danceuse d’autoroute plutôt qu’elle se tue. Ce n’est pas là, il est vrai, un triomphe de la vie en général ou même un triomphe de celle de nos enfants, mais c’est quand même un triomphe de notre esprit contemporain dont on essaye de nous faire croire de surcroît qu’il est bel et bien uniquement cela : « un triomphe de la modernité », une victoire faussement remportée sur l’abîme et dont le « gagnant virtuel » continue de narguer l’abîme. Mais jusqu’à quel point ?
Plus tard, avec mon cousin Goethe, mes parents et cette pauvre Gislaine, nous quittâmes doucement ce restaurant (où d’ailleurs les gens devant nous étaient plus outrés que jamais par l’excellente véracité de mes propos fleuris et autres divagations pétaradantes) et mon jeune cousin et moi déambulâmes à nouveau sur cette esplanade, toujours avec une certaine avance, lorsque, sortie de nulle part, nous croisâmes dans la foule bondée une jolie jeune fille plutôt bru
ne, sexy et pseudo-gothique qui nous dévisagea d’un grand sourire le plus amical et stellaire qui fût, et Goethe et moi ne savions pas à quel saint nous vouer tant nous fûmes subitement charmés et éblouis par cette apparition sans nul lendemain. « Tu penses qu’elle regardait qui surtout de nous deux ? » « Ha !... Va savoir, mec… » Quoi qu’il en soit, un an plus tard, Gislaine, incurable, inopérable, s’éteignit dans sa chambre d’hôpital à la suite d’une agonie durant laquelle elle dut certainement se demander s’il y avait non seulement une vie après la mort mais aussi avant. Presque toute notre famille, même les Faïa et les autres – excepté la famille de son ex-mari, mon parrain indigne, qui se furent barrés du cimetière au bout d’un quart-d’heure avec honte, étions allés à ses funérailles, assez éplorés par l’absurdité vraisemblable de cette existence vaine, enterrement où, juste avant l’incinération de ma tante, j’avais donc récité solennellement un de mes poèmes uniquement pour elle en guise d’épithaphe ; et je me souviens d’une chose assez frappante et curieuse qui m’eut quelque peu indigné auparavant et nonobstant : il y avait, parmi les jeunes amis de Goethe venus spécialement pour l’occasion, une petite adolescente affriolante qui n’arrêtait pas de se balader toute guillerette dans la foule endeuillée que nous formions çà et là au gré des étapes de ces obsèques, et cette brunette était vraiment sans cesse euphorique, allumait tout l’monde et se promenait avec un pantalon blanc moulant et le string noir qui dépasse, le piercing au nombril découvert et le décolleté et tout, et certes nous étions en été. Néanmoins je n’osais même pas élever la voix contre elle au risque d’assombrir davantage les événements (et, de toute façon, c’est moi qui me serait fait enguirlander juste après) et je dois dire que j’étais non seulement outré et offusqué par cette exhibition nasty et impromptue à ce moment-là mais aussi que, de bout en bout, je n’avais en fait qu’une seule véritable idée en tête ou envie incoercible : défoncer l’cul de cette petite conne avec mon chibre sur une pierre tombale devant les autres ou me faire férocement sucer par cette gougnotte bimbo au milieu des urnes funéraires pour lui faire comprendre qu’on ne rigole pas avec des choses pareilles (sauf si j’avais raté en cours de route un épisode concernant cette exaltante jeune inconnue dont simplement j’ignorais ce qu’elle faisait là…Comme j’avais honte !...)
LWRVZ, Marseille avril 2015.