LE CAS TARANTINO - ZEEGER CONTRE TARANTINO
- LWRVZ.
- 31 juil. 2016
- 25 min de lecture

À présent, j’aimerais absolument parler d’une chose qui me semble avoir ici toute son importance : c’est-à-dire le petit Cinéma du célèbre Quentin Tarantino, en l’occurrence le Cinéma d’il y a déjà plus d’une vingtaine d’années voire celui de l’époque où je suis encore en train de l’évoquer, certes. Et même vais-je entreprendre cette rédaction non seulement au nom de la qualité de ce qu’est encore le Cinéma, mais également pour le bien de toute « la communauté humaine. » Et, à mon avis, je crois que tout le monde me comprendra.
Finalement que nous dit un faquin tel que Tarantino dans tout ce qu’il a créé ? Rien. Tarantino ne nous dit jamais que trois fois rien et il ne créé pas grand’chose en-dehors d’une imagerie si attrayante. D’ailleurs, je m’en vais ipso facto vous les exposer un par un, tous « ses navets volontaires… », en quelque sorte. Dois-je dire d’abord que « Réservoir Dogs » était une véritable trouvaille (je dirais même « un ensemble de plusieurs trouvailles ») ? Le premier opus de son cru et de son répertoire – si j’puis dire – était évidemment déjà un mythe, parce qu’il exprimait une forme première de véritable Cinéma à travers une vision tout-à-la-fois sincère, standard, générique et déjà « déformée par toute la trivialité de nos existences de spectateurs. » Et là j’en viens au plus vif problème que vous connaissez : il est tout-à-fait étonnant de voir comment ce sont finalement les spectateurs qui agissent conformément aux choses que l’on a déjà fait naître en eux, de telle sorte que le copiage, le plagiat et le détournement – dans une certaine limite, bien sûr – soient possibles et acceptés, comme si n’importe qui passait la plus grande partie de son temps à répéter et à imiter suivant des modèles et des prototypes ou archétypes anciens – préexistants – dont la mauvaise compréhension (pour ne pas dire « la compréhension réellement incomplète de tout »), la surinterprétation futile qui démontre l’indigence des choses et des gens, l’automatisme mental, qui y est si niais et omniprésent, ainsi que la nouvelle lecture caricaturale ainsi composée et actée engendre presque naturellement un genre de déformation courante en fait heureuse – « Ça passe... » Parce que le public dans la salle n’a de toute façon pas grand’chose dans la tête et parce que les gens ne veulent que se « divertir. » Alors quel divertissement ! Cette idée qu’il y aurait d’abord eu le fastueux Cinéma et qu’ensuite celui-ci se soit progressivement retrouvé épuisé au point qu’il n’y ait alors plus rien d’autre qu’une vaste « compilation Cinéma » à faire, sanctuarisant par là même ce mouvement artistique à partir de ce qu’il est déjà et depuis ses propres codes et contraintes – ce concept est quand même – oui –, en effet, une véritable question de Cinéma, voire un véritable parti pris d’écolier !
Donc, le petit garçon embarrassant qu’il l’a bien apprise nous fait avec obnubilation sa récitation et attend que tout le monde en soit ainsi édifié, certes. Et alors la version nouvelle qu’il nous en donne en est sa seule édification personnelle, pareille à un paysage transformé même pas indirectement par son auteur, mais plutôt par la force des choses qu’il ne maîtrise même pas vraiment non plus, c’est-à-dire que le réél s’est chargé du travail déjà à sa place et il en fait une lecture à moitié-involontaire. Et donc ce Quentin Tarantino ne fait pas dûment du Cinéma, il fait comme le Cinéma qu’il a déjà vu, cependant que l’esprit espiègle de « l’adolescent apprenti-créateur » persiste contre cette sorte de protestation latente adressée à soi-même « … Je ne suis en fait qu’un cinéphile parce que le seul véritable Cinéma est déjà du passé et ce n’est pas moi qui le fait. » Cela est d’ailleurs comparable à une factualité psychanalytique avérée – afin de soigner je n’sais quel psychotique d’une addiction à sa own mimicry – de donner une autre marionnette à la première marionnette déjà articulée par l’amateur ou l’imitateur, ce qui fait que celui-ci, le marionnettiste, finit par se désintéresser de son guignol et pourrait-il obtenir d’en être guéri ?
