SE MASTURBER SUR DES FILMS PORNO DONT LES ACTRICES SONT MORTES
- LUDWIG VON ZEEGER
- 5 août 2016
- 11 min de lecture

Nécrophilie. n.f. :
Satisfaction des désirs et des pulsions sexuels sur un cadavre.
Dictionnaire Larousse 1990.
La dernière fois, je me branlais derechef sur Internet, sur une vidéo de Haley Paige, plus exactement, qui s’en prenait plein l’cul grand ouvert et tout sourire. Et je n’avais pas compris tout de suite que cette fille était morte, depuis déjà un certain temps…Et je pense maintenant à ça : Haley Paige, Savannah, Karen Lancôme. Elles sont mortes toutes les trois et pourtant elles continuent aujourd’hui de se faire enculer et gicler à la tronche sur VHS, DVD et Internet, en une sempiternelle fameuse histoire de nécrophilie qui est complètement bizarre, certes, mais aussi complètement cohérente voire dont le propos (en un certain sens naturaliste) ne choquerait personne, je le crois bien.
Commençons par Savannah. Née le 9 octobre 1970 à Mission Viejo en Californie, la p’tite américaine blondasse avait ignoré jusqu’à ses treize ans que l’homme qui l’avait élévée n’était pas son vrai père (« son père biologique ? » Je ne comprends pas cette façon de parler…) et en demeura fortement perturbée. Puis, elle devint une adolescente délurée et sauvage qui mangeait à tous les râteliers, qui était plus une groupie de hard-rockers qu’autre chose, et qui avait pour habitude, bien avant sa majorité sexuelle, de se faire salement partouzer par toutes sortes d’obscurs musicos qui étaient des espèces de fils de putes, et autres blaireaux du même genre bourrés à la bière qu’elle voyait dans des bars à pute et qu’elle s’envoyait parfois pour du blé. A seize ans, un autre de ces soi-disant musiciens, ayant le double de son âge, l’avait mise enceinte, elle confia son gosse à l’assistance publique, puis elle quitta son concubin pour se lier avec un autre « musicien » du même âge. Une fois majeure, elle se jeta corps et âme dans le porno et la cocaïne et tourna avec les plus grands : Andrew Blake, Ron Jeremy, Peter North, John Dough, Tom Byron, Sean Michaels. Elle bossait alors pour Vivid dès 1991 et acquit rapidement une certaine notoriété. D’ailleurs, je me souviens de certaines fois où elle était passée au « Journal du Hard » que je regardais en toute illégalité à l’époque où je vivais à Montpellier, et, on voyait Savannah se faire sodomiser par vingt hommes à la fois, alors qu’elle disait, entre deux coups d’bite, qu’elle adorait sucer des queues, se faire cracher à la figure et boire du sperme. Et elle était complètement défoncée à la coke et à toutes les drogues que l’on puisse imaginer, aussi bien avait-elle d’assez extraordinaires problèmes financiers et souffrait-elle de dépression nerveuse, de bipolarité et de délire paranoïaque dus à tout ce qu’elle faisait. Parfois, les gens la reconnaissaient publiquement et l’insultaient, l’apostrophaient et la harcelaient dans la rue (…« Hey ! ? Tu veux pas que j’t’encule moi aussi ?!... J’t’ai vue hier à la télé, sale traînée… ! ») Elle était en plus égoïste, capricieuse, exigeante, insupportable, insaisissable, et il était difficile de travailler avec elle, les metteurs en scène étaient dépassés et, au bout d’un certain temps, ils ne savaient plus quoi faire to handle her. Et elle était tout l’temps fourrée avec des stars du Rock comme Billy Idol, Slash ou Axl Rose qui la maltraitaient alors qu’elle souhaitait une relation stable et un véritable amour de la part de ses partenaires qui anyway en avaient rien à foutre d’elle. Vie sentimentale affreuse voire inexistante. Il est toujours question de combler un vide, quel que soit le trou de la jeune fille droguée. Ensuite, durant l’été 1994, vers deux heures du matin, après une soirée bien arrosée et stupéfiante à Los Angeles de mes deux, alors qu'elle raccompagne un soi-disant ami en bagnole en roulant comme une folle furieuse sur la corniche, elle se plante dans un virage et se blesse assez gravement au visage (lacérations, nez cassé….) Toutefois, elle réchappe de cet accident et rentre à son domicile de Beverley Hills à pied avec son passager, lui aussi blessé et très choqué, à qui elle demande, une fois arrivés, de lui sortir le chien, afin de demeurer quelques instants seule dans le garage. Enfin, ensanglantée et totalement ravagée comme dans un genre de films d’horreur où elle prend affreusement conscience qu’elle est défigurée et que sa carrière est sans doute foutue, elle appelle à l’aide son manager qui est aussi son amie intime, super-étonnée, qui viendra si tardivement sur les lieux que Savannah aura eu le temps de se tirer une balle en pleine tête avec un calibre 45 semi-automatique. Quand la manager arrive, elle découvre l’actrice érotique dans un bain de sang mais respirant toujours, et elle décède à l’hosto après onze heures de coma. Après sa mort, sa famille regretta publiquement ses relations avec le milieu du porno. Comme ce fut plusieurs fois le cas dans cette industrie, la popularité de Savannah s’accrut après sa mort. Selon certains rapports très sérieux, ses films sont à présent dix fois plus demandés voire téléchargés sur le Web que lorsqu’elle était encore vivante.
