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CLAUDE HAGÈGE FRAPPE FORT « Défense de la Langue Française et de la Diversité » par Claude Hagège.


Pourquoi vous attaquez-vous de façon aussi virulente à la domination de l’anglo-américain dans le monde ?


Claude Hagège : D’abord parce que je pense que la diversité des langues est un des bienfaits de l’Humanité. Ensuite, lorsque l’on utilise une langue internationale, ceux qui ne l’ont pas comme langue maternelle la parlent moins bien, et ça finit par être un mode de communication insuffisant. Enfin, lorsque l’on se sert de l’anglais, on fait le jeu de l’impérialisme des Etats-Unis.


Cette domination de l’anglais est-elle si différente de celle qu’a exercée le français en Europe au XVIIIéme siècle ?


Claude Hagège : La différence c’est que le français était la langue de l’élite cultivée, de l’aristocratie. Jamais il n’a été une langue qui permet la communication entre les gens les plus ordinaires, alors qu’aujourd’hui c’est le cas de l’anglais. Tout le monde désormais le baragouine, pour peu que l’on soit amené à voyager.


L’anglais a-t-il tous les défauts ? C’est aussi la langue de Shakespeare...


Claude Hagège : Oui, mais l’anglais qui s’impose n’est pas le même. Ce que je récuse, ce n’est pas l’anglais en soi, c’est la notion de « langue internationale. » Si c’était le français, je m’insurgerais tout autant. Je suis pour la diversité et on a tort de dénigrer les autres langues européennes.


Pourquoi écrivez-vous que sa prééminence stérilise l’essor des sciences ?


Claude Hagège : Désormais, quand un scientifique français ou allemand envoie un article à une revue anglophone pour être publié, il croit, à tort, qu’une revue de son pays ne lui donnera pas la même audience. L’article sera jugé dans un comité de lecture par des anglophones et ne sera publié que s’il s’inscrit dans un certain nombre de canaux qui sont ceux de la recherche de pointe actuelle. Si quelqu’un fait quelque chose de très créatif et d’innovant, son article sera refusé car il n’est pas à la mode. Ou pire : il sera pillé !


Vous attaquez les présidents de Paris Dauphine et de Diderot, qui contournent la Loi Toubon sur la langue française. Nos grandes écoles devraient-elles se fermer à l’usage de l’anglais ?


Claude Hagège : Non, pas du tout. Je dis simplement qu’ils recrutent un nombre croissant de professeurs anglophones jusqu’à en avoir plus que des locuteurs du pays. A HEC, près de 80 % des enseignants sont anglophones ! Il ne reste que très peu d’enseignement en français, c’est redoutable et pitoyable !


Votre essai est très politique. Etes-vous engagé contre la mondialisation ?


Claude Hagège : Je crois à la « globalisation » dans le sens français du mot, qui est la facilitation des échanges, utile pour les progrès de beaucoup de pays défavorisés. En revanche, je me bats contre la mondialisation : le fait qu’on ait des Mac Donald’s de partout, que les marques américaines envahissent absolument tout, les sports, les loisirs, les programmes audiovisuels... Même dans un village reculé de Chine, j’ai vu récemment une pancarte qui disait : « Learn english, because it’s the language of business ! »


Vous évoquez aussi les manoeuvres de la CIA, de l’USICA (United States International Communication Agency)... Ne craignez-vous pas qu’on vous prenne pour un tenant de la théorie du complot ?


Claude Hagège : Pas du tout. Parce que c’est le cas. A l’origine, ce sont ouvertement des organisations destinées à noyauter les autres pays, par une action clandestine ou ouverte, par des marchandages : on vous donne tant d’argent si vous acceptez l’implantation d’une université anglophone. Le français a ainsi été chassé de pays où il était en bonne position, comme au Vietnam, parce qu’ils ont donné des Dollars en échange.


Apparemment, vous croyez aussi dans les vertus de l’autarcie, du repli sur soi... De là à citer l’Allemagne Nazie en exemple !...


Claude Hagège : Non, vous déformez des propos que j’ai déjà tenus : je constate seulement que l’Allemagne Nazie – qui était certes un exemple lamentable de la tyrannie – a beau avoir été isolée durant la guerre, ses savants ont mis au point les V1, V2 qui allaient faire un bond en avant au programme spatial. Je cite cet exemple non pas pour faire l’apologie de l’autarcie mais pour montrer que l’absence de communication internationale n’a pas empêché la créativité. A certains égards, ce « repli » l’a même favorisée.


A force de vous battre pour la multiplicité des langues, ne plaidez-vous pas finalement pour la Tour de Babel ?


Claude Hagège : Ah mais la Tour de Babel est un bonheur et certainement pas une malédiction ! L’interprétation rabbinique, loin de la lecture chrétienne, voit en elle une bénédiction. Ce que l’Eternel voulait, c’était que les Hommes essaiment partout et ne pas les laisser dans une tour d’unilinguisme, afin de permettre à la vocation humaine de s’accomplir : c’est la diversité qui est dans la nature. D’ailleurs, c’est ce qui me permet de rester optimiste à plus ou moins longue échéance. Car l’anglais, malgré sa tentation dominatrice, ne survivra pas à cette loi naturelle.




 
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© 2023 par Loup Corsini. Créé avec Wix.com

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