À propos d’autres films du faquin, je vais parler de « Pulp Fiction » : sujet encore plus dense et volage, bien qu’il y ait une plus grande pauvreté au niveau de la situation humaine qui y est généralement disposée. En effet, la curiosité (voire «la nouveauté») de «Pulp Fiction» est celle d’un ouvrage ayant le pouvoir de se standardiser et de se maintenir lui-même dans une sorte de présence permanente, comme si toute le réel des autres films à côté n’avait presque jamais existé, pour autant que nous ne soyons tous que des connards vautrés avec du pop-corn qui regardons ces circonstances, ces personnages, ces références, ces musiques et ces couleurs yankee qui émanent de climats certes attrayants et amusants. Quand nous sommes en plein milieu de l’un de ces films-là, le spectateur ne peut que se réjouir lui-même de trouver si plaisantes de telles circonstances. « Nous prenons du plaisir à être en compagnie de personnages pareils en un tel lieu et en un tel rêve... » Quoique toujours badinement. En effet, le véritable talent de M. Tarantino consiste surtout dans le fait de photographier précieusement n’importe quoi et de sanctifier sans motif avéré des instants présents qui conviennent à la mentalité populaire et dont anyway on ne saurait simplement penser à quelque lendemain que ce soit. « Carpe Diem !...» Et : «Tomorrow did never exist...» Et, hormis je n’sais quelles énigmes saupoudrées et relatives à cette histoire de «bandits désacralisés » évoluant dans un « comique de situation », la comparaison avec l’une de mes propres séquences s’impose : Colonna et Schloessing, défoncés, sont en bagnole à travers Marseille. Colonna est Jules Winfield, c’est-à-dire cette tête de homard trop cuite de Samuel L. Jackson, et Schloessing est évidemment Vincent Vega, c’est-à-dire cette danseuse de John Travolta :
SEQ. [Freeman 6]. EXT. JOUR.
LIEUTENANT COLONNA
N’empêche, Capitaine, j’ai une question très importante à te poser : tu préférerais quoi : sucer ou te faire enculer ?
CAPITAINE SCHLOESSING
Ah ! À tout choisir, je préférerais sucer ! Sauf si je devais encore participer à « Solidarité-Cancer du Rectum. »
CAPITAINE SCHLOESSING
Sans blague ? Toi aussi tu y participes ?!
LIEUTENANT COLONNA
Eh ouais, j’suis encore abonné à « Anal + » !
CAPITAINE SCHLOESSING
Ouais, c’est toujours mieux que le téléthon sur la deux.
LIEUTENANT COLONNA
Tain, n’empêche, t’imagines ?! D’abord, tu la fais chier, la petite pouffe, après tu l’encules avec la merde au cul ; elle te suce, tu l’encules encore, tu lui fais bouffer sa merde, tu te branles dans sa bouche, tu lui fais boire ton eau d’javel et tu lui roules un méga-super-patin d’Amour !... Le cœur du jus de la couenne du poulet !! AAAAAaaahhh !!...
CAPITAINE SCHLOESSING
Ouais, i’faudrait même filmer ça.
LIEUTENANT COLONNA
Ouais, et l’envoyer sur Internet. C’est c’que j’ai fait récemment avec ta cousine qui dansait la Soca Dance.
CAPITAINE SCHLOESSING
Sans déc’ ?
LIEUTENANT COLONNA
Ouais, ouais, la couenne du poulet, mec... reprenant ses esprits Ah, au fait ? En parlant de couenne, tu sais quand on voit Don Vincente ?
CAPITAINE SCHLOESSING
Probablement dans deux ou trois jours, mais il me faudrait d’abord en parler avec Freeman. ils se taisent un court instant ... Ah n’empêche ? Tu crois qu’on va gagner au concours Survivants de l’Amour organisé par TF8 pour le mois prochain ? Tu sais qu’avant de partir en Amérique je nous ai qualifiés en passant à la télé. Ça doit être la première fois que des draconiens y participent.
LIEUTENANT COLONNA
Ouais, mais si ça s’trouve, au train où vont les choses, on s’fera éliminé d’ici-là par ces putains d’universalistes.
CAPITAINE SCHLOESSING
De toute façon, on est sur la liste ; et avec un peu de chance on obtiendra le Grand prix de cette putain de compétition.
LIEUTENANT COLONNA
Ouais, mais va savoir la récompense que c’est... Au fait, en parlant d’Amérique, comment ça s’est passé pour toi, aux States ?
CAPITAINE SCHLOESSING
Ma foi, ça pouvait aller : je m’levais à quinze heures, je m’prenais un café à la cocaïne, je m’branlais devant XXL sur le câble, et après j’commençais ma journée dans les bureaux de la L.A.P.D. à recenser des terroristes musulmans vivant en Californie.
LIEUTENANT COLONNA
Et après ?
CAPITAINE SCHLOESSING
Après ? J’rentrais à la baraque pour bouffer un hamburger à la con avec Jennifer Lopez (c’était ma bonne mexicaine), j’la baisais sur la table à manger, juste un p’tit coup entre la poire et l’fromage, j’écoutais le sacro-saint Cradle of Filth, et j’allais m’pieuter avec un supo aux amphètes.
LIEUTENANT COLONNA
Ouais, la planque, quoi.
CAPITAINE SCHLOESSING
Ouais, j’te raconte pas, j’ai même bouffé un « Quarter Pounder with Cheese... » Tiens, au fait ? Tu sais comment on dit un « Quarter Pounder with Cheese » en France ?
LIEUTENANT COLONNA
Ouais. On dit un « Royal Shit » – à cause du système gastrique. C’est la blague préférée de Jean-Pierre Coffe depuis qu’i’bosse pour Leader Price.