Puis, venons-en à Haley Paige. De son vrai nom, Maryam Irene Haley, elle était la deuxième fille d’une américaine d’origine mexicaine et d’un père gallois, née au Mexique le 30 décembre 1981. Elle avait débuté dans la profession dès ses dix-neuf ans, en ayant répondu à une petite annonce recherchant des modèles pour des photos à poil genre « Newlook » ; et il fallait voir la beauté de cette jeune femme, une grande brune, un regard délicieux, un corps svelte et canonique, une actrice très excitante, attrayante, qui avait fait les pires saloperies possibles dans plus de trois cents films X de tous les styles : sodomies avec gaping, éjaculations faciales collectives, face fucking, cum swallowing avec dix mecs à la fois, séances de léchage rectal lesbien, acrobaties anales, et cætera... Et, bien qu’elle eût souvent dit lors d’interviews que ce métier était très dégradant et qu’elle eût aimé faire médecine ou thérapeute sexuel, elle avait gagné pas mal de prix, les choses allaient bien jusqu’à un certain point, mais elle avait deux gros problèmes : son addiction à l’héroïne et son petit ami, Inkyo Volt Hwang, alias le réalisateur Chico "Wanker" Wang, une espèce de saleté de niakoué qui la battait et la torturait mentalement. Il paraît que ce type-là, un métèque (qui donc se faisait appeler « Wanker », ce qui veut dire « branleur » en anglais), non seulement consommait de l’héroïne avec elle, la molestait et la violait de temps à autre en la traitant de « sale pute qui s’fait baiser par n’importe qui », mais qu’en plus celui-ci était tellement défoncé qu’au bout d’un certain temps il avait pour habitude de copuler avec Haley uniquement en regardant en sa compagnie les films de cul qu’elle faisait, d’où son surnom de « wanker » (et c’était en plus lui-même qui réalisait la plupart des films de sa girlfriend…Quelle situation inouïe ! Quelles soirées captivantes devaient-ils passer devant la télé à LA !...) Et aussi il arrivait quelque chose d’extraordinairement surréaliste et inconcevable : ce fameux «branleur » asiatique parfois la kidnappait – littéralement – en venant la chercher, comme ça – tout à coup, « de pute en plan » – quel que fût l’endroit où elle se trouvait en Californie, devant ses amis qui ne comprenaient pas cette intrusion et tout ; et il l’emmenait de force dans sa Corvette pour après, chez lui, l’enfermer toute nue dans un placard avec une seringue, un sex toy et de quoi se faire de l’héroïne ; et il la sortait de là plusieurs fois par jour dès qu’il avait envie d’se branler. Et donc, à vingt-cinq ans, Haley est morte d’une overdose d'héroïne, et son « petit ami », arrêté le 29 juin 2007 sous l'accusation de séquestration et d’usage de narcotique, a été relâché quelques jours plus tard, faute de preuve. Et, à la fin de l’été 2007, Chico "Wanker" Wang a lui-même été retrouvé chez lui mort d’une overdose d’opiacé, à la suite de quoi la police a découvert que c’était bel et bien lui qui avait empoisonné et poussé à bout sa compagne. Et, simplement, je dois dire qu’encore à ce jour Haley Paige reste l’une de mes meilleures expériences d’onanisme, « mon syndrome porno préféré… » Qui plus est, fondamentalement, je crois qu’il n’y pas pas de plus belle et excitante actrice porno que Haley Paige, sauf bien sûr Taylor Rain.