Vous voyez ? La réalité n’a en fait aucun sens et peut être à ce point triviale et générique ; non seulement nous donnons de l’importance à des mots, à des choses et à des façons de penser qui n’en ont aucune, mais, en outre, nous passons notre temps à jouer et à dispatcher avec un réel (c’est-à-dire un anthropocentrisme de plus en plus désagrégé) comme des gosses grossiers et potaches dans une certaine réduction de notre captation de cette même réalité donnée à chacun (je veux bien sûr parler de scénario) ; aussi bien croyons-nous pouvoir inférer quelque chose à travers la description extravagante de la déconnexion que nous vivons de ce réel, finalement – et ce n’est plus du Molière, on en est très loin dorénavant. Ce n’est même pas parce que l’on filme des choses tellement banales, vulgaires et terre-à-terre que l’on est dans la juste estimation du réel. Quelle perte de nous-mêmes !... Dans ce cas, il faut penser à encore autre chose, et pas à « être soi-même » ou « être normal » ou « accessible », parce que nous savons fort bien que « notre commun des mortels » est justement si trivial, quotidien, anecdotique, commercial, une farce de lycéen, un film de potes (tous les films, en effet, devraient être « des films de potes », mais ce n’est que rarement le cas… ) Voire que nous soyons responsables de notre propre histoire (qui ressemblerait en fin de compte à celle de tous les autres...) Et puis « …La vie des gens, ça intéresse qui ?... » « En quoi croyez-vous dire si brillamment plus de choses sur la vie en général que tous les autres en vous basant sur la perception de la vôtre ? » Tôt ou tard il fallait bien se poser cette question, notamment dans mon « Young Lust. » La véritable innovation avec Tarantino aura été cette façon assez incroyable – et alors inédite – de nous montrer des choses si banales, plates, courantes, de généraliser philosophiquement l’Art et de vulgariser toute l’existence du Cinéma comme si cette indigence avait toujours été le cas, ce qui me semble impossible au vu de tant d’autres films. Rendre tout accessible, tout aplanir, rendre la vie des héros si familière et voisine de la nôtre... Nous relater non pas les Grands ou les Œuvres des Grands, mais la petite vie quotidienne si amusante et ridicule de ces Grands... Donc, il y a eu le « Cinéma normal » et ensuite un « Cinéma anormal » qui était en même temps encore plus normal et bête que tous les autres !... Logiquement, toute la chose ainsi réalisée n’est en soi pas tant une « caricature » ou une «parodie» qu’un affaissement. En toute réalité, les spectateurs ne sont même pas conscients de s’intéresser à ce programme voire de s’enthousiasmer au sujet de modalités, paraît-il, si divertissantes qui pourtant ne le méritent guère, surtout si l’on devait approfondir pareil domaine de création et de lecture propre à des ouvrages encore plus sérieux que les miens… La chose n’est qu’une plaisanterie d’Homme Moderne. D’ailleurs, j’affirme que la parole donnée existe aussi peu en un tel lieu de communication et de représentations que toutes ces valeurs et ces points de vue que nous exprimons à partir de la réalité parce que nous voulons bien y croire, eu égard à une absence de signification dans tout ce que nous exprimons tous les jours et qui ne sont que des pis-allers faute d’un meilleur moyen de communiquer. Internet, Google, YouTube, Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat, les camgirls, le portable, les textos et les SMS sont la preuve de la vie d’une humanité qui généralise tout parce qu’elle s’est déjà effondrée !
Ensuite, néanmoins (revenons aux films), les choses se compliquent pour notre ami Tarantino – je veux dire « Jackie Brown » est tout d’même un film odieux, banal, encore plus inintéressant que « Pulp Fiction. » « On dira que c’est joyeusement américain. » Puis, bien que je reconnaisse que la séquence finale du premier « Kill Bill » est certes très bien accomplie (ou « …cela a déjà été accompli », il m’apparaît clairement que l’ensemble des deux tomes est toujours aussi influencé, infatué, foncièrement puéril, vide de sens, m’as-tu vu et trop « spectaculaire » ; on dit alors qu’il s’agit d’un « film d’action » sur le thème de « la vengeance », et, par moments, l’on ressent et détecte excessivement l’intention et la présence appuyées du metteur en scène, un peu comme Luc Besson avec ses propres productions, d’ailleurs. Puis, « Boulevard de la Mort » est une daube, un burralde, « un mauvais jeu sur Megadrive » qui, pourtant doté d’un assez beau standing et graphisme, d’une présentation et de toilettes attrayantes, pourtant ferait à la fois bander et débander n’importe qui en même temps. Le sous-produit dérivé d’un cerveau planant dans éthylisme. Une « fiction » que peut-être je n’aurai d’ailleurs plus jamais envie de revoir tant j’eusse aimé mieux – indeed –, pour le coup, qu’au lieu d’embrasser le cul bronzé de ces connasses et pisseuses de jailbaits Tarantino se cassât vraiment la figure en descendant de « sa machine à voyager dans le temps » lancée à toute allure dans un bar, comme le dit justement l’un de ses jeunes amis juifs américains en raillant Kurt Russell au comptoir qui mate les petites jeunes insupportables en pleine ivresse. Et puis…Euh ? Le film sur le nazisme avec Brad Pitt est impossible à voir et aussi encore plus stupide et vain que d’habitude : j’en ai rien à foutre de voir Christoph Waltz se faire inscrire une croix gammée au couteau sur le front ! Ou de voir Mélanie Laurent qui venge la mort de ses parents juifs dans une salle de Cinéma en y tuant Hitler et quelques autres par là même ! N’est-ce pas si puéril ? Sans parler de « True Romance » qui, pareillement aux autres, n’est en fait pas une histoire aussi importante qu’on le croit, en dépit d’une assez bonne narration qui reste cela dit accidentée. « Tueurs-Nés », par contre, est l’un des meilleurs films que je connaisse justement parce qu’il est le fait d’Oliver Stone dont la réalisation dépasse l’état écrit du film, Oliver Stone grâce auquel la sous-culture scénaristique Yankee somatotonique de Mister Tarantino devient une culture de masse à part entière et une remarquable exception à la règle tout-à-la-fois (qui déflagre littéralement à l’écran en un véritable « FUCK OFF ! » balancé à la face d’hypocrite de tous les médias – surtout américains.) Si Tarantino est bel et bien l’expression de la culture américaine et fast-food, Oliver Stone en a pourtant accompli avec ce film sa contre-expression à l’intérieur d’elle-même. Puis, si, dans une veine pour le moins semblable, il faut parler de « Desperado » de son ami Robert Rodriguez, je me souviens que j’avais tout d’même pris un plaisir assez extraordinaire à voir un tel spectacle au Cinéma avec mes potes de l’époque en sortant du lycée ; l’innocence, l’esprit de camaraderie et l’enthousiasme de toute la chose furent encore intacts en chacun d’entre nous, c’était alors vraiment une nouveauté réjouissante, mais le second « Desperado » fut une expérience effroyable : en sortant de la salle avec mon cousin Cale, je me sentis intérieurement écrasé de vacuité et de morosité tant j’avais subi la lourdeur incroyable de ce second opus dont on eut fait, en plus, une publicité si mensongère.
Ensuite, s’il faut parler de « Django Unchained », on est en droit de se poser la question : « Que se passe-t-il maintenant dans la tête de Tarantino pour qu’il nous fasse de plus en plus des films avec une idéologie de plus en plus douteuse, interlope et couchée ? D’abord, un film où un cascadeur meurtrier finit par être tué par des salopes qui vengent toutes les autres, puis un film où Hitler se fait tuer par une juive dans un Cinéma français (le comble de la bêtise infantile sur laquelle tout le monde s’accorde et s’illusionne !) et enfin un film où l’on dénonce les négriers sudistes du dix-neuvième siècle avec des anachronismes qui conviennent aux nègres qui sont allés voir ce film ! Combien de fois dans ce western laid – non seulement de la part des personnages principaux ou secondaires, mais aussi de la part des nègres eux-mêmes – le mot « nègre » a-t-il été dit et vociféré ? Plus de quarante fois ? Et quel faut-il penser de la fin ? Je me fous de voir Jamie Foxxx se faire castrer ou de voir celui-ci qui, après avoir réglé son compte à ses négriers, s’éloigne triomphalement – sur son cheval et avec sa concubine et des lunettes de soleil – du manoir des méchants qui explose derrière lui ! Peut-on faire plus con ? Et, autre problème : Tarantino visiblement ne sait pas faire la fin de ses films ! La fin de « Django Unchained » est l’une des choses les plus imbéciles que je n’avais jamais vues de toute ma vie ! (Ou bien : cette fin est la même connerie que celle de tous les autres films. On se demande dans ce cas à quoi ça sert d’être Tarantino !) Pareil pour « Inglorious Basterds », « Boulevard de la Mort » et « Les Huit Salopards » : on reste sur sa faim parce que la fin n’existe pas ou bien elle est ratée (volontairement ? Là est toute la question.) Néanmoins, Tarantino reste à ce jour le Cinéma le plus recommandé et idéal à voir tout en mangeant du Mac Donald’s, ce qui ravira toute le monde et tous les fans. Et, nonobstant mes observations, je ne vois pas – donc – où est le PROPOS de « cet auteur », bien que ce frimeur nous demande sans cesse finalement si prosaïquement : « La Vie ? Mais alors qu’est-ce que la Vie Humaine ? » Réduite à sa simplification extatique la plus accessoire et pratique. Voilà la première question qui est posée et je crois que nul n’aura jamais totalement la réponse souhaitée, de même cette question est-elle évidemment posée par tous les autres films qui aient jamais été – et, en soi, cette imagerie tarantinienne est un poncif enfantin et futile et un fait acquis qui est ainsi exprimé parce que l’on a rien d’autre à dire que le fait de faire refléter la véritable nature vile et méprisante de tous les autres films – passés ou à venir.