Maintenant, finissons cette partie informelle du chapitre avec la regrettée Karen Lancôme (et là, le dossier est encore plus dense, lourd et intéressant, mais je vais essayer d’être concis et direct.) « Karen Lancaume », autrement dit « Karen Bach », autrement dit « Angel Paris » (et encore d’autres pseudonymes qui m’échappent) est née le 19 janvier 1973 à Lyon dans une famille bourgeoise plutôt pauvre. A l’origine, cette Karen était « une femme comme les autres », pourra-t-on toujours dire ; rien vraiment ne l’avait prédisposé à avoir le destin pornographique qu’elle aura quand même connu. Alors qu’elle fut déjà d’un certain âge (elle ne risquait pas de faire du X dès ses dix-huit ans come tant d’autres ou quelque chose comme ça), elle s’était marié depuis quelques années avec un homme de sa région dont elle était amoureuse, et, un jour, ces deux tourtereaux s’aperçurent simplement, bêtement qu’ils avaient des dettes, qu’ils n’avaient plus d’argent, ils étaient pris à la gorge, si bien que Karen, à contre-cœur (je n’ose pas imaginer la situation !...) décida de se lancer dans le hard avec son conjoint pour tenter de résoudre d’aussi graves problèmes financiers. Et elle posa comme condition de ne jamais tourner qu’avec son mari, mais, en plein milieu du premier film qu’ils firent celui-ci fut victime d'une « panne » et Karen dut recommencer et terminer la séquence avec un autre partenaire. Il advint, comme dans un mauvais drame français où les hommes et les femmes ne peuvent que se juger, qu’ils convinrent tous les deux de divorcer la même année. Puis, voyant l’argent arriver, elle enchaîna une quarantaine de films en quatre ans, en France et aux États-Unis, au cours d’une brève carrière où elle avait tout de même accompli un parcours remarquable qui l'avait amenée à collaborer avec quelques-uns des plus grands réalisateurs : Marc Dorcel, Christian Lavil, Alain Payet ou encore pour Luca Damiano, Fred Coppula (dans le fameux « Niqueurs-Nés », la parodie du film d’Oliver Stone), Mario Salieri et même Andrew Blake, l'esthète américain du genre au même titre que Michael Ninn. Néanmoins, très soucieuse de son image, elle refusa toujours les pratiques les plus extrêmes. Mais, Karen demeura profondément blessée par son expérience pornographique à propos de laquelle elle avait par la suite tenu des propos très durs qui, de son point de vue, faisaient transparaître toute l’implacable cruauté du milieu et, en quelque sorte, la déception de l’envers du décor qu’elle avait éprouvées. Et on ne pouvait certes que comprendre son assentiment sur sa sous-condition de hardeuse. En effet, que faut-il penser de tous ces films dans lesquels « elle jouait » et où quatre, cinq lascars à la fois – d’anonymes fils de pute – l’enculaient dans un parc à deux heures du matin, la double ou triple-pénétraient par un froid de cinq degrés alentour, suivie d'une éjaculation faciale collective devant la caméra qui tournait. Et, comme elle le disait : « …Couverte de foutre, trempée, dégoulinante, morte de froid, personne ne m'avait tendu une serviette. Une fois que t'as tourné ta scène, tu vaux plus rien… » Et c’est vrai que les gens sont des enculés ; donc il la laissait là comme ça, dans son coin, toute enspermée et humiliée, le cul par terre, alors que les autres connards qui venaient de jouir sur elle se rhabillaient et continuaient de parler entre eux comme si elle n’avait jamais existé. Néanmoins, en 2000, elle est l'actrice principale du très controversé « Baise-moi ! » écrit par Virginie Despentes et co-réalisé par Coralie Trinh Thi (Coralie, d’ailleurs, « une survivante » que j’admire et qui est de même ce que l’on pourrait appeler « une véritable artiste », au même titre qu’Ovidie, par exemple.) Les deux réalisatrices cherchaient donc non seulement des actrices de cul mais également de véritables comédiennes, et Karen fut aussi bien excellente que naturelle aux côtés de Raffaella Anderson et d'une pléiade d'autres acteurs tels que Ian Scott, Titoff, Zenza Raggi… « Baise-moi », ce film anarchiste-punk ultra-violent dans la lignée de long-métrages à la réputation sulfureuse et transgressive ou subversive tels que « Orange Mécanique », « Tueurs-Nés », « Irréversible » et « Love » de Gaspard Noë voire « Killing Zoë » de Roger Avary, est l’histoire de deux jeunes femmes égarées et désespérées – deux copines qui subissent la violence des