Et puis pourquoi nous sert-on toujours comme dans un snack ce « Rêve américain » bon marché, accessible et réchauffé au micro-onde à tous bouts d’champs ? Ce Rêve a déjà glorieusement eu lieu. Or, une déception, terrible et indicible, a été depuis peu tellement ressentie et éprouvée par tous « les non-Américains » concernant cet « idéal hégémonique » que le paysage sur l’étiquette ne correspond même plus au souvenir si beau qui nous émeut encore, si bien qu’il définisse à présent une sorte de rapport à l’échec de tous les autres qui s’y étaient naguère identifiés. L’Amérique d’Henry Miller, de Jack Kérouac, de Jim Morrison, de Lou Reed, de Sylvester Stallone et de Dennis Hopper n’existe plus ; et il est tout-à-fait remarquable que des « étrangers », des gens extérieurs à ce rêve, notamment ceux de la « Vieille France » ou ce que l’on appelle encore la « vieille Europe », puissent avoir encore une lecture si glorieuse et exubérante de cette « nation » (parce que les États-Unis n’ont jamais été un pays, mais une nation, un « état universel d’inspiration britannique. » D’ailleurs, « …le pays n’est plus l’pays ; le pays ne l’a même jamais été… ») au point que les autochtones eux-mêmes ne puissent déterminer cette perception si positive, bien qu’ils répandent çà et là chez nous toutes les images de leur culture qui sont incomparablement inajustables au climat dont elles sont issues et qu’elles tendent à exprimer au reste du monde. Le capitalisme est une chose immonde de toute façon, comme chacun sait, nous en sommes tous les victimes, les témoins et les bourreaux tacites qui ne disent jamais leur nom. Et, pareillement aux michetonneuses, « capitaliste » est le plus vieux métier du monde (voire davantage – et il n’y a jamais eu aucune confiance entre les gens ; nous sommes tous des arrivistes, des parvenus, « des affamés de la Terre » et des abrutis, intoxiqués par tout et n’importe quoi, nous nous mentons à nous-mêmes à travers les écrans ; de plus le naturel ne reviendra-t-il sans doute plus jamais).
Mais, quoi qu’il en soit, si l’on doit encore parler de Cinéma ou de « culture occidentale contemporaine », l’honnête comparaison entre les pratiques européennes et américaines me semble donc tout-à-fait évidente à établir ; et j’ouvre ici une parenthèse. Il y a peu de temps, je regardais une émission de télévision sur NRJ12, vers deux heures du matin, reportage interdit aux moins de seize ans qui évoquait les coulisses du milieu du Cinéma porno. D’abord, on nous montre un tournage dans une villa dans le sud de la France avec David Perry (quelqu’un que j’apprécie) et l’on découvre donc la mentalité de cet acteur et réalisateur qui n’est plus tout jeune, mais qui, entre deux coïts filmés, nous dévoile quand même une véritable personnalité et affectivité, ainsi qu’un propos personnel qui alors n’est pas du tout sociologiquement inintéressant, cependant que, dix minutes plus tard au cours de la même émission, dans une chambre d’hôtel à Prague, on nous montre un acteur-réalisateur américain spécialisé dans l’anal qui s’en vante comme un fat. Le type a une quarantaine d’années, fait de la muscu, on le voit se balader fièrement en t-shirt moulant et exposer ainsi ses gros bras tatoués, et, tout grand et bel homme qu’il soit, avec la banane et une casquette de djeunnss irrévérencieux et tout, il se réjouit de gagner beaucoup d’argent, dit-il, en agrandissant tous les jours l’anus de toutes ces jeunes femmes extraordinaires de beauté et de sensualité qui se font sodomiser dans ses films pour deux mille Dollars, aussi bien notre Daddy Yankee, complètement con et sûr de sa personne, obtient-il de ces vidéos de gaping des bénéfices au décuple voire plus, comme il nous le montre en nous disant avoir réussi et « God Bless America »…ou quelque chose comme ça. Il est donc démentiel de voir toute cette arrogance et cette suffisance extraordinaires, cette absence de propos, d’intellect et d’intériorité mises sur le coup d’une efficacité pécunière et humaine et d’une bonne santé des choses du moment que des jeunes femmes à la beauté canonique se font ainsi ouvrir le troufignon par centaines tous les ans depuis aussi longtemps qu’existe la boîte de production de cet acteur-réalisateur qui n’est qu’un paysan body-buildé et un blaireau infantile qui frime. Ensuite, on nous montre deux actrices françaises, très brunes et tout-à-fait excitantes, qui se préparent à jouer, encore à Prague, et, derechef, l’interview de ces deux filles révèle qu’elles ne sont pas le moins du monde dépourvues d’intelligence et d’originalité, ni d’une certaine envergure voire d’une certaine agressivité qui est vraiment intéressante à écouter, alors que, dix minutes plus tard, on nous fait toute une histoire, toute une gloriole, tout un péan autour d’une récente actrice américaine âgée de dix-neuf ans, Tory Black, laquelle est, paraît-il, la nouvelle coqueluche du milieu dont tout le monde parle, bien qu’elle ne soit rien d’autre qu’une petite slut qui a pour habitude de faire du multiple cock adoration, cumshot droping et anal gape licking. Et, lorsque l’on donne la parole à cette petite américaine blondissante, faisant plus d’un mètre-soixante-quinze, qui se balade en petite tenue sur la plage, elle tient des opinions et des raisonnements si conventionnels, si classiques et bien-pensants, des idées auxquelles tout le monde s’attendait, automatiques et banales, des commentaires de sa part si décalées voire d’une telle niaiserie pratiquement puérile sur la réalité de ce que pourtant elle ne peut que faire vraiment – que l’on est en droit de se poser la question si cette actrice porno de dix-neuf ans qui nous fait pareille récitation (nous parlant de « vertu », de « dignité » et tout, c’est dingue !...) n’est pas en fait une machine à foutre qui nous sort un listing qu’elle a appris par cœur (d’ailleurs, comme tous les autres de sa culture, de son pays et de son époque, ils disent tous les mêmes conneries… « Aucun n’est vrai, eu égard à leur force... », disaient jadis les Romains au sujet des Barbares qui leur tenaient tête.) Et nos amis Outre-Atlantique ont actuellement cette étrange mentalité : grégaire, faussement rigoriste, pleine d’expédients si faciles. À côté de cette « Jennifer protestante si bien élevée », nos deux actrices françaises à Prague, c’est carrément Rimbaud, Lautréamont et Guy Debord ! Alors que la grande étudiante qui explose dans l’immédiat dans ce foutu bizness, c’est la meuf qui joue dans « Le Seigneur des Anneaux » de mes deux pour le « Club de Mickey » ! Chose effarante et aberrante à saisir quand on sait la violence réelle de cette Lust. Non-sens généralisé et inconsciemment consenti. Le font-ils exprès d’être à ce point tous dépersonnalisés et prêts à répéter la même attitude et les mêmes futilités, bien qu’ils fassent pire que tous les autres ?! Cette différence culturelle est la clé de chaque estimation que l’on peut faire de nos comportements, surtout par les écrans, les images et les clips qui sont non seulement des illusions, mais aussi le comble de ce que l’on essaye de nous faire avaler, si tant est que bel et bien tout cela soit aussi FAUX que Monsieur Tarantino. Si Quentin Tarantino était vraiment ce que l’on a toujours dit de lui, c’est-à-dire « un gangster cocaïnomane qui transgresse la réalité humaine dans un délire victorieux qui amuse tout l’monde » voire un « subversif sulfureux et divertissant », alors quels films n’auraient-ils point faits ? Il aurait fait tout-à-fait autre chose – et bien non. Et si encore la chose était vraiment intéressante, je n’en aurais fait ici aucune récusation – mais ce n’est pas le cas : ce Cinéma n’est pas du tout intéressant, ni important.
Mais là où je trouve à redire quant à tous ces comportements qui sont factices, creux et aberrants consiste en ce que déjà de telles modalités sont pleinement présentes et fréquentes sur les « réseaux sociaux », en dehors de l’éventuelle pornographie habituelle. En effet, la dernière fois, je voyais sur YouTube des gugusses, des américains qui se prenaient pour des lumières en disant que Jean-Luc Godard était un « troll » (terme immonde et puéril, n’est-ce pas ? Anglicisme qui définit une personne agressive et malfaisante, ce qui ouvre une véritable vaste polémique sur ces mêmes networks) parce qu’il n’avait pas, d’après eux, un raisonnement positif sur les choses de la vie et du Cinéma, comme ces ricains-là montraient justement en un medley bien calculé toutes les fois où le Maître Godard se fut emporté à la télévision, notamment contre les journalistes et les autres artistes foireux que sa science rejetait. Mais alors que faudrait-il dire dans ce cas ? « Gangsters ? » On parle de gangsters ? Le fameux « gangster » est ma blague préférée. Je suis personnellement toujours attiré par le fait de transgresser tout et n’importe quoi, il est vrai, mais en même temps je n’aime pas les vrais gangsters et je ne souhaiterais obéir à personne. Par contre, des fois il m’arrive de faire croire à mes voisins de la banlieue que moi j’en suis un, un ponte, et « Tonton » leur fait « Scarface » entre deux pétards – et ils en sont contents. Dans ce cas, qui est réellement un « gangster » dans les films de Tarantino ? Tout ceci bien sûr est factice et derechef enfantin, surtout si on considère les intentions de répétition de l’auteur dans le domaine du trivial et de « l’accessible » voire m’a-t-on fastidieusement dit aussi : « Ce n’est que du commercial. » Néanmoins, il est avéré que le gangster soit donc devenu un personnage de fiction, une figure subjective, un héros ou une figure aussi importante et commune que tous les autres – et la chose n’est pas une nouveauté : Scorsese avait déjà fait mieux en plus sérieux – et non pas une plaisanterie teenager faussement potache. Et puis, « sexe, violence et drogue » ; « Transgression » ? Dans ce cas, les salauds savent-ils qu’ils le sont – dans ce qui ressemble à une maternelle pour adultes avec des flingues et des Comics entre deux tranches de bacon ? Là, il n’est même pas question de « punk » ou de « révolution »… Pour autant, s’il faut parler de certains épisodes de « comique de situation » (résidu de théâtre drôle parce qu’intercalé ; le théâtre aussi est mort – et ça vous fait rire !?...), je dirais que justement le théâtre chez Tarantino est en vérité si peu présent que lorsqu’il se manifeste nous arrivons à