hommes – qui décident un beau jour, à un train d’enfer (une véritable cavale !), de se lancer dans une équipée folle semant amour et mort (Éros et Thanatos), de prendre une bagnole, de tailler la route à travers la France, de voler et de baiser et de tuer, de flinguer la plupart des hommes qu’elles rencontrent sur leur passage jusqu’à ce qu’elles se fassent arrêter par les flics, comme dans une espèce de « Bonnie & Clyde » français pour féministes révolutionnaires voire terroristes. Et, ce film de catégorie X a longtemps fait débat dans le monde des médias et du spectacle, tant sur sa forme et sur son style dépouillé, sans concession, avec une mise en scène presque documentaire, que sur le fond, l’intention, « le message » (qui consiste en un propos assez définitif)… De plus, Karen n’aura pas été la dernière à défendre ce brûlot qui était vraiment SON film : « Le porno, c'est des mecs qui jouissent sur la gueule des filles ; c’est la femme qui en prend plein la tronche et plein par tous les trous. « Baise-moi », c'est justement le contraire.» Peut-on en effet considérer que, dans bien des cas, le vrai Cinéma ou la véritable littérature n’est qu’une vengeance prise sur la vie ? Certes. Cela dit, je suis sûr et certain de mon côté que cet argument du soi-disant féminisme concernant Karen Lancôme et de tout ce combat à son sujet ne tient pas la route. Elle n’était pas « féministe », même si elle s’en réclamait, évidemment elle ne pouvait pas concevoir autre chose. Elle était simplement une grande actrice, une showgirl douée d’une forte personnalité, une héroïne tragique et passionnée qui avait été réduite à l’humiliation et à la déroute par de malheureuses circonstances humaines. N’importe qui en eût été « féministe », pourquoi pas ? Mais, imaginez que cela eût été l’histoire de deux mecs – par exemple Titoff et Sébastien Barrio (quoique ce dernier n’aurait pas du tout convenu) –, eux aussi rejetés par la société des femmes et l’indifférence et la cruauté du système, lesquels se seraient mis à violer et à tuer des bonnes femmes sur l’autoroute « parce qu’elles sont des connasses, de toute façon… » La chose aurait été profondément différente bien que l’histoire de « Tueurs-Nés » aurait été semblable. Et le film s’appellerait carrément : « Tu veux pas que j’te baise ? » Il est évident que non seulement il y a une part de victimisation qui est beaucoup plus naturelle du point de vue de la femme et de la vengeance qu’elle veut exercer mais aussi que la déchéance d’une femme est plus dure à supporter et à voir que celle d’un homme. Karen Lancôme aurait pu être un homme ; et, il est vrai qu’elle était une grande artiste qui ne faisait qu’exprimer toute sa souffrance et son désemparement et tout le mépris que cette vie et cette société lui avaient jeté à la figure. Après « Baise-moi », d’ailleurs, elle ne connut plus vraiment d’activité professionnelle et vécut dans une précarité et une solitude assez préoccupantes. Un soir de janvier 2005, alors qu’elle avait trente-et-un ans et qu’elle errait à travers la ville, des amis l’avaient retrouvée par hasard et recueillie et lui avait proposé de l’héberger, quelques temps – sine die –, dans leur appartement du quatorzième arrondissement parisien. Beaucoup de gens y firent la fête, çà et là, indifféremment, depuis déjà une semaine, mais, Karen, inquiète quant à son avenir, était toujours au plus mal, n’y croyait plus, et elle ne savait plus où se mettre, totalement atteinte de confusion et d’auto-enfermement. Un malaise inextinguible et tout à fait compréhensible lui était monté au cerveau. Une nuit, très tard, tandis que ses amis dormaient à côté, elle n’en pouvait plus et alla à la salle de bains pour avaler une trentaine de somnifères, en ayant laissé une note à ses parents. Son suicide, à l’époque, je m’en souviens, avait ému beaucoup de gens, notamment de la profession, et moi aussi…qui n’était qu’un branleur de plus dans la facture. Et, souvent, Karen parlait du véritable amour, d'enfants, de musique, d’art. « Sobre, élégante, marrante, la voix un peu grave. Une douceur, une féminité incroyable émanaient d’elle… », avait dit un jour Virginie Despentes. « Et, en même temps, on la sentait prête à prendre une hache et à détruire un mur. » J’espère qu’on se souviendra d’elle (parce qu’elle valait mieux que tout l’reste.) J’aurais vraiment voulu la connaître, l’aider et l’aimer…