l’apprécier par l’incrémentation de ces instants parmi tout un ensemble d’éléments différents où des saynètes de "ce genre" finissent par apparaître miraculeusement « harmonieuses », quoique par défaut, ce qui enrichit et donne tout leur sens jouissif à de telles séquences en retrait, malgré la méconnaissance manifeste de cet artiste de renom quant à propos du « vrai théâtre », que ce soit Sophocle, Racine, Cocteau ou leur éternel Shakespeare (qui est leur seul véritable « point de culture » à ces crétins-là.) De plus, il y a un autre problème soulevé par ce Tarantino : c'est-à-dire ce qui serait le « vrai Cinéma » et ce qui est de « la confusion des époques récentes », comme si le Cinéma avait toujours existé et était un fait acquis, alors que c’est faux, bien sûr ; que fallait-il penser de tous ces gens qui avaient été gosses sans avoir jamais connu le Cinéma parallèlement à leur vie et à leur évolution ? Nous sommes nés avec le Cinéma et nous ne pouvons plus faire autrement, sauf de faire de bons films si cela nous concerne à juste titre. En tous cas, tout cela prouve que nous sommes bel et bien dans une époque complètement moderne voire post-moderne qui a tellement de mal à l’assumer qu’elle se voit elle-même dans un miroir tout-à-fait illusoire pour s’auto-célébrer. Moi-même je ne peux assumer cette quatrième dimension, que ce soient les années 1940, 50, 60, 70, 80, 90, 2000, et cætera. Et… « Brigitte Bardot n’est à présent plus ce qu’elle était »…« Marilyn Monroe aurait-elle survécu ?...» Et « Quo Vadis, les spectateurs ? » Imaginez un jour un film de Tarantino sur le « vrai Al Capone », je serais assez curieux de voir sa version des faits (qui, bien sûr, serait à mourir de honte.) Sans oublier de parler de cette chose difforme et accessoire supposée être « le genre », comme il le dit lui-même à son sujet avec amusement, exploité à tort et à travers, que ce soient des films d’horreur, des shoot them ups, rixes collectives sur Neo-Geo et vaisseaux spatiaux sur PS3, les jeux militaires de tirs en 3D, et cætera. « Un jour, j’ai vu un indien d’Amérique se battre contre Bruce Lee et gagner le match. Mais pour de bon. » Rien n’excellera jamais « Art of Fighting » sur Neo Geo, il est vrai, si tant est que l’on qualifie cette passion pour un tel domaine plastique et interactif de « sous-culture », de « culture Halloween » voire de « culture inférieure », particulière, kitsch, une sous-culture. Cependant, cette « culture jeux-vidéo » vintage qui reste très proche du Cinéma – culture qui est aussi réelle qu’un mauvais film – n’a rien d’extraordinaire « parce que c’est du « genre. » Soit vos films sont passionnants quelque soit leur genre, soit on ne sait pas pourquoi on devrait appeler cela du « genre. » Il n’en est pas moins absurde de dire : « ...Je fais du genre et pas les autres. » Ça n’a aucun sens si on parle d’audiovisuel. En plus, c’est lui qui a récemment dynamité le genre et qui veut en parler le mieux aux autres et mieux que les autres ne l’ont déjà fait, comme si finalement notre ami italo-américain était quelqu’un qui n’y avait pas sa place mais qu’il l’aurait quand même trouvée en transgressant encyclopédiquement celle des autres. Il est aussi tout-à-fait remarquable de voir que l’on puisse à ce point trouver autant d’attrait, d’ouverture et de richesse à exprimer au sujet de quelqu’un alors même qu’il n’en est pas directement l’auteur, mais seulement celui qui fait parler de lui en dérivant quant à propos de la question, tandis que nous autres spectateurs voulions simplement voir un bon film. Et je répète ce problème que j’ai déjà évoqué, le problème du « burralde », de la daube, du nanard. Qu’est-ce que « voir un film » ? « Le fait-il exprès ? » Le Cinéma, c’est accepter de voir et d’entendre de l’image et du son pendant parfois plus de deux heures de passivité sans que le caractère humain définitif y soit déjà complètement déterminé et inscrit. Si bien que tous les films soient importants à voir et en même temps tous les films ne sont que des produits de l’esprit dont le « genre » n’existera jamais, pour peu que pareilles unités soient des marchandises qui méritent en même temps d’être brûlées, surtout par un ancien directeur de vidéo-club qui a prétendu en outre rejeté l’enseignement audiovisuel traditionnel. D’ailleurs, « le thème de la vengeance » – s’il faut encore en parler et tel qu’il est couramment exprimé – ferait actually se gausser ou dégoûterait n’importe qui dont la vie serait une véritable vengeance à poursuivre. « Ma vie, je ne peux la concevoir que comme une énorme et hilarante vengeance… », disait Nietzsche à l’occasion, et sans doute avait-il raison sans avoir vu et conçu le reflet de sa propre idée. De ce fait, que nous parodions la réalité ne nous permet pas de nous venger, mais seulement de survoler ou de contourner voire de détourner le seul véritable échec qui persistera malgré tout. Nous voudrions tous que tout soit possible, permis, envisageable, surréaliste, décalé, riche, dopant, exubérant et intercalé dans le film idéal, mais que devrait-on faire alors ? Sans jamais dépasser non plus la limite de ce qui est moralement acceptable par on ne sait plus très bien qui.
Si de telles circonstances culturelles persistent ainsi de nos jours, cela est tout d’même « un ordre des choses du Cinéma en général » dont les uns et les autres ont sans doute jugé bon d’en négocier un tel compromis au nom justement de la préservation d’un esprit moderne qui serait total et récent et qui en même temps n’a jamais eu lieu d’être et dont nous nous nourrissons tous des images d’un tel idéal de « liberté. » Et je me souviens çà et là d’une scène assez troublante et captivante quand « Boulevard de la Mort » était sorti : j’émergeai vertigineusement de la salle avec mes amis peu après que cette daube y fût passée, complètement déprimé par ce spectacle, et ensuite, dans les semaines et les mois qui suivirent, je n’arrêtais pas de voir de partout des gens se comporter comme dans ce film, parce qu’on leur avait fait apprécier une telle chose. Je pars en voiture acheter des clopes vers dix-huit heures au mois de mai et je croise sur la route le même genre de gang de petites connasses que dans ce film, les pieds nus en l’air de la gougnotte qui dépassait de la vitre à la place du mort et tout, exactement comme si, en ayant dépeint coûte que coûte un certain aspect de la véhémence inculturelle courante, Tarantino n’avait fait que volontairement flatter la bêtise moderne par intérêt et ainsi conforter les gens dans leur bassesse, si tant est qu’il ne puisse l’ignorer (et si vraiment il l’ignore, j’avoue que je ne sais quoi dire…) – et tout cela pour une histoire de jailbaits, c’est-à-dire des traînées underage malintentionnées qui veulent détruire les hommes.
Pour conclure, je dirais qu’il est tout d’même assez extraordinaire que le Cinéma eût déjà existé sans que Monsieur Tarantino n’en fasse partie ! Commercial en dépit de toutes les appréciations que l’on peut en faire, il fait plaisir à tout l’monde au salon de l’agriculture, « il dansera pour vous », c’est mieux que Chirac au Festival de Cannes !... A fortiori une véritable insulte faite à Godard, le seul véritable maître surréaliste (et je pèse mes mots. « Vous n’avez pas honte, Monsieur ? Vous voulez une gifle ? Moi j’ai honte pour vous deux dans l’histoire – vraiment. ») D’ailleurs, les deux se sont-ils déjà croisés ou parlés ? (Ai-je réellement dit « Godard et Tarantino ?» Pardonnez-moi d’avoir dit cela, il doit y avoir une erreur de casting quelque part.) Qui plus est, à côté de « Pulp Fiction », je préfère revoir « Lost Highway » de David Lynch parce que « ça a le goût d’la bière, mais ce n’est pas de la bière, c’est de la limonade à la mescaline !… » Notamment, Martin Scorsese vaudra toujours mieux que le fait de revoir cette chose difforme intitulée « Unglorious Basterds » ou cette fadaise pseudo-anti-raciste présomptueuse de « Django Unchained » qui ne signifie même pas le véritable point de vue de son auteur pourtant si célèbre. Uniquement de cette façon, David Lynch est le vrai Tarantino, Paul Thomas Anderson avec son « Boogie Nights » est le vrai Tarantino – parce que les autres font mieux que lui dans le même filon sans être ce qu’il représente. Tarantino ne fait que révéler ses congénères en approuvant fastueusement la réalité du spectateur et des imitateurs déjà copiés, de telle sorte que les autres réalisateurs et cinéphiles le comprennent plus finement que l’inspirateur de cette idée lui-même. Et il y a encore tellement d’autres exemples où quelqu’un qui n’est pas Tarantino fait mieux que celui-ci « dans sa propre veine » : « Crash » de David Cronenberg, « Les Lois de l’Attraction » de Roger Avary voire « Wonderland » avec Val Kilmer, pour n’en citer que trois qui sont vraiment excellents et qui signifieront toujours plus de choses. Et d’ailleurs, en guise d’épilogue, voici un dernier fait et non des moindres : je reconnais personnellement et complètement (however) que le vrai talent de Tarantino aura été de nous faire aimer cette chose étrange que l’on appelle le Cinéma ; oui, nous sommes des cinéphiles (c’est-à-dire des cons) et d’éternels et absolus amateurs – et Tarantino nous fait aimer ce domaine passionnant comme s’il était ce que nous étions déjà. Non pas à cause de lui, mais à cause de sa façon d’en parler en laquelle nous nous retrouvons au Cinéma devant ses films et surtout devant ceux des autres ; de même la comparaison devient-elle inévitable et davantage anecdotique, comme des matières se nourrissant et s’influençant mutuellement. Or, depuis combien de temps n’ai-je plus vu « un bon film » ? (Dans une salle publique ?) Depuis combien de temps le Cinéma est-il vraiment mort ? – c’est-à-dire justement par l’incidence réussie d’un faquin comme Tarantino ? Comme le disait encore la dernière fois le Maître Godard…? Et je me souviendrai toujours d’une chose : c’était il y a peu de temps. Cale, sa petite amie et moi étions allés voir « Le Loup de Wall Street » de Scorsese au Cinéma des Trois-Palmes. Quel ne fut pas mon trouble lorsqu’à la sortie je croisai un groupe de jeunes filles dont l’une d’elles dit, d’un seul coup, à quelques autres de ses amies :
« Wow !... Il était super, ce Tarantino !... »
LUDWIG W. R. VON ZEEGER,
Le seul véritable Tarantino marseillais.
Marseille, 5 mars 2017.